Médias

Ferme Factory, une émission de télé-réalité sénégalaise pour redorer le blason de l’agriculture

Réservé aux abonnés | | Par - Envoyé spécial au Sénégal
Mis à jour le 26 février 2020 à 15h19
De l’eau, de la terre, du soleil et de l’huile de coude	!

De l’eau, de la terre, du soleil et de l’huile de coude ! © Theo du Couedic

L’émission sénégalaise Ferme Factory filme le quotidien d’apprentis fermiers. Objectif : rendre l’agriculture attractive et donner un coup de pouce à la politique agricole.

Il est 4 heures du matin. Le producteur Ousmane Faye rejoint le nord du Sénégal sur une route cabossée, une cargaison de riz, d’huile, de savon, de légumes, de poulet et de lait en poudre dans le coffre. Trois jours de vivres. Le strict minimum pour nourrir les 26 candidats et l’équipe de tournage, qui suit en bus quelques kilomètres plus loin. La destination ? Une ferme de 10 hectares dans la région de Louga. Le reste de la nuit, les candidats le passeront sous un abri ouvert au vent, sur des nattes matelassées.

Ces jeunes Sénégalais venus des quatre coins du pays participent à la seconde saison de Ferme Factory. Un programme télévisé diffusé chaque dimanche sur la chaîne gouvernementale RTS 1, dont la forme s’inspire des émissions de télé-réalité de type Koh-Lanta.

« On vise à moderniser l’image de l’agriculture tout en proposant aux candidats un programme de développement personnel ardu », résume Ousmane Faye, qui a concocté pour cette immersion de trois jours un menu à fort potentiel télévisuel : footing et étirements à l’aube, épreuves champêtres et physiques l’après-midi et veillées-débats sur des thèmes de société à la nuit tombée. La première saison a attiré entre 300 000 et 600 000 téléspectateurs, voire plus de 1 million si l’on comptabilise médias et réseaux sociaux.

Apprendre et donner envie

L’aventure débute par le concours de la plus belle pépinière d’oignons. Si les candidats des deux équipes sont animés par la même ferveur, ils ne participent pas à l’émission pour les mêmes raisons. Houley, étudiante en agronomie à Saint-Louis, veut passer de la théorie à la pratique et apporter de nouvelles techniques agricoles dans son village peul.

« Mon père et mes frères sont découragés, car l’agriculture ne paie pas. Moi, je veux redresser la barre, je veux atteindre une autosuffisance alimentaire », explique-t-elle en épandant de la matière organique sur une parcelle de terre. L’étudiante a une longueur d’avance sur Muhammed, le capitaine de son équipe, qui pensait encore il y a quelques mois qu’on ne pouvait rien cultiver pendant l’hivernage.

On a beaucoup de terres dans le pays et que c’est à nous, les jeunes, d’en faire quelque chose

Ce rappeur, acteur et mannequin, suivi par 2 000 personnes sur Instagram, s’est inscrit par esprit d’aventure. « J’ai compris qu’on a beaucoup de terres dans le pays et que c’est à nous, les jeunes, d’en faire quelque chose », dit le Dakarois avec recul.

Elhadji, lui, participe à l’émission pour apprendre un métier de A à Z. « Je veux travailler, mais ici il n’y a rien, regrette ce jeune homme, natif de la région, qui a tenté de rejoindre l’Europe par cinq fois en dix ans. Participer à Ferme Factory, ça me donne du courage. Le maraîchage, le travail de la terre, tout ça m’intéresse. »

Les autres apprentis fermiers sont vendeurs ambulants, comédiens, menuisiers, étudiants, sans emploi. Au fil des épisodes, ils se formeront aux différentes pratiques agricoles, du bio au conventionnel, en passant par l’élevage, l’aquaculture ou l’apiculture, le tout dans un ballet de caméras.

Panneaux solaires

Au bout de l’aventure, les lauréats gagneront 1 hectare de terre, un bungalow équipé de panneaux solaires, ainsi qu’un suivi professionnel de trois ans. Une « récompense » financée par l’Agence nationale d’insertion et de développement agricole (Anida), bras armé du ministère de l’Agriculture. Son but : réduire l’émigration clandestine et montrer que le métier d’agriculteur est accessible à chacun, quelle que soit sa provenance.

Avant de lancer son émission, Ousmane Faye a suivi attentivement les plans de développement du secteur agricole menés par le président Abdoulaye Wade, puis par son successeur Macky Sall. Il a vite saisi deux choses : d’une part, le Sénégal est riche en matière d’eau, de soleil, de vent ou de terres disponibles, ce qui constitue un vivier d’emplois ; de l’autre, les jeunes ont rarement vent des formations agricoles proposées par le gouvernement.

« La rupture est énorme », regrette le producteur de 51 ans, dont le studio est installé dans la banlieue populaire de Guédiawaye, près de Dakar. Un baromètre de l’état d’esprit d’une partie de la jeunesse du pays, qui quitte la campagne pour la ville, peine à trouver un travail stable et, dans le pire des cas, tente de rejoindre l’Europe en pirogue.

Son émission essaie de faire le pont entre l’État et les jeunes Sénégalais. Elle est soutenue par le directeur de l’Anida, El Hadji Malick Sarr. « Ferme Factory nous apporte une visibilité. Nous avons compris que c’était le meilleur moyen pour informer et montrer une réalité, à savoir qu’on peut vivre de son métier d’agriculteur au Sénégal », dit le directeur.

Depuis 2006, les conseillers de son agence ont assuré la formation de 30 000 Sénégalais sur le terrain, notamment des anciens émigrés. « Aujourd’hui, tout le monde frappe à leur porte. Ils ont vu leurs demandes de dossier se multiplier par 100 », rebondit Ousmane Faye.

Retour à la terrre

L’Anida et Ferme Factory bénéficient d’une aide de l’Union européenne qui vise à réduire la migration clandestine. L’agence a récemment reçu une enveloppe de 20 millions d’euros pour l’installation de 197 fermes dans huit régions du Sénégal, soit la création de 2 800 emplois ; l’émission a touché 100 000 euros pour acheter du matériel audiovisuel de qualité. El Hadji Malick Sarr et Ousmane Faye parlent tous deux d’une dynamique de retour à la terre.

Sur le terrain, la réalité n’est pas toujours rose. Les premières récoltes sont aléatoires, le matériel alloué par l’Anida est parfois déficient, et les fermiers n’ont pas forcément les moyens de locomotion pour vendre leur production en ville.

Mais les candidats de Ferme Factory auraient un train d’avance sur les autres : « En sortant de l’émission, ils sont armés, solides, ils ont acquis des capacités de résilience et d’anticipation sur les problèmes, assure Ousmane Faye, qui se projette. J’aimerais que d’ici à cinq ans, quand on regardera la carte du Sénégal, on voie une cinquantaine de points “Ferme Factory”, avec des start-up implantées un peu partout, dans tous les domaines agricoles. » Un silence, le bruissement du vent à travers sa fenêtre ouverte… « Je me bats pour que la jeunesse sénégalaise arrête d’attendre. »


Améliorer le quotidien du quartier

Diffusée sur la chaîne publique malienne (ORTM), l’émission de télé-réalité L’Instant thé suit les péripéties de jeunes Maliens de 18 à 30 ans qui concourent pour le meilleur projet dans l’idée d’améliorer leur quartier.

L’objectif est de renouer avec les valeurs originelles du grin, rassemblement informel autour d’un thé. Les participants doivent mobiliser la population locale et lever des fonds. Parmi les projets gagnants de la saison 1 : le lancement d’une structure d’accueil périscolaire, la réhabilitation de latrines dans un centre de santé ou encore la construction d’un espace de vie pour les jeunes.

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