Musique

RDC : Fally Ipupa, sous l’aile de « l’aigle »

Fally Ipupa : « La politique, quand je voudrai en parler, je vous avertirai. »

Fally Ipupa : « La politique, quand je voudrai en parler, je vous avertirai. » © François Grivelet pour JA

Tournée africaine, concert le 28 février à l’AccorHotels Arena de Paris, nouvel album… La star congolaise Fally Ipupa lisse son plumage et conseille la jeune génération.

À peine mis en ligne le 13 décembre 2019, le clip de son single « Ça bouge pas » faisait flamber le web. Lunettes de soleil lui cachant la moitié du visage (l’autre étant dévorée par sa barbe soignée), blouson doublé de fourrure, Fally Ipupa livrait à ses abonnés sur YouTube (1,4 million) un long plan-­séquence mêlant chorégraphies virevoltantes, néons multicolores et paroles assumées de lover entre français et lingala. « Pour toi j’mettrai le prix / J’suis prêt à m’endetter, tout partager si tu me suis / Ouais, ouais, ouais, ouais, ouais. »

Le titre, louchant sans complexe sur la musique « urbaine », annonce le prochain opus, Tokooos 2, son sixième album solo en studio, dont il a travaillé certains titres avec son compatriote Youssoupha. Ce nouvel opus devrait sortir en ce début d’année, promet l’artiste, interviewé alors qu’il était en studio, en banlieue parisienne, pour travailler sur l’enregistrement entre deux dates africaines.

Je ne sais pas si je survole la musique africaine, mais je survole mon monde, en tout cas

Fally, qui passe la moitié de sa vie en l’air, mérite amplement le surnom « d’aigle » qu’il s’est donné. « Mobutu était l’aigle de Kawele, rappelle la star congolaise. L’aigle, c’est aussi l’emblème des États-Unis. Je ne sais pas si je survole la musique africaine, mais je survole mon monde, en tout cas. Ça fait plus de dix ans que je suis dans le show-business, et je ne me porte pas trop mal. »

Chaque année, les aigles perdent leurs plumes et en voient de nouvelles pousser. La mue de Fally est permanente. Depuis son envol du Quartier latin en 2006, l’oiseau rare a été becqueter du côté de la variété internationale (par exemple avec Olivia, du G. Unit, pour Chaise électrique), de la musique traditionnelle (Eloko Oyo, de l’ethnie bantoue mongo, à laquelle le chanteur appartient), de l’afropop (Bad Boy, avec Aya Nakamura, son plus gros succès sur YouTube, plus de 60 millions de vues) ou du rap (Kiname, avec Booba). Tout en restant fidèle à la rumba.

« Jamais je n’abandonnerai la rumba, c’est impossible, glisse le crooner. Je ne peux pas trahir mes fans du début, mon public congolais, africain. » Dans la foulée de Tokooos, l’artiste avait d’ailleurs enregistré Control, principalement à Kinshasa, dont les singles (« École », « Canne à sucre », « Aime-moi ») ont particulièrement cartonné sur le continent.

L’ami Fayulu

La prochaine grande échéance, le concert du 28 février à l’AccorHotels Arena de Paris, est très importante pour lui. « Cela fait plus de dix ans que je suis écarté des scènes françaises », regrette le chanteur. La dernière annulation en date remonte à juin 2017. Il devait alors se produire à La Cigale, avant que les manifestations des combattants, des groupes d’opposants radicaux à Joseph Kabila, effraient la préfecture de Paris.

L’artiste compte sur la clémence de ses « frères » en 2020, dans un contexte politique bien différent : « Je pense que beaucoup d’entre eux ont compris que nous avions une cause commune, qui est de faire rayonner le Congo ; il faut que notre drapeau flotte aussi en France. »

Sur la politique, l’alternance présidentielle en RDC… il ne dira pas grand-chose de plus. Même lorsqu’on le relance sur Martin Fayulu, qu’il avait encouragé lors du suffrage de décembre 2018 et au côté duquel on l’a récemment aperçu à Paris, à l’hôtel Hyatt Regency.

« Fayulu est un grand frère pour moi, je le connais depuis mon premier album. J’ai d’autres amis politiciens. Mais je prends mes distances avec la politique, je ne suis pas là pour en parler, pour m’ingérer dans leurs affaires. La seule chose que je rappelle quand je peux, c’est que les politiciens doivent travailler pour le peuple, pas pour devenir eux-mêmes riches et célèbres. » De qui se sent-il le plus proche ? Est-il heureux que Kabila ait enfin cédé sa place ? Pas la peine d’insister : « La politique, quand je voudrai en parler, je vous avertirai », cingle-t-il.

Du reste, en dehors des éléments de langage prévus pour sa promo, déjà égrenés sur RFI ou France 24, l’aigle ferme son bec. La rivalité supposée avec la nouvelle vedette congolaise Innoss’B ? « Il ne faut pas croire tout ce que les médias disent. »

Les rumeurs sur son train de vie, ses grosses voitures, sa veste Louis Vuitton (4 900 euros sur le site de la marque de luxe) exhibée aux African Muzik Magazine Awards ? Il préfère parler de sa propre ligne de vêtements, Attitude(s), dont la prochaine collection doit arriver sous peu. Sa famille, son enfance ? « Je n’évoque pas les sujets privés », tranche le natif de Kinshasa, se bornant à rappeler qu’il a grandi dans la commune de Bandal, et qu’il a perdu ses parents tôt.

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DJ Arafat, un pionnier

Il consent pourtant à évoquer un sujet « intime », la perte de son ami DJ Arafat en août 2019. « C’est un moment que j’ai très mal vécu, soupire Fally Ipupa. Je ne peux même pas encore en parler, la mort de mon frère m’a brisé le cœur. Je le considérais vraiment comme un jeune frère. Je n’étais peut-être pas le plus proche de lui, mais parmi les plus proches, au-delà de la musique. Pour moi, la cérémonie grandiose que lui a offerte la Côte d’Ivoire est à la mesure du personnage. Il a été un pionnier de la musique ivoirienne et africaine… un très grand. »

Selon Charles Tabu, manager international de DJ Arafat, « Ipupa était la seule personne qu’on pouvait appeler quand Arafat faisait tout et n’importe quoi. S’il lui disait : “Tu déconnes”, il rectifiait tout de suite. Et d’un autre côté Fally lui accordait tout. »

Aujourd’hui, le jury de l’émission L’Afrique a un incroyable talent prodigue ses conseils à d’autres. « La génération qui arrive est très forte, la relève est assurée, sourit l’ancien du Quartier latin. Je suis un peu le grand frère de tout le monde et j’ai la fibre de la transmission, alors beaucoup me sollicitent, comme Robinio Mundibu, l’un des meilleurs artistes qui vient, à mon avis. » Les aigles ne volent pas avec les pigeons.


« Un esclave de la femme »

De chanson d’amour en chanson d’amour, Fally le séducteur n’en démord pas : « Je suis un lover. » L’homme se décrit aussi volontiers comme « un esclave de la femme et de la gent féminine. »

Au-delà, il se bat pour que les femmes soient « heureuses et respectées ». « Le déclic, explique-t-il, c’est quand j’ai découvert ce qu’il se passait dans l’est de mon pays… et le travail formidable de Denis Mukwege. »

Entre autres actions, l’artiste reverse une partie des bénéfices de certains concerts pour la fondation du docteur qui « répare » les femmes victimes d’agressions sexuelles et de mutilations génitales.

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