Cinéma

« Sortilège », l’objet filmique non identifié du cinéaste tunisien Ala Eddine Slim

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L’auteur revendique l’influence de Stanley Kubrick.

L’auteur revendique l’influence de Stanley Kubrick. © potemkine films

Avec son nouveau film, « Sortilège », le réalisateur Ala Eddine Slim propose un fascinant « objet filmique non identifié ».

« Il y a dans ce film des aspects que je ne comprends pas moi-même », confie le jeune cinéaste tunisien Ala Eddine Slim, qui ne cache rien du caractère très original de son long-métrage.

Sortilège, son second film après le très remarqué The Last of Us, sorti en 2016 (Lion du futur à la Mostra de Venise), ne peut en effet être comparé à aucune autre œuvre de cinéma. C’est du jamais-vu dans tous les sens du terme ; un film à la fois déroutant et fascinant, dont on a du mal à se détacher et dont on garde longtemps les images en tête.

L’histoire, pour autant qu’on puisse l’évoquer, se déroule en deux parties. Au départ, la désertion d’un soldat qu’on voit d’abord patrouillant dans la nuit avec d’autres conscrits à la recherche de jihadistes invisibles et qui obtient, après le décès de sa mère, une permission exceptionnelle dont il ne reviendra pas.

Au-delà du réel

Il erre alors, toujours silencieux, d’un lieu à l’autre, d’une banlieue misérable de Tunis jusqu’à une demeure abandonnée avant d’arriver, après avoir traversé un cimetière, à l’orée d’une forêt, littéralement dépouillé de tout, nu.

C’est là que commence la seconde partie du film, encore plus éloignée de tout réalisme, qui voit le héros devenir une sorte de mutant, un homme des bois qui partagera bientôt son refuge avec une femme enceinte. Elle aussi, à sa manière, a déserté et « muté » en quittant sa vie confortable pour se réfugier dans la nature en attendant son accouchement.

Ce résumé, bien sûr, ne rend compte en rien de Sortilège. Un film authentiquement fantastique, comme l’indique son titre et comme l’illustrent des scènes d’apparitions surnaturelles : un étonnant serpent géant, un curieux monolithe noir… En rien le réalisateur ne cherche à offrir au spectateur un déroulement facile à suivre.

Il déclare même avoir « brûlé son scénario avant de commencer le tournage » afin de garder à tout moment la possibilité de filmer ce qui arrive « par accident ». Il fait confiance, dit-il, « aux moyens primaires du cinéma, à savoir l’image, le son, le montage, la musique ». En se méfiant des dialogues. À tel point que le film, et c’était déjà le cas pour The Last of Us, est presque muet.

« Partir ailleurs »

Ne pas croire pour autant qu’Ala Eddine Slim, avec cet objet filmique non identifié, adopte une simple posture arty, se moquant plus ou moins de ce qu’en pensera le spectateur. Il se passe beaucoup de choses à l’écran, captivantes et filmées avec grand talent.

Les deux personnages, qui cultivent la solitude, sont toujours d’une façon ou d’une autre en mouvement, suivant des trajectoires intrigantes. C’est du grand cinéma, qui permet, selon le vœu de l’auteur, de « partir toujours ailleurs, dans l’imaginaire ». Avec des images qui renvoient, par moments, à des œuvres de cinéastes cultes. Notamment le Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul et – « le maître absolu » pour le réalisateur tunisien – Stanley Kubrick. Deux influences plutôt rassurantes et revendiquées à juste titre…

La suite ? Ala Eddine Slim nous disait ne pas la connaître après la projection de son film à Cannes, en mai 2019. Mais elle pourrait à nouveau surprendre, et d’une autre façon. Car il estime avoir été au bout d’une démarche. D’où son envie d’explorer de nouveaux territoires. « Et pourquoi pas avec un film très parlant ? » On l’attend avec impatience.

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