Politique

[Édito] Donald Trump, un malade à la Maison-Blanche

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Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Le président Donald Trump, le 21 janvier 2020..

Le président Donald Trump, le 21 janvier 2020.. © Evan Vucci/AP/SIPA

Comme l’on pouvait s’y attendre, Donald Trump n’a pas été destitué. Mais, selon les augures, il a 60 % de chances de ne pas être réélu président des États-Unis le 3 novembre prochain.

Je le redis : même ceux qui ne sont pas américains peuvent contribuer à ce qu’il soit renvoyé à ses activités immobilières.

Gérard Araud, ambassadeur de France à Washington jusqu’en 2019, bon connaisseur de l’Amérique, a vu comment Trump exerçait le pouvoir. Ce qu’il dit de ce président et de son administration confirme nos craintes. Et y ajoute des précisions qui nous incitent à faire notre possible pour qu’il ne soit pas réélu. En voici quelques-unes :

« Les États-Unis ne seront plus les gendarmes du monde. Mais, ce qui est sûr, c’est qu’ils entrent dans une confrontation de long terme avec la Chine. Or ils peinent à se mettre à la place de leur adversaire.

« Donald Trump vient du monde immobilier new-yorkais. Et ce monde a un côté mafieux. Il n’a aucune expérience gouvernementale. Il traite ses ministres comme il aurait traité ses comptables. Il limoge ses collaborateurs à la Maison-Blanche comme ceux de son ancienne émission de téléréalité.

« Il a 72 ans et, à cet âge-là, on ne change pas. C’est un dirigeant autoritaire dont le narcissisme confine à la pathologie psychiatrique.

« Les gens nommés par lui restent six mois en moyenne. La rotation des responsables américains qui dépendent de lui a été absolument incroyable. On en est au quatrième conseiller à la Sécurité nationale !

« Donald Trump méprise les hauts fonctionnaires, se méfie d’eux et ne sait rien du fonctionnement d’une bureaucratie. Il ne comprend même pas en quoi elle est utile.

« Les bons, Trump n’en veut pas. Ou alors ils jettent l’éponge au bout de six mois. Il veut “casser la baraque”, et pense qu’il a été élu pour cela.

Les pays étrangers ne l’intéressent pas et il ne connaît rien à l’Histoire. Les droits de l’homme l’indiffèrent tout comme les valeurs démocratiques

« Quand on lui parle, comme j’ai pu le constater, il n’écoute pas. Il est enfermé dans une sphère étanche ! Impossible d’avoir un échange avec lui.

« Les pays étrangers ne l’intéressent pas et il ne connaît rien à l’Histoire. Les droits de l’homme l’indiffèrent tout comme les valeurs démocratiques.

« L’establishment n’a toujours pas digéré sa victoire en 2016. Il le considère comme un président légalement élu, mais pas légitime.

« Les Américains en ont assez de tout cet exhibitionnisme, de tout ce grand déballage. C’est l’obstacle que va devoir affronter Trump pour être réélu. La tentative infructueuse de le destituer aura tout de même montré que Donald Trump ne respecte aucune règle. »

Vrai visage

Le discours de Trump sur « l’état de l’Union », dont j’espère qu’il est le dernier, a presque coïncidé avec le vote du Sénat rejetant sa destitution. Quiconque a écouté ou s’est donné la peine de lire son discours a pu voir le personnage sous son vrai jour.

Quelques-unes de ses affirmations vous en donneront une idée :

« J’ai lancé il y a trois ans mon grand projet : l’Amérique est de retour. Aujourd’hui, je vous présente les résultats fantastiques que j’ai obtenus : du travail pour tous et des revenus en hausse pour chacun. Il n’y a plus de pauvreté ni de crimes. La confiance revient et désormais notre patrie est respectée.

Nos ennemis s’enfuient, l’Amérique est à nouveau prospère et l’avenir est radieux.

La période de déclin est terminée, notre pays n’est plus méprisé, ni utilisé par les autres nations. Nous sommes pris au sérieux, on croit en nos promesses.

Notre économie ne s’est jamais aussi bien portée. Nous avons reconstruit nos forces armées et retrouvé notre fierté. L’état de l’Union ? Il n’a jamais été meilleur qu’aujourd’hui.

Dès le moment où j’ai pris le pouvoir, tout s’est amélioré comme par miracle.

Grâce aux règles audacieuses que j’ai édictées, notre pays est devenu le premier producteur mondial de pétrole et de gaz. Nous avons distancé tous les autres.

Sous nos prédécesseurs, notre secteur industriel était en recul et supprimait des emplois. Dès que mon administration est entrée en fonction, nous avons relancé notre industrie, qui s’est remise à embaucher.

Nos relations avec nos deux voisins, le Mexique et le Canada, étaient désastreuses. Je les ai rééquilibrées… »

Outrances et contrevérités

Pendant plus d’une heure, devant les membres du Congrès, à qui il s’est adressé comme s’il était en meeting électoral, Donald Trump s’est plu à énumérer ses mérites et ses réalisations. Je vous épargne les trois-quarts de ses outrances et contrevérités.

« La semaine dernière, a-t-il ajouté, j’ai rendu public mon plan de paix entre Israéliens et Palestiniens. Là où mes prédécesseurs ont échoué, je vais réussir et nous améliorerons le sort de millions de jeunes hommes et jeunes femmes.

Des manifestants à Téhéran le 17 janvier 2020, après le raid américain qui a tué Qassem Soleimani.

Des manifestants à Téhéran le 17 janvier 2020, après le raid américain qui a tué Qassem Soleimani. © AP/SIPA

Le terroriste iranien Qassem Soleimani ? C’est un boucher et un monstre, le numéro un mondial du terrorisme, responsable de la mort de centaines d’hommes, de femmes et d’enfants dans des conditions atroces. Il a été exécuté sur mes ordres, et son règne de terreur s’est achevé grâce à une frappe précise et chirurgicale de nos forces militaires.

Nos sanctions impitoyables contre l’économie iranienne portent leurs fruits, et nous mettrons un terme aux guerres interminables dans lesquelles mes prédécesseurs ont engagé l’Amérique.

Nous avons hérité du pays le plus grand et le plus exceptionnel qui ait jamais existé. Je l’ai rendu encore plus grand et la page d’Histoire que nous écrivons ne fait que commencer. Le proche avenir sera encore meilleur. »

Auto-satisfecit à visées électoralistes

Ce que nous avons vu et entendu le 4 février n’était pas le discours d’un président sur l’état de son pays. Mais une série d’auto-satisfecit à visées électoralistes émanant d’un homme soucieux de se faire réélire. Le plus grave, me semble-t-il, est qu’il en est arrivé à croire à ce qu’il dit.

Mise en scène, téléréalité, atmosphère électorale… Donald Trump n’a reculé devant aucune outrance, a parlé en tribun et en candidat déterminé à tout faire pour rester quatre ans de plus le président de la première puissance militaire mondiale.

Mais c’est un homme malade, qui a besoin de soins psychiatriques. Les États-Unis et le monde pourront-ils supporter qu’un tel déséquilibré demeure plus longtemps à la Maison-Blanche ?

La réponse de tout être sensé est « non ».

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