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Cet article est issu du dossier «Côte d'Ivoire : l'année de tous les enjeux»

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Économie

[Tribune] En Côte d’Ivoire, une croissance partagée ?

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Mis à jour le 09 mars 2020 à 11h47

Par  Julien Navier

Doctorant en droit international à l’Université Paris-Descartes

Inaugurée fin 2015, l’autoroute Abidjan-Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire, doit s’intégrer au projet de corridor côtier entre Dakar et Lagos.

Inaugurée fin 2015, l’autoroute Abidjan-Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire, doit s’intégrer au projet de corridor côtier entre Dakar et Lagos. © Olivier pour JA

Bien que lentement, le taux de pauvreté a reculé en Côte d’Ivoire au cours des dernières années, analyse Julien Navier.

En Côte d’Ivoire, les esprits sont déjà tournés vers l’élection présidentielle. Si le doute plane encore sur la candidature de certains protagonistes, d’autres ont déjà levé toute ambiguïté en annonçant leur intention de se présenter. L’occasion pour ces aspirants à la magistrature suprême de décocher des flèches contre leurs adversaires désignés, surtout s’ils font partie de l’administration en place.

Si l’exercice relève d’une démarche d’affirmation de soi plutôt convenue, il ne manque cependant pas d’intérêt. En pointant du doigt les manquements supposés du camp Ouattara ces dernières années, les membres de l’opposition fournissent l’occasion d’une analyse circonstanciée. Que reproche-t-on au juste au camp Ouattara et est-on fondé à le faire ?

Un second miracle ivoirien ?

On le sait, les chiffres macroéconomiques sont particulièrement éloquents et ont été ressassés à l’envi. Avec un taux de croissance qui a longtemps flirté avec les 10 %, des réalisations probantes en matière d’infrastructures et un rayonnement international retrouvé, on peut sans conteste parler d’un second miracle ivoirien.

Preuve de l’efficacité des mesures adoptées, dans son rapport « Doing Business », la Banque mondiale a par trois fois (2014, 2015 et 2019) classé le pays parmi les dix nations les plus réformatrices de la planète. Difficile, donc, d’attaquer les performances du pouvoir sortant dans ce domaine. D’ailleurs, peu s’y risquent.

L’angle d’attaque privilégié par nombre d’opposants est d’affirmer que ces performances peinent à se traduire dans le quotidien des Ivoiriens. Autrement dit qu’elles ne font le bonheur et les affaires que d’une poignée de nantis et que le commun des Ivoiriens n’en ressent pas les effets.

Analysons ces assertions. Bien que lentement, le taux de pauvreté a reculé de 51 % à 46,3 %. Derrière ce retrait poussif se cachent des efforts importants. Ainsi, en deux quinquennats, les investissements publics sont passés de 2,6 % du PIB en 2011 – environ 314 milliards de F CFA [près de 478,7 millions d’euros] – à un peu plus de 7 % du PIB en 2018.

La production de cacao a franchi la barre historique de 1 million de tonnes, puis a doublé pour atteindre 2 millions de t lors de la campagne 2018-2019. Parallèlement, le prix minimum au producteur a augmenté, passant de 500 F CFA à 1 100 F CFA le kilogramme, avant de retomber à environ 800 F CFA sous l’effet de la conjoncture mondiale dans le secteur.

De grands défis à relever

Sur le plan social, on notera le relèvement du salaire minimum à 60 000 F CFA. En outre, 35 000 ménages vulnérables ont pu bénéficier d’un soutien monétaire de la part des pouvoirs publics dans le cadre du projet de mise en place de filets sociaux productifs visant l’autonomisation financière de ses bénéficiaires.

Dans le même temps, la consommation finale a progressé de 49,7 % selon le cabinet McKinsey. D’une manière générale, le gouvernement s’est illustré par sa politique de diversification de l’économie, faisant par exemple passer la contribution du secteur numérique à 7 % du PIB. Concrètement, on parle de « 10 millions de clients pour le mobile money et de 17 milliards de F CFA de transactions journalières actuellement », selon le vice-président ivoirien, Daniel Kablan Duncan.

Séchage traditionnel du riz dans la région de Bouaké, Côte d'Ivoire.

Séchage traditionnel du riz dans la région de Bouaké, Côte d'Ivoire. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Peut-on pour autant en conclure que l’action de l’exécutif ivoirien a été parfaite ? Il serait présomptueux de l’affirmer, tant sont encore grands les défis à relever dans une Côte d’Ivoire où nombre d’habitants vivent toujours dans la pauvreté. Tout comme il serait de mauvaise foi de prétendre que rien n’a été fait depuis la fin de la crise de 2011.

Il convient pour le peuple ivoirien d’analyser de façon lucide le choix qui s’offre à lui. Si les contempteurs de l’administration Ouattara se distinguent par leur nombre, il est intéressant de remarquer qu’ils sont, à titre individuel, parfois eux-mêmes comptables du bilan qu’ils dénoncent, dans la mesure où certains ont occupé des fonctions de premier plan au sein de l’administration actuelle.

Faute de formuler de réelles propositions politiques au service du pays et des Ivoiriens, les caciques de l’opposition tentent donc pour l’instant de briller par les charges répétées à l’encontre du pouvoir en place et s’adonnent au Ouattara bashing. D’ici au rendez-vous électoral d’octobre 2020, il leur faudra cependant proposer un projet politique crédible, le présenter au suffrage populaire et incarner la maturité nécessaire à l’exercice de la magistrature suprême en Côte d’Ivoire.

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