Finance

Ambroise Fayolle (BEI) : « Le continent est plus que jamais une priorité pour nous »

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Ambroise Fayolle, Vice-Président de la BEI, visitant la centrale électrique géothermique d'Olkaria au Kenya le 9 décembre 2019. Centrale géothermique d'Olkaria.

Ambroise Fayolle, Vice-Président de la BEI, visitant la centrale électrique géothermique d'Olkaria au Kenya le 9 décembre 2019. Centrale géothermique d'Olkaria. © BEI

Ayant signé pour 3 milliards d’euros de prêts en 2019, la Banque européenne d’investissement (BEI) entend consolider son action en se concentrant sur la transition énergétique et le renforcement du secteur privé.

Il revient de Madagascar, où la BEI finance avec la Commission européenne la reconstruction de routes, et sera à Dakar le 27 février pour débattre de l’urbanisation durable dans le cadre de l’Africa Day 2020, coorganisé avec ONU-Habitat. Ex-administrateur pour la France au FMI et à la Banque mondiale, Ambroise Fayolle est vice-président de la BEI depuis cinq ans. Peu connue sur le continent, la banque publique de l’UE y est pourtant un acteur majeur : en 2019, elle y a financé des projets à hauteur de 3 milliards d’euros, et espère faire aussi bien en 2020.

Jeune Afrique : Le Brexit va-t-il limiter vos investissements en Afrique ?

Ambroise Fayolle : Non, car le départ du Royaume-Uni, qui était actionnaire de la BEI à hauteur de 16 %, comme la France, l’Allemagne et l’Italie, a été compensé par les 27 États membres. Le continent est plus que jamais une priorité pour nous. Ce n’est pas un hasard si la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a choisi l’Éthiopie pour son premier déplacement en dehors de l’UE. À la BEI, après deux années d’engagement record, nous maintenons le cap en 2020. L’Afrique représente plus du tiers de nos prêts hors de l’UE.

La BEI a annoncé qu’elle ne financerait plus aucun projet à base d’énergies fossiles, y compris le gaz, d’ici à la fin de 2021. Est-ce compatible avec les besoins énergétiques du continent ?

La priorité donnée aux énergies renouvelables ne fait pas débat qu’en Afrique, mais aussi dans certains pays d’Europe. C’est justement dans ces zones qu’il faut concentrer les financements pour développer les capacités et les innovations, et contribuer à faire que les pays réalisent leur transition énergétique le plus vite possible.

Comment cela va-t-il se traduire concrètement ?

Nous allons renforcer notre action au Kenya, où près de 80 % de l’électricité provient d’énergies renouvelables. Avec la BAD, nous y avons soutenu le plus grand champ d’éoliennes du continent. Nous finançons aussi l’extension de la centrale géothermique d’Olkaria. Au Maroc, nous appuyons le développement du complexe solaire Noor de Ouarzazate, qui utilise une technologie permettant de stocker une partie de l’énergie produite. à Madagascar, nous venons d’accorder – en complément d’un don de 30 millions d’euros de la Commission européenne – un prêt de 35 millions d’euros à la Jirama pour réhabiliter le réseau d’approvisionnement d’Antananarivo. Un type de projet que nous pourrions reproduire.

Outre l’action climatique, la BEI met l’accent sur l’essor du secteur privé. Comment ?

Par des prêts directs, des prêts aux banques qui financent des entreprises, du soutien à la microfinance, le tout à destination des PME, qui constituent un vivier de création d’emplois bien plus important que les projets industriels. Alors que nous financions davantage le secteur public que le privé (60 % contre 40 %), nous avons inversé la tendance depuis l’an dernier. Cette année, nous allons en plus développer un programme de 1 milliard d’euros dévolu à l’entrepreneuriat féminin, SheInvest. Dans ce cadre, nous avons déjà accordé 15 millions d’euros à l’Uganda Development Bank pour soutenir une dizaine de patronnes et mobilisé 10,5 millions d’euros dans le Women’s World Banking Capital Partners II Fund.

L’accord de Cotonou, entre l’UE et les pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique, expire à la fin de 2020. S’achemine-t-on vers un nouvel accord ?

La BEI ne commente pas les négociations qui se déroulent entre États. En revanche, nous plaidons pour qu’il n’y ait pas d’interruption dans nos investissements. Pour ce faire, soit un nouveau système est défini avant l’expiration et nous le mettrons en place ; soit ce n’est pas le cas et il faudra décréter une période de transition.

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