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Cet article est issu du dossier «Espionnage : qui écoute qui en Afrique ?»

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Politique

Entre surveillance des opposants et des terroristes, le juteux marché de l’espionnage en Afrique

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Mis à jour le 19 juillet 2021 à 12h09
Ecoutes

Ecoutes © Rafael Ricoy pour JA

En Afrique, le marché des « grandes oreilles » est en pleine expansion. Chefs d’État, opposants, hommes d’affaires : nul n’est à l’abri des hackers, et s’en prémunir est une vraie gageure. Enquête sur une très lucrative guerre de l’ombre.

Des dizaines de journalistes, militants des droits humains et chefs d’entreprise placés sur écoute via un logiciel israélien par les services de renseignement marocains, saoudiens, togolais ou encore rwandais… Les révélations de l’enquête d’un consortium de dix-sept médias internationaux, dimanche 18 juillet, ont fait l’effet d’une bombe. La société NSO, qui a conçu le logiciel espion Pegasus et le distribue, a démenti des allégations qu’elle qualifie de « mensongères ». Les autorités marocaines évoquent pour leur part des « allégations infondées ». Le gouvernement français s’inquiète, lui, de « faits extrêmement choquants et, s’ils sont avérés, extrêmement graves ».

Ce « Pegasusgate » fait écho à une enquête que Jeune Afrique avait menée en janvier 2020 : « Espionnage : qui écoute qui en Afrique ? ». Nous republions aujourd’hui cette série d’articles que le scandale autour de la société NSO éclaire d’un jour nouveau.

Le bâtiment ne paie pas de mine. Coincé entre le parking des employés de la présidence gabonaise et le mur d’enceinte longeant le boulevard de la République, à Libreville, rien ne le distingue des autres, hormis, peut-être, le buisson d’antennes hérissées sur son toit. Nul visiteur du Palais du bord de mer, occasionnel ou régulier, ne laisse son regard s’égarer sur ses trois étages, en apparence inoffensifs.

À quelques encablures, l’esplanade du palais attire l’œil. Plus loin, les bâtiments administratifs avalent les petites mains de la République. Rien de tel ici. Dans ce palais des « grandes oreilles », on préfère rester discret.

Derrière ces murs blanc cassé se dissimulent pourtant le Silam, le centre d’écoutes de la présidence, que dirige le Français Jean-Charles Solon. Cet ancien militaire passé par les services techniques de la Direction générale des renseignements extérieurs (DGSE, les services de renseignement français), aujourd’hui fonctionnaire gabonais à part entière, est le maître des écoutes à Libreville. Théoriquement soumis à la tutelle de la Direction générale des services spéciaux de la présidence, dirigée par Brice Clotaire Oligui Nguema, il dispose en réalité de son autonomie.

Le Silam, centre d'écoutes de la présidence gabonaise, à Libreville.

Le Silam, centre d’écoutes de la présidence gabonaise, à Libreville. © Google Maps

Chaque jour, c’est sous plis scellés que des notes sont transmises au chef de l’État, Ali Bongo Ondimba, dont le bureau est à deux pas. Retranscription d’écoutes téléphoniques, interceptions de SMS ou de conversations sur WhatsApp, espionnage d’échanges de courriels ou sur les réseaux sociaux… Jean-Charles Solon est, selon nos sources, bien équipé.

Il est vrai que le Silam a longtemps bénéficié de l’expertise française, du SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage) puis de la DGSE. Aujourd’hui, des spécialistes privés liés aux services français ont pris le relais, comme l’entreprise Amesys (devenue Ames et Nexa Technologies), ou les plus confidentiels Ercom et Suneris Solutions.

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