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Avec le rachat de Tunisie Valeurs, la Banque internationale arabe de Tunisie se mue en géant

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Agence bancaire de la BIAT - Banque Internationale Arabe de Tunisie - Siège social à Tunis

Agence bancaire de la BIAT - Banque Internationale Arabe de Tunisie - Siège social à Tunis © Nicolas Fauqué/www.imagesdetunisie.com

En acquérant Tunisie Valeurs, la première société de gestion et d’intermédiation du pays, le leader du secteur bancaire se positionne en champion national de la finance.

Ce sont les fiançailles les plus scrutées de ce début d’année : la Banque internationale arabe de Tunisie (Biat) a annoncé, le 22 janvier, vouloir acquérir plus de 50 % de Tunisie Valeurs, leader des activités financières (intermédiation en bourse et gestion d’actifs). « Créer des champions bancaires et financiers pour être enfin compétitif au niveau régional a toujours été l’une de nos recommandations », se réjouit le député Marouane Falfel, membre de la Commission des finances.

À 18,15 dinars (5,20 euros) l’action, cette opération valorise théoriquement Tunisie Valeurs à 72,6 millions de dinars.

La Biat, présidée par Ismaël Mabrouk et dirigée depuis 2014 par Mohamed Agrebi, reprend, en plus des 35,3 % de Tunisie Valeurs détenus par Integra Partners, les parts d’autres actionnaires minoritaires. « Si la valorisation est relativement élevée, c’est parce que le marché avait anticipé cette opération », analyse Ranya Gnaba, de la société financière AlphaMena. L’action Tunisie Valeurs a progressé de 6 % en un mois.

Début d’une nouvelle ère

« La nouvelle entité sera le leader en Tunisie, avec plus de 1,18 milliard de dinars d’actifs sous gestion et environ 27 % de part de marché », ajoute l’analyste. Par ailleurs, Tunisie Valeurs et Biat Capital représentaient 31,3 % du marché de l’intermédiation boursière en 2018, une part au-dessous du plafond de 40 % imposé par la réglementation. Mais pour les analystes, cette alliance donnera naissance à un mastodonte du marché. Au point de liquider la concurrence ?

« Sans plus d’informations sur les modalités de ce rapprochement, je ne peux rien dire avec précision », élude Dalenda Bayou, présidente de l’association des intermédiaires en bourse. D’autres concurrents contactés n’ont pas souhaité non plus faire de commentaires publics. Une prudence qui s’explique par la nouveauté, en Tunisie, d’une telle transaction : « C’est le début d’une nouvelle ère avec un mouvement vers la bancarisation de l’intermédiation et de la gestion d’actifs », estime Ranya Gnaba.

Tunisie Valeurs, banque d’affaires

De son côté, Marouane Falfel, bien que partisan du rapprochement, prévient que les législateurs seront vigilants pour éviter tout conflit d’intérêts. La Biat appartient à la famille Mabrouk, dont le groupe est déjà incontournable dans de nombreux secteurs clés (grande distribution, agroalimentaire, téléphonie…), tandis que Tunisie Valeurs est présidé par Fadhel Abdelkefi, entrepreneur et homme politique influent. Proposé par plusieurs partis pour diriger le nouveau gouvernement, avant de se faire coiffer au poteau par Elyes Fakhfakh, il pourrait obtenir un portefeuille d’importance et dispose d’appuis au sein des deux principaux partis de l’assemblée (Ennahdha et Qalb Tounes).

L’alliance annoncée à la fin de janvier fait néanmoins un heureux : Walid Saibi, DG de Tunisie Valeurs depuis la démission, en août 2016, de Fadhel Abdelkefi. « Grâce à la Biat, nous allons enfin devenir ce pont que nous voulons être entre les PME et le marché. Nous pourrons aussi distribuer nos produits aux particuliers », se félicite le manager, alors que Tunisie Valeurs a longtemps été contraint sur ces marchés par son statut juridique non bancaire.

La société financière avait d’ailleurs, parallèlement aux négociations avec la Biat, lancé une procédure pour devenir une véritable banque d’affaires. Une transformation « mise entre parenthèses car elle n’a plus la même utilité », selon Walid Saibi. D’après nos informations, c’est Tunisie Valeurs qui devrait regrouper les activités financières des filiales de la banque, comme l’intermédiaire en bourse Biat Capital, au volume d’activité près de quatre fois inférieur.

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