Économie

Comment Rabat veut éviter la sécheresse

Réservé aux abonnés | | Par - à Casablanca
Sa Majesté le Roi Mohammed VI procède à l’inauguration du projet d’aménagement hydro-agricole du périmètre «Ksoub» à l’aval du nouveau barrage «Moulay Abderrahmane». 16012020-Essaouira© Monir El Youssefi/MAP

Sa Majesté le Roi Mohammed VI procède à l’inauguration du projet d’aménagement hydro-agricole du périmètre «Ksoub» à l’aval du nouveau barrage «Moulay Abderrahmane». 16012020-Essaouira© Monir El Youssefi/MAP © Monir El Youssefi/MAP

Très exposé au risque de pénurie d’eau, le Maroc vient de lancer un programme alliant nouvelles infrastructures et mesures d’optimisation des ressources.

Depuis quelques années, le spectre de la soif plane sur le Maroc. Le royaume est considéré comme un pays au « stress hydrique élevé » par l’Institut des ressources mondiales (WRI), qui le place au 22e rang des pays les plus menacés en la matière. Selon ce think tank américain de référence sur les questions environnementales, cette problématique va s’accentuer avec le réchauffement climatique.

« La répartition des pluies à travers le pays n’est pas équilibrée, il y a des régions qui souffrent plus que d’autres, le Sud, l’Oriental », précise Fouad Amraoui, professeur-chercheur en hydrologie à l’université Hassan-II de Casablanca.

Pour relever ce défi majeur, le roi Mohammed VI a lancé le Programme national prioritaire d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation, qui s’étale entre 2020 et 2027 et auquel 115 milliards de dirhams (environ 10,9 milliards d’euros) doivent être consacrés.

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20 barrages de plus

Cette enveloppe globale servira à améliorer l’offre hydrique, à renforcer l’approvisionnement en eau potable en milieu rural, mais aussi à sensibiliser à la préservation des ressources en eau et à sa rationalisation. Cinq ministères sont impliqués, en lien avec l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (Onee). « Il prend en considération l’ensemble des leviers sur lesquels il faut travailler », s’enthousiasme l’enseignant-chercheur.

Pas moins de 20 barrages doivent être érigés, s’ajoutant aux 145 barrages existant déjà. Leur construction doit permettre d’augmenter de plus de 5 milliards de mètres cubes la capacité actuelle de stockage de 19 milliards de mètres cubes. Selon une source au ministère de l’Énergie, les sites qui accueilleront ces édifices sont en cours de sélection, et les premiers appels d’offres doivent tomber d’ici au mois de septembre, pour une enveloppe annuelle de 600 millions de dirhams, et ce jusqu’à la fin 2027.

Unités de dessalement

Le Maroc prévoit aussi de recourir plus souvent au dessalement des eaux de mer. « Le royaume dispose de 3 500 km de côtes bordant l’Atlantique et la Méditerranée ! L’utilisation de ce procédé tombe sous le sens avec des coûts de dessalement passés de 50 dirhams le mètre cube dans les années 1990 à moins de 10 dirhams ces dernières années », se félicite Fouad Amraoui.

Selon le programme national prioritaire, les principales villes côtières seront toutes dotées d’une unité de dessalement d’ici à 2027. La plus grande doit être implantée à Casablanca pour une enveloppe de 4 milliards de dirhams. « La capitale économique est alimentée depuis de nombreuses années grâce à la générosité des autres régions. Plus de 200 millions de mètres cubes arrivent annuellement à Casablanca pour la consommation humaine. Il faut les soulager de cette exportation d’eau », estime notre interlocuteur.

Il faut réaliser une reconversion des cultures adaptée aux spécificités de chaque région

Ce nouveau programme met aussi en avant la réutilisation des eaux usées – grâce à des centrales de traitement – pour l’arrosage des espaces verts, le nettoyage urbain, mais aussi pour alimenter l’industrie et les réseaux d’irrigation. Plus de 100 millions de m3/an devraient provenir du traitement des eaux usées à l’horizon 2027, grâce à la réalisation de 87 projets, dont 22 seront dédiés à l’irrigation des terrains de golf.

La réorientation du secteur agricole doit aussi permettre une meilleure gestion de l’eau « À Zagoura, où les réserves sont très limitées, ils ont choisi de produire des pastèques, très gourmandes en eau. Il faut réaliser une reconversion des cultures adaptée aux spécificités de chaque région », fait valoir Fouad Amraoui. Dans les villes, en revanche, le programme national promeut une meilleure surveillance des réseaux, car les fuites d’eau peuvent causer d’énormes pertes. Un sujet sur lequel l’État devra nécessairement travailler avec les concessionnaires privés – comme à Casablanca et Tanger – ou les régies publiques chargées de la distribution d’eau potable.

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