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Cet article est issu du dossier «Bénin : un test et des promesses»

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Vie des partis

L’opposition béninoise, du maximalisme anti-Talon au pragmatisme électoraliste

Les ex-présidents Thomas Boni Yayi et Nicéphore Soglo, à Cotonou, le 19 avril 2019.

Les ex-présidents Thomas Boni Yayi et Nicéphore Soglo, à Cotonou, le 19 avril 2019. © Yanick Folly / AFP

Après avoir fait cause commune contre le régime de Patrice Talon au sein de la « Résistance », les partis d’opposition, tous exclus des législatives d’avril 2019, sont à présent engagés dans des calculs stratégiques en prévision des élections communales du 17 mai. À la radicalité affichée par certains répond le pragmatisme plus ou moins assumé par d’autres.

Installés sur la terrasse de la résidence d’Alassane Soumanou, ancien ministre de l’Enseignement de Boni Yayi, une partie des membres du bureau politique des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE) sont à pied d’oeuvre.

Choix des candidats, organisation des sections locales, collecte des pièces administratives nécessaires… Téléphone à l’oreille et carnet en main, à la fin de janvier, le secrétaire national exécutif du parti, Paul Hounkpè, son trésorier, Aziz Yarou Brisso, ou encore le secrétaire national à la jeunesse, El-Farouk Soumanou, s’affairent à poser les bases des listes FCBE pour les communales. Une scène qui aurait semblé impossible il y a seulement quelques semaines.

Crise interne

Privé de participation aux législatives pour n’avoir pas rempli les conditions requises par les autorités électorales et alors que son président d’honneur, Thomas Boni Yayi, a été assigné à résidence pendant des semaines, puis en exil, le parti s’est en effet déchiré, subissant une crise interne d’une virulence inédite.

D’un côté, les tenants d’une ligne radicale, qui refusent tout compromis avec le pouvoir quitte à boycotter le dialogue politique, voire les scrutins. De l’autre, les « pragmatiques », qui se sont vu qualifier de « traîtres » pour avoir accepté de se plier aux exigences imposées par le ministère de l’Intérieur – en particulier en excluant du bureau politique l’ancien ministre Komi Koutché, actuellement poursuivi par la Cour de répression de l’enrichissement illicite et en exil aux États-Unis.

Depuis qu’il est rentré à Cotonou, à la fin de décembre 2019, Boni Yayi a multiplié les rencontres avec les deux camps. Et, jusqu’au 20 février, de part et d’autre, on célébrait la réconciliation. « C’est le parti qui l’a remporté, les militants, et même le pays », assurait Théophile Yarou. Le secrétaire national exécutif adjoint des FCBE – et chef de file des pragmatiques – faisait mine d’avoir le triomphe modeste, mais, dans les faits, c’était bien sa ligne qui semblait l’avoir emporté : les FCBE vont aux élections.

L’imminence des communales a joué dans l’accélération du processus

« Les tensions étaient trop fortes, le président a compris qu’il y avait un danger à laisser les cadres se chamailler sur la place publique, assurait-il. L’imminence des communales a joué dans l’accélération du processus. » Et surtout la crainte d’une hémorragie. Au début de janvier, plusieurs élus locaux des FCBE, soucieux de se maintenir, ont rejoint le Bloc républicain (BR, pro-Talon).

« Notre parti est le premier parti d’opposition, sans doute aussi le plus populaire. Nous devons tout faire pour qu’il ne disparaisse pas, concédait même Nourénou Atchadé, ancien porte-parole des FCBE et tenant de la ligne dure au sein du parti. Alors, oui. Nous voulons participer aux communales, si on nous laisse y participer. »

Un congrès extraordinaire

La scène politique n’étant jamais exempte d’un ultime coup de théâtre, Thomas Boni Yayi a finalement changé son fusil d’épaule. Le 20 février, dans un long texte, il a plaidé pour la tenue d’un congrès extraordinaire avant le scrutin, pour « s’en remettre aux militants » sur la question de la participation aux élections. Théophile Yarou, lui, assure que, quelles que soient les conclusions de ce congrès, « il y aura bel et bien des listes estampillées FCBE aux communales », et qu’elles sont déjà constituées.

S’il continue de dénoncer « un contexte de déni de la démocratie et de l’État de droit », le parti Restaurer l’espoir, de Candide Azannaï, a lui aussi entamé les démarches pour pouvoir présenter des candidats. Quelques semaines après avoir sévèrement brocardé les FCBE parce qu’elles s’étaient pliées aux formalités administratives, Candide Azannaï est donc rentré dans les rangs des légalistes.

Il avait pourtant été l’un des partisans de la ligne dure au sein de la « Résistance » et n’a pas manqué d’adresser sa « reconnaissance » au leader autoproclamé du mouvement, l’ancien président Nicéphore Soglo. Mais si ce dernier continue de multiplier les sorties tonitruantes, son parti, la Renaissance du Bénin (RB), n’aura aucun candidat aux communales, au risque de disparaître de la scène politique.

C’est ce qui est arrivé à l’Union sociale libérale (USL), devenue une coquille vide. Ce parti créé en 2018 par Sébastien Ajavon, candidat malheureux à la présidentielle de 2016 et condamné par contumace à vingt ans de prison pour trafic de drogue (et qui a obtenu le statut de réfugié politique en France en avril 2019), refuse en effet d’exclure l’homme d’affaires de ses instances dirigeantes. Et la majeure partie de ses cadres ont d’ores et déjà rejoint les rangs de l’un ou de l’autre des partis officiellement reconnus.

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