Pétrole & Gaz

L’approvisionnement en pétrole de l’Éthiopie contraint par la logistique djiboutienne

Dimensionné depuis sa construction, en 2008, pour 12 rotations annuelles, Horizon se retrouve aujourd’hui en surchauffe avec près de 28 rotations.

Dimensionné depuis sa construction, en 2008, pour 12 rotations annuelles, Horizon se retrouve aujourd’hui en surchauffe avec près de 28 rotations. © Vincent Fournier/Ja

Le géant est-africain, dont les besoins en hydrocarbures ne cessent de croître, reste suspendu aux choix de Djibouti en matière d’infrastructures – et fait pression sur lui. Or, l’extension annoncée du port d’Horizon pourrait être compromise par un autre projet, celui du complexe pétrochimique de Damerjog.

Le landerneau djiboutien des affaires bruisse toujours de ces rumeurs contradictoires qu’il affectionne. Mais, du côté de la direction du terminal pétrolier Horizon, filiale du dubaïote Emirates National Oil Company (Enoc) à Djibouti, « c’est acté ».

Un terminal largement sous-dimensionné

L’extension de son port, dont les cuves fournissent au marché éthiopien au moins 95 % de ses besoins en hydrocarbures (le reste provient du Soudan), « commencera sous peu ». Soit une addition de plus de 100 000 m3 de capacité aux 370 000 m3 actuels. De quoi répondre aux insistantes pressions de l’Éthiopie, dont les besoins augmentent de 9 % chaque année depuis dix ans (4,2 millions de tonnes en 2018).

Dimensionné, depuis sa construction en 2008, pour douze rotations annuelles, Horizon se retrouve aujourd’hui en surchauffe avec près de vingt-huit rotations, obligeant les navires à attendre leur tour au large. « Ce qui coûte des dizaines de millions de dollars par an à l’Éthiopie en frais de stationnement », souligne une source proche du dossier.

Mais, selon d’autres interlocuteurs, rien n’est encore arrêté car plusieurs litiges grippent les négociations avec les autorités. Notamment sur le montant de la redevance due à la Société de gestion de la jetée du terminal pétrolier de Doraleh (SJTP), nationalisée en 2018. Et c’est compter sans la présence au capital – évoquée partout – de l’homme d’affaires Abdourahmane Boreh, ex-patron de l’Autorité portuaire, aujourd’hui opposant en exil. « De plus, les Djiboutiens ont un peu le sentiment que, à l’instar de DP World au port à conteneurs de Doraleh, Horizon Terminals a préféré investir dans ses propres terminaux du Golfe plutôt qu’à Djibouti », estime un spécialiste.

Si autant de doutes subsistent, c’est aussi que, au moment même où l’hypothèse de l’extension d’Horizon refaisait surface, le projet de complexe pétrochimique de Damerjog, près de la frontière somalienne, s’est soudainement accéléré à la fin de 2019 alors qu’il sommeillait depuis un an. Filiale à 100 % de l’Autorité des ports et des zones franches de Djibouti (DPFZA), Damerjog a enfin trouvé un financement de 125 millions de dollars d’Afreximbank « qui devrait lui permettre de démarrer, d’ici au mois de mars, le chantier de la jetée, d’une durée de 18 à 24 mois », nous confirme Aboubaker Omar Hadi, président de la DPFZA.

Une compétition qui s’intensifie et s’internationalise

« Mais, si Damerjog avance, l’extension d’Horizon risque de ne plus se faire », objecte un professionnel. Car le premier, qui se veut un futur concurrent de Fujairah (Émirats arabes unis), comprendra la raffinerie de 2,5 millions de t du hongkongais Chimbusco, une cimenterie de 600 000 t, une centrale électrique de 2,30 MW, une zone de réparation navale, une métallurgie, le point d’atterrissage d’un gazoduc de 767 km en provenance de l’Éthiopie… mais aussi un dépôt pétrolier de 300 000 m3.

Visant non seulement l’Éthiopie mais aussi les marchés kényan et sud-africain, le français Rubis, déjà présent dans le pays, le suisse Mercuria, PetroChina ou encore le nigérian Sahara Group ont déjà manifesté leur intérêt. De quoi intensifier la compétition. « Entre ces négociants pétroliers et Horizon, pas entre ce dernier et Damerjog », veut croire Aboubaker Omar Hadi. « Alors qu’Horizon a remboursé tous ses financements, il lui sera peut-être plus facile qu’à Damerjog, qui aura à rembourser son emprunt, de baisser ses taxes de stockage », prédit un analyste. Le bras de fer s’annonce rude.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte