Vie des partis

Maroc : Abdellatif Ouahbi, le PAM dans la peau

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Abdellatif Ouahbi.

Abdellatif Ouahbi. © MOHAMED DRISSI POUR JA

Réputé direct et audacieux, Abdellatif Ouahbi, le nouveau secrétaire général du Parti Authenticité et Modernité pourrait réorienter la ligne de la formation marocaine, en crise depuis plusieurs mois. Portrait.

Est-ce l’avocat ou l’homme politique qui parlait ? À peine Abdellatif Ouahbi prenait-il la tête du Parti Authenticité et Modernité (PAM), le 9 février, qu’il demandait une nouvelle fois la libération des détenus du Hirak. Cette revendication, il l’avait placée au cœur de sa campagne, alors même que le PAM, qui est la première force d’opposition à la Chambre des représentants, passe plutôt pour être le parti de l’establishment marocain. « C’est un personnage atypique, il sort du lot », s’enthousiasme l’ancien député Mehdi Bensaïd.

Depuis, toutefois, Ouahbi, 59 ans, se fait discret. Comme le veut la tradition, il attend de présenter son équipe officielle ainsi que d’être reçu par le roi Mohammed VI avant de s’exprimer sur sa victoire et de présenter son projet pour le parti. Le calme après la tempête : la campagne pour le siège de secrétaire général n’a pas été de tout repos, et son congrès s’est soldé, le 9 février, par une bagarre générale.

Il faut dire que, depuis des mois, le PAM était en crise. Son précédent patron, Hakim Benchemass, était fortement contesté dans les rangs, et Ouahbi, porté par un courant frondeur fondé en 2018, est parvenu à constituer une alternative crédible. Vieux routier de la politique marocaine, député de Taroudant, où il est né, en 1961, il a présidé le groupe du PAM à la Chambre des représentants. S’il a su s’imposer, c’est aussi parce qu’il a arraché des soutiens de poids, dont celui de Fatima Zahra Mansouri, l’ancienne présidente de la commune de Marrakech, qui dirige le Conseil national du parti et demeure très populaire au sein de la base. Le duo est-il appelé à incarner le renouveau du parti ?

Le « style Ouahbi »

L’enjeu est bien là, et les militants du PAM s’interrogent. Ouahbi pourrait-il se tourner vers les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) ? « Il n’y a plus de ligne rouge », répondent les cadres de l’organisation. L’idée est pourtant loin de faire l’unanimité tant l’opposition entre les deux formations régit, depuis une décennie, la vie politique du royaume.

Dès que j’ai intégré le bureau politique, j’ai lutté pour qu’il gagne son indépendance à l’égard du Makhzen

Une réorientation du parti, cela correspondrait bien au « style Ouahbi ». L’homme est réputé direct et franc, audacieux même. Quelques jours avant le congrès du PAM, il n’a pas hésité à tirer à boulets rouges sur sa direction dans un entretien à Médias24 : « Dès que j’ai intégré le bureau politique, j’ai commencé à lutter pour qu’il gagne son indépendance à l’égard du Makhzen [le pouvoir marocain]. » Il égratigne au passage Ilyas El Omari, dirigeant historique du PAM : « L’État tirait les ficelles à travers sa personne. » De Ouahbi, l’un de ses partisans dit que « c’est un iconoclaste ». D’autres l’accusent plutôt de faire preuve de démagogie et d’être « idéologisé ». « C’est un islamo-gauchiste », lâche un détracteur.

De fait, le PAM a agrégé trois types de profils : des technocrates libéraux, des notables et des anciens progressistes, passés de l’opposition à la monarchie à l’opposition aux islamistes. Ouahbi appartient à la troisième catégorie. Issu d’une famille de gauche, il a adhéré au mouvement social-démocrate, puis s’est rapproché d’Ahmed Benjelloun, le frère d’un martyr de la gauche marocaine, Omar Benjelloun, assassiné par des islamistes dans les années 1970. Mais parviendra-t-il à asseoir son autorité sur un parti qui tire sa force des notables ? Politicien madré, il sait qu’il devra désormais adapter son discours. Une semaine après son élection, des rumeurs de défection se font déjà entendre.

Avocat habile

À la tête d’un cabinet rbati vieux d’une vingtaine d’années, l’homme est aussi un avocat habile qui ne craint pas les dossiers sensibles. C’est lui qui a défendu les hommes d’affaires Anas Houir Alami et Mohamed Ali Ghannam, condamnés en février à de la prison ferme et à des amendes dans le cadre de l’affaire du projet immobilier Madinat Badès, à Al Hoceima.

Il connaît aussi l’appareil sécuritaire pour avoir plaidé dans des affaires délicates (il a défendu des détenus salafistes tombés sous le coup des lois antiterroristes). Et il a représenté l’État quand la famille de l’une des deux touristes scandinaves assassinées en décembre 2018 a demandé un dédommagement aux pouvoirs publics.

Son nouveau cheval de bataille ? Le sort des Marocains (et en particulier des enfants) détenus en Syrie et en Irak. Ouahbi souhaite qu’une commission parlementaire soit créée et qu’elle puisse les rencontrer. Autrement dit, cet homme qui, l’année dernière encore, proposait de légaliser l’avortement, n’a pas froid aux yeux.

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