Livres

« Cicatrices », de Dali Misha Touré : grandir dans une famille polygame

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 21 février 2020 à 17h38
L'auteure Dali Misha Touré.

L'auteure Dali Misha Touré. © Cyrille Choupas

Dans « Cicatrices », Dali Misha Touré évoque les tourments qui agitent une jeune fille au sein du foyer polygame de son père.

Vrai-faux premier roman, Cicatrices est la réédition d’un livre de Dali Misha Touré paru il y a neuf ans. Auparavant, la jeune écrivaine française d’origine malienne avait aussi autoédité Confidences, Les Bleus de l’âme et J’ai tué ma mère.

« J’ai écrit Cicatrices à 15 ans et, à 16 ans, j’ai décidé de le publier. Je voulais raconter l’histoire d’une jeune fille issue de la banlieue et ayant grandi dans une famille polygame. Marie Hermann, éditrice chez Hors d’atteinte, m’a contactée. Elle avait lu Cicatrices et, apparemment, l’avait beaucoup aimé. À ma grande surprise, elle a décidé de l’éditer à nouveau. »

L’écriture est une passion que l’auteure, par ailleurs étudiante, partage avec son personnage principal. « J’ai commencé à écrire dès mon plus jeune âge. Je me suis toujours sentie à l’aise avec la plume et, surtout, j’ai toujours aimé dégager des émotions à travers l’écriture. » C’est un moyen d’évasion pour son personnage et un moyen d’expression pour l’auteure.

Je trouvais à la fois normal et étrange de vivre avec des personnes avec lesquelles je ne partageais rien

Matilda, le livre de Roald Dahl, a marqué l’une comme l’autre. « L’écriture peut sauver, car elle permet de penser à autre chose, d’écrire des choses joyeuses même si on est triste, et ça donne un sentiment de pouvoir. Le fait d’inventer un personnage, de lui créer un destin est quelque chose de magique. » À part cette passion commune, tout le reste est fictif, précise-t-elle.

Le reste, ce sont des tranches de vie de la fille de la troisième femme d’un père polygame. Son héroïne subit sa famille nombreuse : « Je trouvais à la fois normal et étrange de vivre avec des personnes dont je ne savais rien, avec lesquelles je ne partageais rien », « Quand je n’avais rien à faire, je réfléchissais à ce que mes parents m’avaient appris quand j’étais petite. Et je ne trouvais presque rien », « À un moment, les insultes et les humiliations de mes parents sont devenues tellement banales qu’elles m’étaient soudain complètement égales ». Quelques extraits de pages qui décrivent la « banalité » de la violence quotidienne de façon clinique. Une éducation à la dure. Au sujet du père, elle ajoute : « Il ne regrettait jamais ses choix, il appelait ça : l’éducation. »

Trajectoire singulière

Dans cet univers dysfonctionnel, un rayon de soleil illumine le quotidien de l’héroïne : Camille, sa meilleure amie, qui lui montre un autre modèle. Pour autant, ce n’est pas la polygamie en tant que telle que Dali Misha Touré vise.

Elle décrit une trajectoire singulière, elle ne dénonce pas un système. « Je ne pense pas que la polygamie favorise forcément la jalousie et les conflits dans une famille, car je connais des personnes issues d’une famille classique dans laquelle il y avait aussi des conflits, de la jalousie. Je suis musulmane, je ne suis pas contre la polygamie. Il y a juste une manière de le faire et des règles qui ne sont pas respectées dans ce schéma familial. »

Au fil des pages, le changement s’insinue. Le temps fait son œuvre et des événements bouleversent la famille. Nous n’en dirons pas plus, mais Dali Misha Touré cite le philosophe allemand Nietzsche pour résumer son message : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. »

Un aphorisme que ses lecteurs ont compris : « Beaucoup de personnes se sont identifiées, et elles ont beaucoup aimé. Nombre d’entre elles n’avaient jamais mis de mots sur leurs maux, et ça leur a fait du bien de se sentir comprises. » La jeune maison qui la publie confirme l’ambition que porte son nom : hors d’atteinte, comme les champs peu explorés qu’elle veut mettre en lumière.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3092_600x855 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte