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Cet article est issu du dossier «Le Togo à la veille de la présidentielle»

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Politique

[Édito] Togo : les jours d’après l’élection

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François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Le président togolais Faure Gnassingbé lors de son discours devant les Nations unies, en septembre 2015.

Le président togolais Faure Gnassingbé lors de son discours devant les Nations unies, en septembre 2015. © Richard Drew/AP/SIPA

Faure Essozimna Gnassingbé entretient avec les médias une relation complexe : il s’y intéresse bien sûr mais les tient à distance prophylactique, le reconnaît, s’en excuse et ne change pas pour autant.

Notre dernier rendez-vous au début d’octobre, dans une suite d’un hôtel parisien, avait été fixé via WhatsApp, et il allait de soi que son contenu relevait de l’offshore profond.

Le président togolais, qui estime que son bilan économique et social parle pour lui, n’éprouve pas le besoin de communiquer si ce n’est sur les réseaux sociaux, dont il fait un usage soigneusement calibré, en français comme en anglais.

Cocktail paradoxal

Pour le reste, celui que j’ai connu jeune député à l’ombre tutélaire de son père est, à (presque) 53 ans, identique à ce qu’il a toujours été : décontracté, ordonné, fluide, policé, élégant et… célibataire. Il pose beaucoup de questions, écoute attentivement les réponses, mais se livre peu.

On ne l’influence pas, lui qui déteste les leçons et ne se soucie guère d’entretenir en France des réseaux d’appui. Ses horizons extérieurs sont ailleurs : Golfe, Asie, Italie, Israël. Chez lui, mondialisation et chasteté communicante vont de pair. Cocktail paradoxal.

Pas d’interview préélectorale donc pour celui qui, le 22 février, sollicite pour la quatrième fois les suffrages de ses concitoyens et qui, plutôt que de faire campagne, préfère aller inaugurer à Blitta les travaux de la future centrale solaire, la plus grande d’Afrique de l’Ouest.

Sur le papier, le contexte national et international ne lui a jamais été aussi favorable. La crise politique qui a accompagné la révision constitutionnelle adoptée en mai 2019 par le Parlement s’est délitée dans les ambitions contradictoires des leaders de l’opposition.

Ses principaux concurrents, Jean-Pierre Fabre et Agbéyomé Kodjo, avancent en ordre dispersé. Tipki Atchadam, le plus radical des opposants, vit en exil au Ghana. Et des personnalités indépendantes un moment tentées par une candidature de consensus, tels François Boko et Kako Nubukpo, y ont renoncé.

Boosté par un taux de croissance à 5,5 %, une assez bonne gouvernance et d’incontestables performances économiques et sociales soulignées par les bailleurs de fonds, le « ticket Faure » a le vent en poupe, d’autant que l’argument majeur de ses adversaires, lequel porte sur la longévité au pouvoir d’une dynastie familiale (« 53 ans, ça suffit ») commence à sérieusement s’émousser.

Déficit de confiance

Reste que le scrutin sera cette fois-ci à deux tours, que les clivages communautaires Nord-Sud restent vifs et que l’opposition compte sur sa capacité de mobilisation, ainsi que sur « l’effet papillon » du mot « alternance » pour contraindre le sortant à un second round – une perspective que ce dernier cherche évidemment à éviter.

Reste aussi, quel que soit le résultat, à gérer les jours d’après, « élection » ayant toujours été, au Togo, synonyme de « tension ».

À cet égard, l’avertissement passablement anxiogène lancé par l’opposition, pour qui tout verdict qui ne lui serait pas favorable ne pourrait être a priori que le résultat d’une manipulation du scrutin au profit du chef de l’État, pose un double problème. Celui du profond déficit de confiance entre les deux camps bien sûr, mais aussi celui de l’appropriation, par la classe politique, d’une culture démocratique qui peine à s’enraciner.

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