Banque de développement

Pourquoi Akinwumi Adesina a sorti les grands moyens face aux critiques de la Banque mondiale

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JA3085_FAF © Akinwumi Adesina et David Malpass - Vincent Fournier/JA - Ludovic Marin/AP/SIPA

À trois mois du scrutin qui décidera de son sort à la tête de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina se serait bien passé d’une joute avec David Malpass, le président du groupe de la Banque mondiale.

La réponse tranchante du président de la BAD, Akinwumi Adesina, le 13 février, aux critiques émises par David Malpass, patron de la Banque mondiale, a surpris. L’Américain avait fustigé les « énormes quantités d’argent » prêtées par la BAD au Nigeria et à l’Afrique du Sud (entre autres) dans des contextes douteux. D’ordinaire charmeur en public, le dirigeant africain a cette fois dénoncé emphatiquement des propos « inexacts » et dénigrant « l’intégrité » de la BAD, et rappelé le portefeuille de crédit de la Banque mondiale au Nigeria : 8,3 milliards de dollars, contre 2,1 milliards pour la BAD.

Adesina a déjà affronté, avec équanimité, des critiques venues de Washington. En mai 2018, son « ami » Jim Yong Kim, prédécesseur de David Malpass, avait ouvertement dédaigné les plans d’industrialisation de la BAD en Afrique. De même, Mark Green, patron de l’USAID, avait tancé la banque sur sa coopération avec des États non transparents (entendez la Chine).

En filigrane de cette joute : la réélection d’Akinwumi Adesina à la présidence de la BAD

Au-delà des divergences sur le multilatéralisme, d’aucuns voient dans cette dernière attaque une première salve contre la réélection d’Akinwumi Adesina, attendue pour mai en Côte d’Ivoire. Ils rappellent que David Malpass a émis ces critiques aux côtés de la Bulgare Kristalina Georgieva, patronne du FMI.

Bien que d’autres banques de développement en Europe et en Asie aient été aussi critiquées par Malpass, sa sortie a ressuscité les fantômes d’un scénario cauchemar lors de ce scrutin, alors que nombre de chancelleries occidentales ne se sont jamais faites à la victoire d’Adesina en 2015, ou à son management, ses ambitions grandioses et sa campagne de lobbying menée directement auprès des chefs d’État africains, par-dessus le Conseil des gouverneurs.

Or, pour être élu président de la BAD, le candidat doit recueillir une double majorité auprès des actionnaires africains (60 % du capital) et non africains (40 %). En cas d’échec, après cinq tours, le président-candidat est éliminé, et un intérimaire désigné pour un an au maximum. Au siège de la BAD, à Abidjan, on se prépare déjà à une guerre de tranchées.

Interrogée par Jeune Afrique sur la réaction de la BAD aux propos de David Malpass, un porte-parole de l’institution de Bretton Woods a rappelé la « profonde préoccupation » de cette dernière vis-à-vis de « l’augmentation du niveau de la dette dans les pays pauvres, en particulier en Afrique subsaharienne ». « Depuis 2010, nous avons observé une augmentation de la dette la plus importante, la plus rapide et la plus large jamais enregistrée dans les économies des pays émergents », a ajouté ce dernier. Selon les études de la Banque mondiale, poursuit notre interlocuteur, depuis 2010, « la dette totale des marchés émergents a augmenté de 54 points de pourcentage du PIB pour atteindre un pic historique de près de 170 % du PIB en 2018 ».

 

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