Santé

Le patron de l’OMS, Tedros Ghebreyesus, à l’épreuve du coronavirus

Au siège de l’Organisation mondiale de la santé, à Genève, le 12 février.

Au siège de l’Organisation mondiale de la santé, à Genève, le 12 février. © Salvatore Di Nolfi/AP/SIPA

Soupçonné à tort de complaisance à l’égard de la Chine dans sa gestion de l’épidémie, le patron éthiopien de l’OMS durcit le ton à mesure que le nombre de malades augmente.

La journée du 12 février a été agitée en Chine. Après avoir limogé les plus hauts responsables du Parti de la région du Hubei et de la ville de Wuhan, épicentre de l’épidémie de coronavirus, les autorités ont annoncé que le décompte des personnes infectées allait se faire selon une nouvelle méthode. Ce qui a eu pour résultat de faire bondir immédiatement le nombre de malades de 40 000 à 60 000.

Pékin entendait ainsi réagir aux critiques de ceux qui, de plus en plus nombreux, l’accusaient de minimiser le nombre de victimes du virus, désormais baptisé Covid-19. À l’image de ces médecins anglo-saxons estimant dans les médias que les chiffres officiels ne représentaient sans doute que 10 % du nombre réel de cas, ou même de ces professionnels de santé chinois admettant que, entre la pénurie de tests de dépistage et le confinement des populations, un nombre croissant de malades passaient entre les mailles du filet.

Soucieuses, depuis le début, d’afficher la plus grande transparence, conscientes de l’émoi provoqué par la mort du Dr Li Wenliang, le premier à avoir donné l’alerte, les autorités chinoises ont voulu rectifier le tir. Mais elles ne sont pas les seules à subir les critiques : de plus en plus de voix s’élèvent pour s’interroger sur le jeu que jouent l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et son directeur général, l’Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Trop complaisant envers la Chine ?

Premier reproche formulé contre « Docteur Tedros » : il se montrerait bien trop complaisant envers la Chine. Et il est vrai que depuis le début de la crise, à la fin de décembre, le patron de l’OMS n’a pas tari d’éloges. Saluant à la fois la « rapidité » et l’« efficacité » des mesures prises pour enrayer la propagation du virus, il a félicité le président chinois pour son « bon leadership », estimé que le monde entier devrait « remercier » la Chine pour ses mesures de mise en quarantaine qui évitent que la maladie ne sorte du pays et contesté l’idée que Pékin minimise le nombre de victimes.

Certains ont vu immédiatement dans ces formules dithyrambiques, largement relayées par les médias officiels chinois, une marque de servilité à l’égard d’un régime dictatorial et opaque. Pas étonnant, ajoutaient les plus virulents : Ghebreyesus ne fut-il pas lui-même ministre du régime autoritaire qui a gouverné l’Éthiopie jusqu’à l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed ?

Deuxième critique : l’OMS, sans doute aveuglée par la propagande chinoise, aurait tardé à réagir et, notamment, à décréter l’urgence internationale. Une accusation qui ne semble guère partagée. En France notamment, l’Académie nationale de médecine a exprimé son soutien à l’OMS « quant à l’évaluation du risque lié à cette épidémie et dans les recommandations qu’elle formule ». Tandis que le Pr Marc Gentilini, spécialiste des maladies infectieuses, juge « extraordinaire » la « rapidité de la réaction, y compris celle de l’OMS ». « Il n’y avait aucune raison de lancer l’alerte plus tôt, insiste-t-il, il ne fallait pas faire comme Margaret Chan, la précédente patronne de l’OMS, qui avait fait paniquer le monde entier lors de la crise du H1N1, en 2009. »

Habitué aux critiques

Tedros Ghebreyesus est de toute façon habitué aux critiques. Dès 2016, alors qu’il n’était qu’un candidat parmi d’autres à la direction générale de l’Organisation, des voix s’élevaient pour refuser qu’un non-médecin (l’Éthiopien n’est titulaire « que » d’un master en immunologie et d’un doctorat en santé communautaire…) puisse diriger l’OMS. Finalement élu, en mai 2017, il a fait les frais de l’amertume des mauvais perdants, qui estimaient qu’il ne devait sa victoire qu’au fait d’être africain.

Sa décision de nommer le président zimbabwéen Robert Mugabe « ambassadeur de bonne volonté » de l’OMS, sur laquelle il est vite revenu, lui a aussi valu beaucoup d’attaques. Puis sont venues les épidémies africaines de fièvre Ebola, en 2018 et en 2019, et leur lot de polémiques. Ces crises – pas encore totalement réglées, puisque la RD Congo reste, à ce jour, en alerte rouge – ont pourtant été bien gérées par l’Organisation. Mieux, sans doute, que les précédentes.

Quant à l’épidémie de coronavirus, il est trop tôt pour dire si les mesures adoptées par l’OMS permettront d’en limiter les effets. L’Organisation, en tout cas, a déjà publié une liste de pays vulnérables, envoyé des équipes de spécialistes dans nombre d’entre eux – notamment en Afrique – pour aider les pouvoirs publics à coordonner leurs efforts, identifié des « laboratoires de référence » partout dans le monde pour assurer la détection des personnes infectées, réuni 400 scientifiques et spécialistes à Genève pour partager les données et travailler à l’élaboration d’un vaccin.

Surtout, alors que Pékin continue inlassablement d’assurer que la situation est entièrement sous contrôle, l’OMS a nettement durci le ton. Au président Xi Jinping, qui évoquait, le 12 février, l’« évolution positive » de l’épidémie, le chef du département des urgences ­sanitaires de l’Organisation a répondu qu’il était « beaucoup trop tôt pour tenter de prédire le commencement, le milieu ou la fin de cette épidémie ».

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