Politique

[Édito] Les promesses de l’année 2020

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Mis à jour le 29 janvier 2020 à 16h34

Par  Béchir Ben Yahmed

Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

L'année 2020 prend lentement forme.

L'année 2020 prend lentement forme. © Flickr

Est-il présomptueux de gloser sur les promesses d’une année qui vient seulement de débuter ? Sans doute, mais certaines d’entre elles sont déjà annoncées et d’autres sont les conséquences de ce qui a déjà été entrepris.

L’année 2020 a déjà déroulé quatre de ses cinquante-deux semaines et prend lentement forme. Le FMI a communiqué ses prévisions de croissance économique, que les médias présentent dans le tableau ci-dessous. Ces projections sont à la baisse, en deçà de ce que l’on était en droit d’espérer. Il nous faudra nous en contenter.

FMI ; Les Echos

© FMI ; Les Echos

1- Mourir au pouvoir

Vladimir Poutine, 65 ans, est à la tête de la Russie depuis une vingtaine d’années. Il était au départ inconnu même des Russes et ne s’attendait nullement au « destin national » que lui réservait le président Boris Eltsine, soucieux d’avoir un successeur qui le protège, ainsi que sa famille.

Poutine vient d’annoncer de façon ambiguë qu’il ne quitterait pas ses fonctions en 2024, au terme de son dernier mandat constitutionnel. Avant lui, Xi Jinping, président de la Chine, avait fait supprimer toute limitation dans le temps de sa présidence, et l’on peut estimer qu’une vingtaine d’autres chefs de grands, moyens ou petits États caressent le même projet.

C’est en Afrique que « le pouvoir à vie » a été inventé : Bourguiba et Houphouët en ont inauguré la pratique dès les années 1960. On constate donc que le pouvoir à l’africaine a gagné d’autres continents. Bientôt, la moitié de l’humanité vivra sous un régime de présidence à vie.

« La démocratie ? Son problème, c’est son inefficacité », nous dit Thierry de Montbrial, président de l’Ifri. Il ajoute : « C’est le principe même de la démocratie qui est relativisé partout dans le monde. Elle n’est plus nécessairement perçue comme “le plus mauvais des régimes à l’exception de tous les autres”. »

2- La Chine devient un pays prospère

À la fin de cette année, elle affichera un revenu moyen par habitant de 1 000 dollars par mois (ou 12 000 dollars par an) et aura éradiqué l’extrême pauvreté. La Chine ne sera donc plus un État du Tiers Monde, mais continuera d’être une non-­démocratie ; elle rassemblera près de 20 % des habitants de la planète et sera dirigée par un parti communiste fort de 90 millions de membres.

L’homme qui, il y a quarante ans, l’a mise sur la trajectoire de la prospérité a pour nom Deng Xiaoping : il a conçu et imposé des réformes qui, en une génération, ont changé le destin du pays le plus peuplé de la Terre.

3- Venons-en à l’Afrique.

Ce continent est longtemps apparu comme un cas désespéré. À la fin du XXe siècle, les pays européens qui l’avaient colonisé l’ont tour à tour quitté et ont déposé ce qu’ils avaient nommé « le fardeau de l’homme blanc ».

La Chine a découvert l’Afrique dès 1964, date de la première tournée d’un Premier ministre chinois, Zhou Enlai, dans une dizaine de ses pays. À la fin du XXe siècle, renaissante, elle a renouvelé et confirmé son intérêt pour l’Afrique, y envoyant ses ouvriers et contremaîtres par dizaines de milliers, achetant ses matières premières et les produits de son sous-sol par millions de tonnes.

L’Inde, le Japon, la Turquie ont suivi son exemple, ce qui a réveillé l’intérêt de l’Europe occidentale, des États-Unis puis de la Russie. Les uns et les autres ont alors cherché à renforcer leur présence.

Les milliardaires du monde entier possèdent davantage de richesses que 4,6 milliards d’individus

On en était là en janvier 2013, il y a sept ans, lorsque la France a volé militairement au secours du Mali menacé par les jihadistes, épaulée par l’Allemagne, dont la chancelière, Angela Merkel, a sillonné le continent. Nous avons vu ensuite une autre Allemande, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission de l’Union européenne, choisir l’Afrique pour son premier voyage ès qualités. Et, la semaine dernière, à Berlin, une grande conférence a été consacrée à un pays africain : la Libye.

Cela signifie que, sous l’influence de la France et de l’Allemagne, l’Union européenne a enfin compris que l’avenir de ce continent jeune, riche et appelé à abriter le quart de l’humanité la concerne au premier chef. Attendons-nous à voir, dès cette année 2020, de multiples manifestations de ce regain d’intérêt.

4- Devenir une puissance nucléaire militaire implique un énorme effort, notamment financier : les neuf pays qui le sont devenus en connaissent le prix.

En 2003, l’Iran y avait renoncé après la chute de son ennemi irakien, Saddam Hussein. En signant l’accord du 14 juillet 2015 avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne, Téhéran avait confirmé cette renonciation et s’était soumis à un contrôle international très strict.

Menacé et humilié par les États-Unis de Donald Trump, lâché par l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, l’Iran songe désormais à se retirer du traité de non-prolifération et à se doter de la bombe d’ici à deux ou trois ans. Franchira-t-il ce pas en 2020 ? C’est une possibilité que ses dirigeants ont déjà évoquée.

Je conclurai ce tour d’horizon en évoquant ce qu’il nous faut corriger d’urgence : le creusement des inégalités, qui a continué de s’accentuer en 2019 et sur lequel le rapport annuel d’Oxfam attire notre attention : « Les milliardaires du monde entier, c’est-à-dire seulement 2 153 personnes, possèdent davantage de richesses que 4,6 milliards d’individus, soit 60 % de la population mondiale. »

« Notre système économique a été bâti par des hommes riches et puissants, qui continuent de fixer les règles de manière à se tailler la part du lion. »

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