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Formation : l’Esca dans la cour des grandes business schools

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Mis à jour le 7 février 2020 à 11:35

Dans un peu plus de un an, l’Esca sera dotée d’un campus flambant neuf qui pourra accueillir 2 000 étudiants. © Naoufal Sbaoui pour JA

L’école de commerce casablancaise, qui a décroché le label AACSB – gage de prestige et d’excellence académique –, veut devenir une référence au sein des pays émergents.

Sous la verrière de la Station F, le plus grand incubateur d’Europe, situé à Paris, Thami Ghorfi, entouré d’une délégation d’hommes et de femmes d’affaires marocains, semble comme un poisson dans l’eau.

Le volubile président-fondateur de l’Esca École de management – invité dans la capitale française à la mi-décembre 2019 pour intervenir à l’occasion des rencontres France-Maroc organisées par la CGEM et son équivalent dans l’Hexagone, le Medef – a un mot pour tout le monde et serre bien volontiers les mains des hauts dirigeants chérifiens qui ont fait le déplacement. Parmi eux, Mohamed El Kettani, le PDG d’Attijariwafa Bank, qu’il salue amicalement.

L’estampe AACSB

À n’en point douter, cet entregent est l’un des ingrédients qui a permis à l’homme de 56 ans de réaliser en 2018 ce qui n’avait été accompli nulle part ailleurs en Afrique francophone : décrocher l’accréditation de l’Association to Advance Collegiate Schools of Business (AACSB), le label de qualité le plus prestigieux du secteur des écoles de commerce internationales.

Fort de ce graal, l’Esca, qui comptait 745 étudiants à la rentrée de 2018, respecte désormais les mêmes standards que la Harvard Business School aux États-Unis, la King’s Business School de Londres ou la NUS Business School de Singapour.

Créée en 1916 aux États-Unis, l’AACSB compte 840 établissements accrédités dans le monde. L’association impose aux écoles qui souhaitent obtenir son label de respecter et d’atteindre quinze standards bien définis, allant du management aux contenus des curriculums en passant par le modèle d’affaires et la mesure de l’impact socio-économique de l’école sur son environnement. « On a fait ce travail pendant cinq ans et demi », remarque Thami Ghorfi. Une fois obtenue, l’estampe AACSB est remise en jeu tous les trois ou cinq ans.

Le processus d’accréditation : un long et coûteux investissement

Le processus d’accréditation est rythmé par plusieurs étapes auxquelles l’Esca n’a pas échappé. Une fois membre de l’association, l’école doit effectuer une demande d’admissibilité qui coûte 2 000 dollars. S’ensuivent plusieurs étapes, elles aussi payantes : compter 6 500 dollars à l’admission puis 5 950 dollars par an durant une période comprise entre cinq et sept ans.

Au total, l’AACSB peut coûter jusqu’à 34 950 dollars, une somme calculée pour couvrir les frais administratifs et les moyens mis en œuvre pour l’accompagnement vers l’obtention du label.

Pour financer l’opération, l’école marocaine aux plus de 5 millions d’euros de budget annuel indique s’être reposée sur ses propres fonds et sur des prêts bancaires, sans préciser de montant. L’investissement serait néanmoins estimé à une dizaine de millions de dirhams (environ 1 million d’euros) sur cinq ans. Respecter des standards internationaux nécessite des investissements bien plus importants que le seul coût du label.

Attirer les enseignants-chercheurs : mission ardue mais accomplie

« À l’Esca, les notions de professeur permanent et de recherche n’existaient pas. Cela a représenté un chantier titanesque », se souvient Jean-François Fiorina, directeur adjoint de Grenoble École de management (GEM). En d’autres termes, l’Esca a dû créer des laboratoires de recherche, concevoir la monétisation de ses productions intellectuelles et, surtout, recruter des ­enseignants-chercheurs, un challenge difficile à relever tant la concurrence entre écoles est rude et internationale.

