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Cet article est issu du dossier «L'eco, monnaie de la discorde en Afrique de l'Ouest»

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Politique économique

Réforme du franc CFA : ce qui va changer en 2020

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Mis à jour le 12 février 2020 à 16h54
Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, et son homologue béninois, Romuald Wadagni, à Abidjan, le 21 décembre 2019.

Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, et son homologue béninois, Romuald Wadagni, à Abidjan, le 21 décembre 2019. © Ludovic MARIN/AFP

Pour que l’eco se substitue au franc CFA, comme cela a été annoncé à Abidjan le 21 décembre 2019, il lui reste à franchir une course d’obstacles techniques, juridiques et politiques. Impossible donc de prédire une date de naissance effective.

À ce jour, seule est acquise la nouvelle convention monétaire, qui se substituera à celle de 1973 entre les huit États membres de l’Uemoa et la France. Celle-ci a été paraphée dès le 22 décembre par l’ensemble des ministres des Finances des neuf gouvernements concernés, mais on n’en connaît pas le contenu, car les ministres africains n’ont pas souhaité la rendre publique.

Avant la prochaine réunion de la Cedeao, prévue au mois de juin 2020, le processus doit suivre plusieurs étapes :

• La convention monétaire, prévoyant l’adossement de l’eco à l’euro, son taux de change fixe et la garantie illimitée et inconditionnelle de la France, doit être ratifiée par le Parlement français et par les membres de l’Uemoa selon leurs règles propres.

• La convention de garantie, qui remplacera le compte d’opérations auprès du Trésor français, précisera les conditions du déclenchement de celle-ci, soit sous forme de découvert, soit sous forme de ligne de crédit. Elle comportera un taux de rémunération qui pourrait évoluer en fonction de la durée du découvert ou du crédit. Cette convention sera signée par le gouverneur de la BCEAO et par le ministre français des Finances.

•Le retrait des réserves de la BCEAO du Trésor français aura lieu après la finalisation de ces deux conventions. Ces réserves seront placées par les États membres de l’Uemoa, à leur guise, auprès de banques centrales ou de la Banque des règlements internationaux (BRI), vraisemblablement au printemps.

• Représentant 50 % des réserves totales des pays, elles sont, dans leur grande majorité, constituées d’obligations d’État cotées. Comme elles rapporteront moins que les 0,75 % versés actuellement par le Trésor français, il faudra prendre en compte le déséquilibre budgétaire qui en résultera pour la BCEAO.

Période de transition délicate

• Le retrait des représentants français des organes de contrôle de la BCEAO devrait, en principe, attendre la fin du toilettage des statuts de l’institution et des textes régissant l’Uemoa. Toutefois, comme ce formalisme repousserait la naissance de l’eco à la fin de l’année et que la France souhaite se débarrasser au plus vite du fardeau politique du franc CFA, Paris retirera ses représentants dès que les pays de l’Union le lui demanderont.

• L’impression des billets et la frappe des pièces en eco ne devraient pas intervenir avant que soient clarifiées les positions divergentes de l’Uemoa et de la Cedeao à propos du taux de change fixe ou flottant de la future monnaie commune, de son adossement à l’euro et de la garantie française, que la Côte d’Ivoire soutient et que le Nigeria refuse. Mais dans un premier temps, le bras de fer se concentrera sur un symbole fort : le changement de nom.

La période de transition entre le franc CFA et l’eco s’annonce donc délicate. Et si les marchés prennent peur face aux risques de fragilité de la nouvelle monnaie, celle-ci pourrait voir son cours très chahuté. Les turbulences monétaires qui en résulteraient affecteraient inévitablement la croissance économique de toute l’Afrique de l’Ouest.

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