Religion

[Tribune] Affaire Mila : deux blasphèmes, deux mesures

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Par  Umar Timol

Poète et photographe mauricien

Mila, devenue célèbre pour sa vidéo devenue virale dans laquelle elle dit tout le mal qu'elle pense de la religion musulmane

Mila, devenue célèbre pour sa vidéo devenue virale dans laquelle elle dit tout le mal qu'elle pense de la religion musulmane © Mila

Bien étrange liberté d’expression, qui est à géométrie variable, une pour le dominant, une pour le dominé.

Il faut que les choses soient claires. Je suis pour la liberté d’expression, si chère aux Français. Et la religion n’est pas à l’abri de la critique. Je condamne sévèrement les menaces de mort et les insultes à l’égard de Mila, jeune Française de 16 ans accusée de blasphème à l’encontre de l’islam sur les réseaux sociaux.

Rien ne peut justifier de tels actes et des sanctions doivent être prises contre les responsables.

Cela dit, on doit faire un usage judicieux de la liberté d’expression. Il est essentiel de respecter la sensibilité, les convictions et la foi des autres et de ne pas donner libre cours à la peur, à la vulgarité, aux préjugés, au racisme.

Obsession maladive pour l’islam

On pourrait, par ailleurs, se demander d’où vient la haine de cette jeune femme. Sait-elle seulement de quoi elle parle ? A-t-elle étudié l’islam ou ne fait-elle que reprendre à son compte un discours qui est dans l’air du temps ?

Abonné à Canal+ comme beaucoup d’Africains francophones, j’ai cessé de regarder les émissions d’actualité politique en raison de leur obsession maladive pour l’islam. Jihadistes, salafistes, intégristes, et j’en passe… On ne parle que d’eux. Je comprends le sentiment de peur, sinon de terreur, après la vague d’attentats survenue en France. Mais n’y a-t-il donc que cela ? Est-ce que l’islam se résume à la violence ?

N’y a-t-il donc qu’un seul problème, celui de « l’intégrisme islamique » ? Parler d’une même chose tous les jours, asséner les mêmes stéréotypes, caricaturer et déshumaniser relève de la pathologie. Doit-on s’étonner après de découvrir qu’on s’acharne sur l’islam et ses fidèles ? Est-ce que cette diabolisation de l’autre ne finit pas, au bout du compte, par contaminer tous les esprits ?

Liberté d’expression à géométrie variable

Sans compter qu’on pratique ici, une fois de plus, la politique du deux poids, deux mesures. On se souvient de l’affaire Mennel Ibtissem… Cette candidate de l’émission de télé-­crochet « The Voice », arborant le voile, fut poussée vers la sortie pour de supposées sympathies islamistes, à cause de ses tweets maladroits postés deux ans plus tôt, après les attentats de Nice et de Saint-Étienne-du-Rouvray.

Le message est sans équivoque : tapez sur les uns et vous deviendrez l’égérie du combat contre l’intégrisme, on défendra votre droit au blasphème ; tapez sur les autres et vous serez considéré comme un extrémiste, un complotiste à mettre au ban de la société.

Bien étrange liberté d’expression, qui est à géométrie variable, une pour le dominant, une pour le dominé. Une pour le loup et une pour l’agneau : « La raison du plus fort est [effectivement] toujours la meilleure. »

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