Politique économique

Au Cameroun, le climat des affaires plombé par une guerre de tranchées entre le patronat et le fisc

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 03 février 2020 à 13h34
La Société anonyme des brasseries du Cameroun est le plus important contribuable hors pétrole du pays

La Société anonyme des brasseries du Cameroun est le plus important contribuable hors pétrole du pays © Martialedea / CC

Un profond malaise fiscal dresse les patrons camerounais contre l’administration fiscale. Au cœur du conflit, un redressement fiscal de 40 milliards de francs CFA qui vise la Société anonyme des brasseries du Cameroun (SABC), litige que le président Paul Biya aimerait voir réglé à l’amiable plutôt que devant les tribunaux.

C’est un redressement fiscal de 40 milliards de francs CFA (près de 61 millions d’euros) qui passe très mal : celui que Modeste Mopa Fatoing, le directeur général des impôts, a imposé à la Société anonyme des brasseries du Cameroun (SABC) et que cette dernière conteste.

Le 10 janvier, Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la Présidence, a organisé dans son bureau ce qui devait être une réunion de conciliation. Y ont participé Modeste Mopa Fatoing, Michel Palu, le président du conseil d’administration de SABC, et Emmanuel de Tailly, son directeur général. Louis-Paul Motaze, le ministre des Finances, n’avait, lui, pas été convié. Aucune issue n’a néanmoins été trouvée, Mopa ayant reconnu avoir demandé à Palu le limogeage de Tailly.

Le Premier ministre sollicité

Cette réunion avait été organisée à la demande de Paul Biya, qui, le 20 décembre 2019, avait reçu en audience Pierre Castel, le patron de la SABC, qu’accompagnait Christophe Guilhou, l’ambassadeur de France au Cameroun. Le chef de l’État avait émis le souhait d’éviter que l’affaire ne se déporte devant les tribunaux par égard pour la SABC, premier contribuable camerounais hors pétrole, source de 15 000 emplois directs et de 35 000 emplois indirects.

Ce climat orageux est à l’origine d’une lettre de Célestin Tawamba, président du Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam), qui demande à mots couverts la tête de Mopa. Les patrons camerounais envisagent de prendre rendez-vous, de préférence à la mi-mars, avec Joseph Dion Ngute, le Premier ministre, pour évoquer le malaise fiscal et, plus généralement, la dégradation du climat des affaires.

En première ligne, plusieurs filiales de groupes étrangers, dont l’équipementier français Michelin, qui envisage de quitter le pays ; LafargeHolcim, dont la filiale Cimencam est déstabilisée depuis que l’État a octroyé, en 2017, des avantages concurrentiels exorbitants à des entreprises nigérianes, marocaines et turques sur le marché du ciment, et Bolloré, dont l’éviction au sein du terminal à conteneur de Douala donne lieu à un contentieux judiciaire et arbitral. D’autres, à l’instar de Rougier, ont tout simplement vendu et quitté le pays.

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