Politique

Maroc : Jettou souligne les faiblesses du gouvernement d’El Othmani

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Driss Jettou et Saadeddine El Othmani.

Driss Jettou et Saadeddine El Othmani. © Jeune Afrique

Pendant que le chef du gouvernement Saadeddine El Othmani s’évertue à chanter les louanges des réformes entreprises par son gouvernement, le président de la Cour des comptes Driss Jettou n’a de cesse de souligner ses failles. Décryptage d’un duel entre deux très hauts commis de l’État marocain.

Alors que Saadeddine El Othmani profite de chacune de ses interventions médiatiques pour vanter les réformes de son gouvernement, Driss Jettou, le président de la Cour des comptes, s’emploie à mettre l’accent sur leurs faiblesses. Il en résulte une passe d’armes quasi permanente entre les deux institutions, et, par ricochet, entre ces deux grands commis de l’État. Le dernier passage de Driss Jettou au Parlement, à la fin de janvier, n’a pas fait exception à la règle.

Lors de sa présentation du rapport annuel de la Cour, il a insisté sur les risques qui guettent les finances de l’État. Aggravation du déficit budgétaire, niveau élevé de la dette publique, déséquilibre des comptes extérieurs, menace sur la pérennité des régimes de retraite… Autant de « véritables défis que doit affronter la gestion des finances publiques sur le court et le moyen terme », écrivent les magistrats de cette institution de contrôle. Fondées sur des audits réalisés dans différents ministères et autres organismes étatiques, leurs critiques s’étendent à certains programmes publics.

Plans d’action inexistants

En février 2019 déjà, un rapport de la Cour des comptes avait fait couler beaucoup d’encre. Les magistrats chapeautés par Jettou avaient relevé l’absence d’une direction nationale ou d’une structure administrative chargée de mettre en œuvre le programme onusien de développement durable pour les années 2015-2030. Ils avaient en outre noté l’inexistence de plans d’action détaillés permettant de définir les modalités, les échéances, les intervenants et les modes de financement nécessaires à la réalisation de ces objectifs.

Autre grief avancé : « Le gouvernement n’a pas veillé à prendre en considération les initiatives entreprises par certains départements ministériels et d’autres partenaires. » La publication de ce rapport thématique avait incité Saadeddine El Othmani à mettre sur pied le Comité stratégique pour le développement durable, dont le décret de création avait pourtant été adopté plus d’un an auparavant.

Catalyseur de réformes

Cet épisode illustre bien le rôle de catalyseur de réformes que joue régulièrement la Cour des comptes. Car, sous l’autorité de Driss Jettou, la haute juridiction financière, à qui il arrive d’applaudir aux réalisations de l’équipe d’El Othmani, ne se prive pas d’en relever les dysfonctionnements ou les manquements. Elle n’oublie pas non plus de faire des recommandations.

Une approche qui irrite forcément les différents ministères et organismes audités, d’autant que les délais de fabrication des rapports, qui peuvent parfois prendre plusieurs années, rendent certains constats obsolètes le jour de leur publication. Une faille que Saadeddine El Othmani, comme les autres responsables publics mis en cause, n’hésite pas à dénoncer lorsqu’il s’agit d’assurer leur défense.

Du temps où le même Driss Jettou était Premier ministre (2002-2007), les rapports de la Cour des comptes n’étaient jamais rendus publics. Premier chef du gouvernement nommé par Mohammed VI, il avait donc le « luxe » de pouvoir traiter en toute discrétion les avis et autres recommandations que la juridiction financière portait sur les actions de son équipe.

Mais, depuis 2008 et la publication annuelle du rapport global de la Cour des comptes – sans oublier les rapports thématiques, là aussi bien plus nombreux que par le passé –, les manquements de l’administration sont connus et suivis de tous, ce qui accentue la rivalité institutionnelle entre le président de la Cour et le chef du gouvernement. Même si Driss Jettou et Saadeddine El Othmani, tous deux originaires de la région du Souss, ne manquent jamais une occasion de rappeler que leurs relations sont empreintes d’un profond respect…

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