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Cet article est issu du dossier «Le Togo à la veille de la présidentielle»

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Togo – Laurent Tamegnon (Conseil national du patronat) : « Notre dialogue avec l’État est fécond »

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Mis à jour le 12 février 2020 à 14h36
Laurent Tamegnon, Président du Conseil national du patronat (CNP)

Laurent Tamegnon, Président du Conseil national du patronat (CNP) © Marcel Amouzou / Piment pour JA

Fondateur de la société Sanecom International, Laurent Tamegnon profite de sa présidence à la tête du Conseil national du patronat (CNP) pour porter à bout de bras le Plan national de développement qu’il estime « vital pour le secteur privé local ».

Le Plan national de développement (PND) doit permettre au Togo de redevenir « la « Suisse de l’Afrique ». Fondateur de la société Sanecom International, spécialisée dans la fabrication de vêtements professionnels et d’uniformes militaires, Laurent Tamegnon profite de sa présidence à la tête du Conseil national du patronat (CNP) pour porter à bout de bras ce plan de développement qu’il estime « vital pour le secteur privé local ». Il revient sur les nombreux enjeux que sa mise en place représente pour l’avenir économique du pays.

Jeune Afrique : Comment se porte le secteur privé togolais ?

Laurent Tamegnon : Il se porte bien. Nous sommes aujourd’hui dans un monde globalisé où la concurrence est de plus en plus rude. Il faut donc se battre. Et comme les Togolais sont doués pour le négoce, nos entrepreneurs parviennent à se tirer d’affaire. Ils peuvent aussi s’appuyer sur le travail du gouvernement, qui tente, à travers le nouveau code des investissements, de créer un environnement propice aux opérateurs économiques.

Il y a deux ans pourtant, le secteur privé avait souffert des contrecoups de la crise politique. Qu’est-ce qui a changé depuis ?

Ces tensions politiques avaient créé une psychose au sein des milieux d’affaires, parmi nos clients et nos fournisseurs, et cela a évidemment eu des répercussions sur le chiffre d’affaires de nos entreprises. Certaines ont alors enregistré des baisses de leurs résultats de l’ordre de 40 %.

Heureusement, le gouvernement a su prendre le taureau par les cornes pour rétablir la confiance puis assainir le climat des affaires. Le Togo est ainsi devenu, au fil des années, le pays le plus réformateur sur le continent en matière d’investissement. Nous sommes repartis dans un nouveau cycle de croissance.

Que pense le secteur privé togolais de ce PND, auquel il doit contribuer financièrement à hauteur de 65 % ?

Nous avons participé à son élaboration, ce plan ne nous est donc pas étranger. Nous avons aujourd’hui la lourde responsabilité d’apporter les deux tiers des 4 222 milliards de F CFA [6,4 milliards d’euros], pour créer, à terme, 500 000 nouveaux emplois. Atteindre de tels objectifs exige un ensemble de conditions macro­économiques favorables, moins de pression sur les entreprises et davantage de facilités douanières.

Et j’avoue, en tant que président du patronat, que nous sentons aujourd’hui les efforts réalisés par l’exécutif sur un certain nombre de ces dossiers. Mais pour que ce plan atteigne ses objectifs, nous avons besoin de l’appui du secteur privé international. C’est pourquoi le président de la République est parti à la rencontre des investisseurs étrangers au Japon, en Chine, en Afrique du Sud ou encore au Royaume-Uni. Qui ont ensuite été sensibilisés par le patronat togolais.

Combien d’entreprises fédère aujourd’hui le CNP ?

Créé en 1963 sous l’appellation de Groupement interprofessionnel togolais, le CNP regroupe vingt-huit associations professionnelles, comptant 1 350 entreprises qui totalisaient en 2018 un chiffre d’affaires supérieur à 400 milliards de F CFA. Nous représentons également 40 % de l’emploi au Togo. Le patronat est aujourd’hui la preuve vivante de la bonne santé de l’économie togolaise.

Ma fonction m’oblige à être proche des hommes politiques pour leur faire passer les messages des milieux d’affaires

Trois ans après votre élection, quel bilan dressez-vous de votre action ?

Je suis arrivé après la crise. Le patronat sortait d’une léthargie de deux ans, qui n’a pas permis à notre organisation de jouer convenablement son rôle d’institution. Ma tâche a donc été de rebâtir d’abord les fondations, en suivant nos membres, en les représentant et en les soutenant lors des discussions avec le gouvernement. Nous avons ainsi pu réduire certains goulots d’étranglement qui menaçaient l’épanouissement des opérateurs privés.

Nous avons également discuté avec l’administration fiscale, et je peux vous affirmer que les réformes opérées sont salutaires à la survie de nos entreprises. Même si nous voulons encore plus, nous sommes très fiers de ce dialogue fécond avec les plus hauts niveaux de l’État. Nous parvenons à résorber ainsi de nombreuses difficultés. Avec le PND, le secteur privé n’a pas droit à l’échec, mais il peut compter sur le soutien indéfectible des pouvoirs publics.

Quels sont les liens entre votre propre plan stratégique et le PND ?

Notre plan tient compte des implications du PND. Nous devons pour cela parachever l’organisation des différentes associations membres, renforcer leurs capacités à s’approprier les textes sur la libre circulation des personnes et des biens. Les PME et les PMI, qui représentent 90 % de notre puissance économique nationale, peinent toujours autant à accéder aux financements.

Notre plan orchestre un ensemble d’actions pour aider ces acteurs à contribuer à leur échelle à la réalisation du PND. Il suffit de les organiser et de leur montrer les mécanismes adéquats. Si nous réussissons, leur participation financière au PND sera très importante.

Vos détracteurs vous reprochent une certaine proximité avec le pouvoir…

Ma fonction m’oblige à être proche des hommes politiques pour leur faire passer les messages des milieux d’affaires. Que pourrions-nous faire si nous n’avions pas ce dialogue permanent ? Une fois les cadres créés, c’est aux politiques et aux hommes d’affaires, ensemble, qu’il revient de les animer.

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