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Cet article est issu du dossier «Bénin : un test et des promesses»

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Vie des partis

Au Bénin, une majorité « monocolore » tout en nuances

Réservé aux abonnés | | Par - Envoyé spécial
L’hémicycle béninois, en décembre 2019.

L’hémicycle béninois, en décembre 2019. © PR Bénin

Si les députés, tous issus de la mouvance présidentielle, votent presque comme un seul homme, cette unité n’est que de façade et pourrait voler en éclats lors des prochaines élections locales.

Tous derrière Talon… mais chacun pour soi. Deux partis, l’Union progressiste (UP) et le Bloc républicain (BR), se revendiquant de la mouvance présidentielle se partagent la totalité des sièges à l’Assemblée nationale. Leurs candidats se retrouveront cependant face à face lors des communales du 17 mai. De quoi alimenter certaines rancœurs, parfois anciennes. Et si, dans l’hémicycle, les députés UP et BR votent comme un seul homme, dans les couloirs de l’auguste bâtisse de Porto-Novo, les piques assassines fusent.

L’UP, « le parti majoritaire de la majorité » – comme il est d’usage de dire ici, précise un fonctionnaire un brin ­tatillon –, a d’autant plus à perdre dans les élections communales que certains de ses leaders affichent une confiance sans faille, affirmant être sur le point de prendre la majorité des communes du pays. « Nous sommes le parti majoritaire, et il nous faudra conforter cette position. Cela ne sera pas facile partout, d’autant que la situation n’est pas identique à celle que nous avons connue lors des législatives », tempère d’ailleurs l’un des nombreux ministres membres de l’UP.

L’UP, rassembleur des alliés de poids de Patrice Talon

Créée en grande partie sur les fondations de l’Union fait la nation (UN), de Bruno Amoussou (qui fut notamment l’un des principaux inspirateurs de la charte des partis politiques qui a tant bousculé la scène politique), l’UP rassemble la plupart des poids lourds ralliés de longue date ou plus récemment au président, Patrice Talon.

Si vous regardez bien, l’UP, ce sont des dinosaures, des gens de l’ancienne école

« Nous portons des valeurs de partage et de solidarité, assure Orden Alladatin, président de la Commission des lois. Certes, les deux partis soutiennent le président, mais, à l’Assemblée, les débats sont vifs, et les amendements, nombreux, et ce sur tous les textes. » Alladatin est issu des rangs de l’UN, tout comme Louis Vlavonou, le président de l’Assemblée. Un élu du « Sud », contrairement à l’usage qui prévalait jusqu’alors, selon lequel lorsque le président de la République est du sud du pays, celui de l’Assemblée est choisi parmi les députés du Nord.

« L’UP, ce sont essentiellement des gens venus de l’UN, parti dont le principe était simple : le pouvoir doit aller aux gens du Sud, vitupère un élu du Bloc républicain. Aujourd’hui, Sacca Lafia [le ministre de l’Intérieur] leur a certes permis d’élargir leurs bases au Nord, mais, si vous regardez bien, l’UP, ce sont des dinosaures, des gens de l’ancienne école, dont certains se détestent cordialement tant ils ont participé par le passé aux gouvernements successifs… » Dans le viseur du député, Bruno Amoussou, 80 ans, et Abraham Zinzindohoué, 71 ans, qui fut l’un des cofondateurs de l’UP… après avoir été proche de Nicéphore Soglo, puis ministre sous Thomas Boni Yayi.

Répartition des 83 sièges de l'Assemblée Nationale

Répartition des 83 sièges de l'Assemblée Nationale © JA

Différences idéologiques

Plus diplomate, Abdoulaye Gounou Salifou, député de Natitingou (extrême nord-ouest du pays) et président du groupe BR au Parlement, préfère insister sur les différences idéologiques et, surtout, sur le positionnement vis-à-vis du chef de l’État. « Nous avons une optique clairement plus libérale. Et nous soutenons Patrice Talon, mais de manière critique, pas dans une acceptation aveugle, insiste-t-il. Contrairement à ce que l’on peut croire, Patrice Talon écoute, et il peut être convaincu si l’argumentaire est solide. »

Et puis, il y a le Parti du renouveau démocratique (PRD), d’Adrien Houngbédji, l’ancien président de l’Assemblée. Tout comme l’ensemble des partis d’opposition, le PRD n’a pas pu présenter de candidats lors des législatives d’avril 2019. « Nous avons été infiltrés par un parti concurrent qui a sciemment créé un doublon : l’un de nos candidats était aussi sur une autre liste, et notre liste a été exclue. » Depuis, les règles ont changé : si un doublon est identifié, c’est le candidat qui est exclu, non plus le parti.

S’il assure que son parti « n’est pas dans l’opposition », Adrien Houngbédji n’en reste pas moins amer et ne cache pas son envie de revanche lors des communales. Le PRD pourra notamment compter sur ses fiefs dans l’Ouémé, en particulier Sèmè-Kpodji et Porto-Novo. Mais il veut croire que ces élections locales permettront, aussi, de panser les plaies. « Étant donné les conditions dans lesquelles cette Assemblée a été élue, c’est un problème qu’elle puisse représenter la démocratie béninoise pendant encore quatre ans », confie celui qui assure vouloir désormais « passer la main à une nouvelle génération ».

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