Arts

Restitution du patrimoine : « Au Bénin, les soldats français n’ont pas pris que vingt-six objets ! »

Alain Godonou

Alain Godonou © DR

Directeur du programme « Musées » à l’Agence nationale béninoise de promotion ds patrimoines et de développement du tourisme (ANPT), Alain Godonou dénonce « l’absence de concertation » avec les autorités françaises dans le processus de restitution du patrimoine promise par Paris.

Le Bénin a-t-il été associé à l’établissement de la liste des vingt-six œuvres que la France s’est engagée à lui restituer ?

Alain Godonou : Cette liste a été établie unilatéralement par la partie française avant de nous être communiquée. Le 16 décembre 2019, lors de la visite de travail au Bénin du ministre français de la Culture, Franck Riester, notre pays a posé ce problème d’absence de concertation.

Nous avons alors demandé que soient inclus dans cette liste quelques objets emblématiques, en particulier la statue du dieu Gou et deux objets-reliques des Amazones. La partie française n’a pas encore répondu à cette requête.

Les vingt-six œuvres représentent les prises de guerre qui ont été faites dans les palais royaux d’Abomey et que le général Dodds, chef du corps expéditionnaire français, a remis au retour de sa mission pour rendre compte de sa victoire sur le roi Béhanzin. Mais, bien évidemment, les soldats français n’ont pas pris que vingt-six objets !

Le pays a-t-il dressé un inventaire des collections de ses œuvres à travers le monde ?

Nous n’avons pas encore entamé ce travail d’inventaire. Nous devons d’abord mettre à jour notre cadre juridique et réglementaire sur le patrimoine, qui doit fixer les statuts de nos différentes catégories de biens culturels mobiliers et les modalités de leur inscription à l’inventaire national. Juridiquement et formellement, nous n’avons pas encore d’inventaire national.

C’est l’un de nos grands chantiers, et notre Agence a inscrit la réalisation technique et matérielle d’un inventaire général national dans le plan de travail de 2020.

Dans le cadre des restitutions, la question de la sécurité des œuvres est souvent évoquée. Comment comptez-vous régler ce problème ?

La sécurité des biens s’entend du point de vue des infrastructures et du point de vue juridique. Du point de vue des infrastructures, deux grands musées inscrits au Programme d’actions du gouvernement sont en construction : le Musée de l’épopée des Amazones et des rois du Danhomè, à Abomey, sur le site des palais royaux, ainsi que le Musée international de la mémoire et de l’esclave, à Ouidah, dans le fort portugais. Les deux projets, conçus avec tous les équipements et les dispositifs modernes, seront terminés avant la fin de 2021. Par ailleurs, la réhabilitation du musée Sénou-Adandé de Porto-Novo doit s’achever avant la fin de cette année.

Du point de vue juridique, l’Assemblée nationale a adopté le 27 janvier la loi portant l’autorisation d’adhésion à la convention internationale Unidroit, qui réglemente les questions de trafic illicite de biens culturels. C’est en s’appuyant sur cette convention que notre pays peut plaider son bon droit devant les juridictions internationales.

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