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Cameroun : BCP et Attijariwafa resserrent la vis

Réservé aux abonnés | | Par - à Douala
Le siège de la Bicec, troisième banque du pays, à Douala.

Le siège de la Bicec, troisième banque du pays, à Douala. © Max MBAKOP

Recapitalisation de la Bicec, changement à la tête de la SCB, empêtrée dans des scandales… Les banques marocaines sont bien décidées à faire le ménage dans leurs filiales.

Le terme de la recapitalisation de la Banque internationale du Cameroun pour l’épargne et le crédit (Bicec), initialement prévu le 19 janvier, est reporté à la fin de mars. Ayant repris en novembre 2019 les 68,5 % de parts jusque-là détenues par le français BPCE, le groupe marocain BCP a déjà provisionné les 25 milliards de F CFA (38 millions d’euros) attendus de lui sur les 37 milliards à fournir. Ce qui porterait le capital à 49 milliards de F CFA.

Titulaire de 17,5 % des parts, l’État camerounais a déjà annoncé qu’il entendait suivre. La difficulté réside dans le choix des petits porteurs, certains ayant même déjà sollicité un coup de pouce de Yaoundé. « S’il accepte de se porter à leur secours, l’État se fera rembourser sur la base des dividendes futurs », glisse un administrateur. Le gouvernement étudie encore cette possibilité.

Redressement fiscal

Cette opération de recapitalisation, décidée en 2017 et qui devait être initialement menée par la BPCE, échoit donc finalement au repreneur. Troisième banque du pays, après Afriland First Bank et Société générale, la Bicec doit en passer par là pour relâcher la pression sur ses ratios prudentiels, après la découverte en 2016 d’une fraude ayant provoqué le détournement de 50 milliards de F CFA et conduit à l’incarcération de deux dirigeants, ainsi que de deux prestataires. « La banque n’a pas de problème de trésorerie. Il faut juste des ajustements dans l’exploitation pour la rendre conforme sur le plan comptable », évoque un cadre.

Sous la pression de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), l’établissement a été obligé d’effectuer des provisions pour couvrir le manque. Chutant à – 26,9 milliards de F CFA en 2016, le résultat net remonte à 9,5 milliards de F CFA l’année suivante, pour replonger à – 19 milliards de F CFA en 2018, selon les estimations. Entre-temps, la maison mère a dû lui consentir un prêt de 16 milliards de F CFA pour lui permettre de se conformer aux normes prudentielles.

« Nous avons été obligés de constater qu’une bonne partie de nos fonds propres avaient été avalés, avec un coût du risque de 31 milliards de F CFA », souligne l’administrateur. Du fait de cette fraude, la banque a écopé d’une double peine, dans la mesure où elle a aussi subi un redressement fiscal de 4,5 milliards de F CFA vivement contesté par l’actionnaire de référence. « BPCE a vécu cela comme une injustice, car n’étant en rien responsable de ce problème. C’est probablement l’une des raisons qui les a obligés à vendre », glisse notre source.

Parallèlement à la recapitalisation, BCP imprime sa marque dans un contexte où le personnel continue de redouter un plan social, en dépit des assurances offertes. Pour ce faire, le groupe marocain a nommé, au début d’octobre 2019, un vétéran de ces équipes, Rochdi Sanhaji, à la tête de la Bicec. Grand connaisseur de la banque de détail et de l’optimisation des réseaux d’agence, le manager de 56 ans, dont quelque trente passés à BCP, dirigeait auparavant le réseau particuliers, professionnels et Marocains du monde du Grand Casablanca.

Installé au Cameroun, il explore toutes les pistes permettant de faire des économies. Les contrats à durée déterminée arrivant à échéance ne sont pas renouvelés, afin de réduire un effectif de plus 800 employés à la fin de 2018. Les durées d’ouverture des agences ont été revues à la baisse, et certains avantages touchant les cadres, supprimés. « Des économies de bout de chandelle qui ne vont pas forcément impacter l’exploitation », regrette un cadre de la maison.

Politique de crédits plus restrictive et gouvernance renforcée

L’un des défis immédiats de Rochdi Sanhaji sera de stopper la perte de certains gros clients. Un mouvement entamé sous l’ère BPCE et renforcé par une nouvelle politique de crédit restrictive. Un phénomène qui s’observe également à la Société commerciale de banque (SCB), qui a connu l’arrivée à sa tête, le 7 janvier, d’Alexandre Beziaud.

Pour faire le ménage à la SCB, Attijariwafa Bank, première banque du royaume et propriétaire à 51 % de l’établissement, a choisi un connaisseur du marché camerounais. Alexandre Beziaud a dirigé entre juin 2014 et décembre 2018 la filiale locale de Société générale, deuxième banque du pays, dont il a réduit les effectifs (39 postes supprimés) et accru le bénéfice de deux tiers, à 22 millions d’euros en trois ans, avant d’être recruté par Attijariwafa pour superviser ses équipes en Égypte et en Afrique de l’Est.

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De retour au Cameroun, le Français trouve un établissement aux performances moins instables que celles de la Bicec, mais dont la rentabilité est en chute.

Dans un contexte économique difficile au Cameroun, notamment avec la crise politico-sécuritaire affectant les régions anglophones depuis la fin de 2016, SCB a vu son bénéfice reculer de 19,3 millions d’euros en 2016 à 11,8 millions d’euros en 2018, malgré une forte progression de son PNB, qui a bondi de 10,7 % sur cette période. « Le principal problème réside dans la gouvernance. Le contrôle interne a été quelque peu malmené ces dernières années, et le personnel doit être remotivé après les traumatismes subis », relève un cadre du groupe.

Alexandre Bésaus arrive donc pour remettre de l’ordre dans une maison secouée depuis deux ans par des remous touchant le top management. Son prédécesseur, Mohammed Mejbar, s’en va après trois années mouvementées à la tête de la quatrième banque du Cameroun. Il a notamment dû faire face à une fronde d’une partie du personnel, solidaire de la trentaine de personnes, dont sept employés, qui ont été écroués à la prison de Douala après la découverte, en février 2019, d’une fraude informatique ayant provisoirement coûté 2,5 milliards de F CFA.

« SCBgate »

Depuis lors, le patron marocain a été confronté à une croisade, sa gestion régulièrement mise en cause sur un blog, « scbgate », alimenté d’informations internes à l’entreprise. Un épisode douloureusement vécu au sein de la filiale d’Attijariwafa Bank, qui a enregistré une vingtaine de démissions ces derniers mois.

Pour ne rien arranger, Victor Emmanuel Menye, l’inamovible directeur général adjoint désigné par l’État, détenteur de 49 % des parts, est, depuis mars 2019, dans les geôles de la prison centrale de Yaoundé pour son implication dans une affaire de détournement de fonds publics touchant l’ex-ministre de la Défense, Edgard Alain Mebe Ngo’o. Autant d’atteintes à l’image de la SCB qu’Alexandre Beziaud devra gommer.

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