« Le salaire constitue un élément important dans la faculté à attirer les meilleurs profils, mais ce n’est pas le seul. Les enseignants cherchent d’abord à être valorisés dans ce qu’ils font, à avoir un espace et les moyens de réaliser leurs projets », estime le président de l’Esca. À la rentrée de 2018, le parcours préparant aux grandes écoles comptait 24 enseignants-chercheurs sur un total de 31.

Le directeur adjoint de GEM, qui connaît l’école depuis qu’il a noué avec elle un premier partenariat académique il y a une vingtaine d’années, a été choisi par Thami Ghorfi pour être le mentor de l’Esca, une étape là aussi incontournable. Pendant cinq ans et demi, les deux hommes ont échangé régulièrement par téléphone, au cours de visites sur le site ou pendant les réunions annuelles.

Objectif : définir une mission pour l’Esca, justifier ce choix et expliquer comment celle-ci va s’exprimer dans la stratégie et l’enseignement de l’école. « Aujourd’hui, la mission de l’Esca est d’être la référence mondiale des écoles de pays émergents », résume Jean-François Fiorina. « Il a fallu repenser notre modèle économique en intégrant le fait qu’un certain nombre de professeurs permanents consacrent une partie de leur temps à la production intellectuelle », détaille Thami Ghorfi.

« Historiquement, l’accréditation AACSB, parce qu’elle est américaine, est davantage convoitée par les écoles de culture anglo-saxonne. Les francophones préfèrent se lancer dans l’obtention du label Equis, de la Fondation européenne pour le développement du management (EFMD) », remarque un bon connaisseur africain du secteur.

Un rayonnement international assuré

Outre l’Esca, cinq établissements possèdent l’étiquette AACSB sur le continent. Tous relèvent du système anglophone : en Afrique du Sud, le Gordon Institute of Business Science de l’université de Pretoria est accrédité depuis 2016 ; la Graduate School of Business de l’Université du Cap, depuis 2019 ; et l’université de Stellenbosch a été réaccréditée en 2018. Au Nigeria, la Lagos Business School est estampillée AACSB depuis 2016. Enfin, en Égypte, l’Université américaine du Caire dispose du label depuis 2010.

Pour Thami Ghorfi, l’AACSB est avant tout l’assurance d’un rayonnement international. « Depuis que nous avons obtenu l’accréditation, un certain nombre de partenaires nous ont approchés pour développer des alliances supplémentaires », indique l’entrepreneur, convaincu que son investissement sera payant sur le long terme.

L’école compte désormais grandir rapidement. Dans un peu plus de un an, elle disposera d’un campus flambant neuf installé au cœur de Casablanca Finance City, le nouveau quartier d’affaires de la Ville blanche. « C’est un projet compris entre 15 et 18 millions d’euros, qui nous permet de nous relocaliser et d’avoir des locaux beaucoup plus grands, à même d’accueillir environ 2 000 étudiants », conclut, enthousiaste, Thami Ghorfi.

Bon élève

Toujours en bonne place dans les classements africains d’écoles de commerce, l’Esca est arrivée troisième dans l’édition 2019 des meilleurs masters du Maghreb publiée par Jeune Afrique.


Thami Ghorfi en trois points

portrait Thami GHORFI- Président de l’ESCA, école de Management marocaine située à Casablanca

portrait Thami GHORFI- Président de l’ESCA, école de Management marocaine située à Casablanca © Camille Millerand pour JA

• Diplômé de l’Institut supérieur de gestion de Paris (ISG) et de l’Essec.

• Membre expert du Conseil économique social et environnemental du Maroc, il préside depuis juillet 2018 le conseil pour le Moyen-Orient et l’Afrique de l’AACSB.

• Pluri-entrepreneur, il a cofondé avec l’ambassade de France une école primaire et secondaire baptisée l’École française internationale de Casablanca (EFI Casablanca) en 2016.