Diplomatie

[Édito] Un partenariat Chine-Afrique-OMS pour venir à bout du coronavirus

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Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Le directeur de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, s'exprime sur le coronavirus, le 12 février 2020.

Le directeur de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, s'exprime sur le coronavirus, le 12 février 2020. © Salvatore Di Nolfi/AP/SIPA

Sauf accident, on viendra à bout du coronavirus dans les prochaines semaines grâce au partenariat qui s’est noué entre la Chine et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), que dirige l’Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus.

La Chine est le pays le plus peuplé de la planète – 1,4 milliard d’habitants – et la première puissance économique mondiale avec les États-Unis. Depuis le début de cette année 2020, elle est frappée par un mal étrange et inconnu : le coronavirus, ou Covid-19.

Il se transmet très facilement d’une personne à l’autre et, de ce fait, contraint tous les Chinois, femmes, hommes et enfants, à porter un masque sur la bouche et le nez pour atténuer le risque de contamination. Le délai d’incubation est de l’ordre de deux semaines, ce qui oblige à placer des villes, voire des régions entières, en quarantaine et à traiter leurs habitants en « pestiférés ».

L’économie chinoise est désorganisée, son industrie presque à l’arrêt. Les Chinois ne peuvent plus circuler librement dans leur pays, a fortiori dans le reste du monde : on les suspecte d’être, à leur insu, les agents de transmission de ce « virus du diable ».

Terreur incontrôlée

Fort heureusement, le coronavirus ne tue que 3 % environ des personnes contaminées. Néanmoins, il inspire une terreur incontrôlée et touche un nombre grandissant de pays*, où l’on signale des cas, jusqu’ici limités, de personnes infectées. Il n’a tué pour le moment, sauf rares exceptions, que des Chinois.

Que se passerait-il si ce redoutable Covid-19 prenait racine dans des pays moins bien armés pour le combattre que la Chine ? Une éventualité à ne pas exclure et qui fait frémir. Certains estiment que l’actuel vent de panique est irrationnel puisque le virus n’a fait à ce jour « que » 1 900 morts et que le nombre de personnes contaminées, en très grande majorité chinoises, est « seulement » de l’ordre de 72 300. Le mal qui s’est déclaré à la fin de 2019 est donc contenu, et ses effets sont, pour le moment, circonscrits.

Des personnes portant un masque se dirigent vers leur bureau à Beijing, en Chine, le 18 février 2020.

Des personnes portant un masque se dirigent vers leur bureau à Beijing, en Chine, le 18 février 2020. © Koki Kataoka/AP/SIPA

Il est trop tôt pour essayer de prédire si nous sommes au début, au milieu ou à la fin de cette épidémie

Il faudra cependant le combattre avec encore plus d’énergie, l’empêcher de se propager en Chine et dans d’autres pays. Il faudra surtout limiter ses conséquences néfastes sur la société et l’économie chinoises, et par ricochet sur le PIB mondial.

Nul ne peut dire à ce jour quel sera le contrecoup de cette épidémie quand, dans un ou deux mois, le mal sera éradiqué. Réussirons-nous à éviter qu’elle ne s’aggrave encore dans les prochaines semaines en se propageant dans des pays plus fragiles ou moins « tenus » que la Chine ?

La Chine un partenaire essentiel de l’Afrique

L’Afrique doit beaucoup à la Chine. Il y a un quart de siècle – qui ne s’en souvient ? –, notre continent semblait maudit, était abandonné à son sort par les Européens et les Américains. Un sort qui paraissait si désespéré que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) se sont chargés de nous prodiguer leurs soins, de nous aider à survivre.

C’est à ce moment-là que la Chine est intervenue. Elle venait de prendre son envol en adoptant « l’économie socialiste de marché » recommandée par son dirigeant d’alors : Deng Xiaoping. Les successeurs de Deng comprirent que leur pays aurait besoin de l’Afrique, de ses richesses agricoles et minières, que ce continent délaissé avait un passé, un présent et un avenir. Ils en firent leur partenaire et l’aidèrent à reprendre confiance en lui et à se développer.

Les échanges sino-africains s’intensifièrent et l’Afrique redevint peu à peu « à la mode ». Au point de conduire les dirigeants européens et américains, qui regardaient le continent avec mépris, à y revenir. Saviez-vous que Mme Angela Merkel, chancelière d’Allemagne, s’est rendue, au cours des deux dernières années, dans pas moins de onze pays africains, dont deux en février 2020 : l’Afrique du Sud et l’Angola ?

L’Inde et le Japon, et plus récemment la Russie, en firent autant, précédés par la Turquie. L’Afrique doit donc à la Chine d’être redevenue un continent qui compte et dont on tient compte. Elle accueille désormais plus de 1 million de Chinois, tandis que plus de 100 000 Africains résident en Chine.

Coopération OMS-Chine

La chance a voulu que le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) soit un Africain de grande qualité, M. Tedros Adhanom Ghebreyesus, et qu’il soit en poste depuis le milieu de 2017. On l’appelle communément Tedros. Ancien ministre éthiopien de la Santé, puis des Affaires étrangères, il a laissé le souvenir d’un homme d’État avisé. Et a surclassé ses concurrents à la tête de l’OMS.

Les dirigeants chinois ont trouvé en lui et dans l’agence des Nations unies qu’il dirige un partenaire capable de les comprendre et de les aider efficacement à vaincre le coronavirus. Le reste du monde peut compter sur l’OMS et son directeur général pour que le virus soit d’abord contenu, puis éradiqué. M. Tedros a déjà déclaré que les Chinois avaient fait de leur mieux pour lutter contre le virus, et qu’ils méritent félicitations et encouragements. Les succès antérieurs de l’OMS dans sa lutte contre le virus Ebola, qui a sévi en Afrique, incitent à un certain optimisme.

Le directeur de l'Organisation mondiale de la santé, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, à Genève, en février 2018.

Le directeur de l'Organisation mondiale de la santé, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, à Genève, en février 2018. © Martial Trezzini/AP/SIPA

« Il est trop tôt pour essayer de prédire si nous sommes au début, au milieu ou à la fin de cette épidémie », a cependant déclaré l’OMS à la mi-février. L’agence appelle à éviter de surréagir et rejette « toute approche simpliste et toute mesure extrême, comme la fermeture des commerces ou l’interdiction des voyages ».

L’épidémie s’est déclarée en Chine au début de décembre 2019, mais elle n’a été prise au sérieux par les dirigeants communistes de ce grand pays qu’à la mi-janvier 2020, il y a donc un mois. Sauf accident, on en viendra à bout dans les prochaines semaines grâce au partenariat qui s’est noué entre la Chine et l’OMS.

On est en droit d’espérer que l’Afrique et le reste du monde échapperont à ce virus qui sème le désordre et la panique. Mais l’économie chinoise et l’économie mondiale y laisseront des plumes. Et le coronavirus aura aussi des conséquences politiques difficiles à prévoir aujourd’hui.

*Le ministère égyptien de la Santé a annoncé, le 14 février, avoir enregistré le premier cas de coronavirus sur le continent africain.

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