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[En débat] Présidentielle en Côte d’ivoire : une CEI affranchie ?

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Mis à jour le 3 mars 2020 à 17:50
André Silver Konan

Par André Silver Konan

Journaliste et éditorialiste ivoirien, collaborateur de Jeune Afrique depuis Abidjan.

Commission électorale indépendante ivoirienne. © Dom

En octobre 2000, comme dix ans plus tard en novembre 2010, la commission électorale ivoirienne a été le lieu où ont démarré les crises postélectorales. Qu’en sera-t-il en 2020 ?

Octobre 2000. La crise postélectorale entre Laurent Gbagbo, candidat du Front populaire ivoirien (FPI), et le général Robert Gueï, soi-disant candidat du peuple, commence à la Commission nationale électorale indépendante (Ceni).  Son président d’alors, Honoré Guié, est molesté par des militaires de la junte. Le général-candidat dissout la Ceni et fait proclamer ses propres résultats. Les manifestations finissent par le faire fuir – il sera tué en septembre 2002 lors du putsch mué en rébellion de Guillaume Soro.

Novembre 2010. Devant les caméras des télévisions du monde entier, Damana Adia Pickass, proche de Laurent Gbagbo au sein de la Commission électorale indépendante (CEI, alors dirigée par Youssouf Bakayoko), déchire des résultats « non validés » que s’apprêtait à lire Yacouba Bamba, porte-parole de la Commission et représentant de l’ex-rébellion. Une violente crise post­électorale éclate. Bilan : au moins 3 000 morts.

Le signe indien sera-t-il vaincu en octobre 2020 ? En tout cas, les Ivoiriens l’espèrent. Et le président Alassane Ouattara se montre confiant : « Il n’y aura rien en 2020, il faut arrêter de faire peur aux Ivoiriens. » Un optimisme que ne partage pas Guillaume Soro, candidat déclaré et contraint à l’exil en France. « Tout le monde sait que cette CEI est aux ordres, accuse-t-il. Tout le monde sait que cette CEI va brûler la Côte d’Ivoire. »

De fait, la recomposition de la Commission telle qu’elle a été adoptée en août 2019 par le Parlement (largement dominé par le RHDP) est dénoncée par une grande partie de l’opposition et de la société civile. Présidée par le magistrat Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, elle compte quinze membres, dont six représentants de la société civile (jugés proches du pouvoir pour la plupart), trois représentants de l’opposition et trois de la majorité, ainsi que trois autres membres représentant l’administration, ce qui fait dire aux pourfendeurs de la CEI qu’« elle est contrôlée à 95 % par le pouvoir ».

Le Groupe de plaidoyer et d’action pour une transparence électorale (GPATE) continue d’en appeler au président Ouattara pour qu’il engage une « réforme courageuse » de la CEI. L’exécutif dit avoir tranché la question de la Commission. Quant au président de cette dernière, il persiste à montrer sa bonne foi. « Il faut nous faire confiance, supplie Coulibaly-Kuibiert, jugez-nous sur nos actes. »