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Cet article est issu du dossier «Espionnage : qui écoute qui en Afrique ?»

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Sécurité

Côte d’Ivoire : une longue tradition d’espionnage

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Mis à jour le 31 janvier 2020 à 17h12
Jacques Foccart, secrétaire général pour la Communauté et les affaires africaines, et le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, à Paris, en 1973

Jacques Foccart, secrétaire général pour la Communauté et les affaires africaines, et le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, à Paris, en 1973 © AFP

De Félix Houphouët-Boigny à Alassane Ouattara, la surveillance des communications est indispensable aux présidents ivoiriens. Si les technologies employées sont traditionnellement françaises, la Côte d’Ivoire a pu également se tourner vers les services israéliens. En complément, l’assistance des pays voisins, des États-Unis ou de la France lui est précieuse.

Les années passent, les pratiques et les technologies évoluent, mais certaines choses ne changent pas en Côte d’Ivoire. Depuis Félix Houphouët-Boigny, c’est au sous-sol de la présidence, située dans le quartier du Plateau, à Abidjan, que se trouve le principal centre d’écoutes de l’État ivoirien. Très proche de Jacques Foccart, célèbre « Monsieur Afrique » de la Ve République, le père de l’indépendance ivoirienne avait préféré confier ce service, ô combien sensible, à des Français.

Cette tradition a été maintenue après sa mort, en 1993, et s’est même poursuivie sous la présidence de Laurent Gbagbo. L’équipe était alors constituée de six anciens gendarmes et d’un ex-colonel, tous à la retraite. Ils surveillaient principalement les lignes fixes grâce à un système de mots clés et transmettaient leurs rapports écrits tous les jours à Allou Eugène, le chef du protocole de Gbagbo, dans une grande enveloppe. Ce dernier faisait ensuite part à son patron des informations les plus importantes.

En froid avec les autorités françaises, l’ancien président ivoirien s’est peu à peu rapproché d’entreprises israéliennes. À partir de 2006, des anciens des services de renseignements de l’État hébreu installeront notamment une « valise » permettant de capter les communications dans un rayon de deux kilomètres au dernier étage du très chic Hôtel Ivoire.

Depuis l’élection d’Alassane Ouattara (ADO), les écoutes sont toujours réalisées avec du matériel français, fourni par Thales. Mais par du personnel ivoirien. Le chef de l’État a progressivement réorganisé les structures destinées à la surveillance. En 2014, l’Agence nationale de la stratégie et de l’intelligence (Ansi), qui avait été mise en place en 2005 par Laurent Gbagbo, a été remplacée par la Coordination nationale du renseignement (CNR).

Surveillance intensifiée

Travaillant sous l’autorité directe d’ADO et dirigée par le préfet, la CNR a la main sur la gestion et le contrôle des écoutes. Haut fonctionnaire formé à l’École nationale d’administration de Côte d’Ivoire, Vassiriki Traoré rend directement compte au chef de l’État et à son petit frère, le ministre des Affaires présidentielles, Téné Birahima Ouattara, surnommé « Photocopie » en raison de leur ressemblance. Avant la création du CNR, le ministère de l’Intérieur, dirigé par Hamed Bakayoko, jouait aussi un rôle important dans ce domaine.

Ces dernières années, dans un contexte de menace terroriste accrue et de cristallisation des tensions politiques, la surveillance des communications s’est intensifiée grâce à un cadre légal assoupli. Cependant, la Côte d’Ivoire n’est pas encore à la pointe de la technologie et reste défaillante dans l’analyse des écoutes réalisées. Les autorités peuvent néanmoins bénéficier de l’assistance de la France, des États-Unis – qui possèdent un important centre à Abidjan – et du Maroc, ainsi que de la collaboration des pays voisins.

Collecte de métadonnées

L’État ivoirien est en revanche devenu assez performant dans la collecte des métadonnées. « L’analyse des fadettes d’un téléphone, collectées au sein du centre d’écoutes ou auprès des opérateurs, est parfois plus instructive que la captation d’une conversation dans laquelle des codes peuvent être utilisés. On peut avoir accès aux dix numéros le plus souvent appelés, savoir où ces appels ont été passés, dans quel pays se trouvaient les personnes au bout du fil, la marque de leur téléphone, etc. », explique un fin connaisseur du secteur.

Selon nos sources, c’est par ce biais que les autorités ivoiriennes ont pu confirmer à Interpol la présence sur leur territoire de Jean-Claude Lacote, 53 ans, et de Hilde Van Acker, 56 ans, deux fugitifs recherchés pour meurtre depuis une vingtaine d’années par la justice belge et arrêtés à Abidjan en novembre 2019.

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