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Cet article est issu du dossier «Bénin : un test et des promesses»

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Au Bénin, les codes complexes gobi

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Mis à jour le 28 février 2020 à 16h33

Par  Fiacre Vidjingninou

Dom

© Dom

Le port du gobi, un petit bonnet traditionnel propre à certaines régions du Bénin, répond à certains codes très strictes. Surtout, au-delà de l’aspect esthétique, il est un moyen pour son porteur d’affirmer son statut social ou son humeur.

Un samedi soir à Porto-Novo, quartier Dodji. Au mariage de Stéphanie et de Luc, la fête bat son plein. Chez les hommes, le code vestimentaire varie peu. Ici, ni costume ni cravate. Soit l’on porte le majestueux agbada (grand boubou traditionnel yorouba), soit l’on arbore un goodluck (tunique), coutumier dans la partie méridionale du Bénin. Et, comme le marié, la plupart des invités ont enfilé leur gobi, un couvre-chef masculin généralement confectionné à base de pagne tissé, brodé ou non.

Jadis symbole d’appartenance à certaines aires culturelles du sud et du nord du Bénin, ce petit bonnet est plus que jamais à la mode. Son rôle purement esthétique ayant supplanté sa fonction sociale, il s’est désormais mis à la portée de tous.

Quelques vendeurs ambulants se sont opportunément postés sur la place voisine pour vendre des gobis à ceux qui sont encore tête nue et pour tenter les fans de mode portant déjà un bonnet mais désireux d’en enfiler un plus chic ou mieux assorti à leur tenue. C’est l’attroupement. Et la preuve que le gobi a la cote.

 

Bonnet à codes

Symbole de prestance, indispensable à toute cérémonie, le gobi est à l’origine un accessoire caractéristique des Gouns (populations de la région de Porto-Novo) et des Baatonous (du Nord-Bénin). De forme cylindrique, souple et parfois orné de codes, ce bonnet est un marqueur social et le véhicule de messages, selon la façon dont il est porté.

Dans son essai Le Couvre-chef à Porto-Novo. Le gobi : sens et significations, Charles Dossou Ligan, docteur en sociolinguistique, décrypte le sens du port du gobi chez les Gouns de la capitale. Lorsque le bout du bonnet est rabattu à gauche, il souligne « le privilège » (c’est-à-dire respect dû à celui qui le porte). Rabattu à droite, il traduit « la joie de vivre » (position dominante lors des fêtes et réjouissances).

Balancé en avant, il exprime « la volonté d’aller de l’avant » ou « l’assurance de venir à bout d’un problème » (position affichée lors de négociations ou de médiations). Rabattu sur la nuque, il joue la provocation et marque l’indifférence face aux critiques.

La position vers l’arrière est réservée aux chefs, elle veut dire qu’ils sont au sommet et n’ont rien à prouver

Méfiance cependant, car le sens du bout du bonnet varie et ne porte pas en effet les mêmes messages chez les Baatonous. Pour eux, « tourné vers la droite, le gobi signifie que l’on est orphelin de père et, tourné vers la gauche, que l’on est orphelin de mère, explique l’historien Léon Bani Bio Bigou. Lorsque son porteur atteint une certaine “maturité sociale” et que ses parents sont vivants, le gobi devrait en principe être orienté vers le haut. Enfin, la position vers l’arrière est réservée aux chefs, elle veut dire qu’ils sont au sommet et n’ont rien à prouver. »

Accessoire démocratisé

Mais aujourd’hui, pour beaucoup, seule l’esthétique compte. En particulier dans le sud du pays, où la plupart des jeunes ne se préoccupent plus des messages du gobi, qu’ils portent en dépit du sens historique et culturel, à raison de 1 000 F CFA (1,50 euro) pour les modèles standards, jusqu’à 50 000 F CFA pour les modèles haut de gamme, voire 100 000 F CFA pour les plus luxueux, selon la qualité du tissu, les finitions, la personnalisation des motifs, etc.

Attention toutefois car, chez les Baatonous, les règles restent strictes. Si, par méconnaissance des traditions ou par effet de mode, vous trichez sur l’orientation du gobi, on risque de vous rappeler à l’ordre rapidement. « Ici, on connaît ceux qui peuvent se targuer d’être chefs », conclut Léon Bani Bio Bigou.

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