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Cet article est issu du dossier «Identité et sécurité numériques : l'Afrique sur la bonne voie ?»

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Espionnage : les téléphones ultra-sécurisés des présidents africains

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Le Sénégalais Macky Sall restrait fidèle à la technologie Blackberry ; l'Ivoirien Alassane Ouattara conserve un vieil appareil Nokia et le Guinéen Alhpa Condé ne se déplace jamais sans trois ou quatre portables.

Le Sénégalais Macky Sall restrait fidèle à la technologie Blackberry ; l'Ivoirien Alassane Ouattara conserve un vieil appareil Nokia et le Guinéen Alhpa Condé ne se déplace jamais sans trois ou quatre portables. © Photomontage : Photos : Issouf Sanogo (AFP) ; Christophe Morin (Bloomberg via Getty Images) et Sajjad Hussaint (AFP).

Très informés des capacités d’espionnage des grandes entreprises du secteur, les chefs d’État du continent tentent de faire de leur téléphone un véritable coffre-fort. Face aux risques d’écoute, chacun s’équipe et redouble de prudence. Tour d’horizon des téléphones de nos présidents et des pratiques de nos politiques.

En Afrique de l’Ouest, certains ont été séduits par les technologies d’origine française. Les chefs d’État français Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande utilisaient un Teorem, téléphone ultra-sécurisé à clapet et à touches physiques, créé par Thales. Mais son utilisation reste très fastidieuse, à tel point que Sarkozy a avoué qu’il le détestait.

Mais récemment, le groupe français a racheté Ercom et ajouté une autre corde à son arc : sa technologie CryptoSmart, développée en partenariat avec Samsung, qui protège les communications et les données mobiles. Utilisateur de ce système, Emmanuel Macron est particulièrement mis en avant par les commerciaux d’Ercom. Le président français utilise un Samsung Galaxy S7 à écran tactile, équipé d’une clé inviolable et d’une puce protégeant son contenu. Une boîte noire fournie par Orange Cyberdéfense, dont les données seront détruites à distance en cas de perte ou de vol.

D’autres personnalités ont préféré s’équiper, à moindres frais, du Hoox, développé par l’entreprise française Bull puis par Atos (autour de 2 000 euros), du Sectera Edge de l’américain General Dynamics (un peu moins de 3 000 euros), du BlackPhone, conçu par l’américain Silent Circle (environ 550 euros) ou encore du GranitePhone d’Archos (environ 800 euros).

Du SMS à Telegram

Les présidents français Nicolas Sarkozy, François Hollande et Jacques Chirac utilisaient Teorem, le téléphone de Thales.

Les présidents français Nicolas Sarkozy, François Hollande et Jacques Chirac utilisaient Teorem, le téléphone de Thales. © Photomontage : Photos DSK / AFP

Gros succès également en Afrique pour les produits BlackBerry, auxquels on dit que les présidents rwandais, Paul Kagame, et sénégalais, Macky Sall, sont fidèles, tout comme le Togolais Faure Essozimna Gnassingbé, qui fut l’un des tout premiers présidents en Afrique francophone à communiquer, il y a quinze ans, par textos.

Si le Guinéen Alpha Condé, qui ne se déplace jamais sans ses trois ou quatre portables, a migré avec aisance des SMS classiques à WhatsApp puis à Telegram, d’autres chefs d’État de la génération préindépendance optent pour des solutions plus « radicales ». Ainsi, le Camerounais Paul Biya, le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Malien Ibrahim Boubacar Keïta ou le Djiboutien Ismaïl Omar Guelleh ne sont pratiquement jamais joignables sur leurs portables, dont ils font un usage très sélectif.

Quant à l’Ivoirien Alassane Ouattara, il conserve, en parallèle d’un autre téléphone, un vieil appareil Nokia, en lequel il a apparemment toute confiance. Un de ses proches et anciens homologues, Nicolas Sarkozy, avait fait de même lors de ses campagnes présidentielles. Ou peut-être était-ce Paul Bismuth… un de ses pseudonymes.

Portes dérobées

Comme les chefs d’État, la plupart des personnalités politiques du continent ont appris à jongler entre différentes technologies pour se prémunir des grandes oreilles qui pourraient les viser. « Bonjour, on peut discuter ? – Oui, bien sûr, mais pas sur cette ligne. » Depuis quelques années, ce type de dialogue est monnaie courante chez les politiques africains.

La plupart des gouvernements peuvent déjouer les protocoles de sécurité de Whatsapp

Pensant, à tort ou à raison, que leur téléphone local est placé sur écoute, les opposants se sont depuis longtemps rabattus sur WhatsApp. « Question de sécurité », nous explique l’un d’eux. « Illusion, sourit un spécialiste, la plupart des gouvernements ont acquis des technologies capables de déjouer les protocoles de sécurité de l’application (rachetée par Facebook en 2014). C’est plus compliqué que de récupérer un SMS traditionnel, mais c’est faisable. Il existe des portes dérobées pour entrer dans le système. »

Plus malin que les autres, un (très) haut fonctionnaire d’Afrique centrale nous livre son secret : il a migré sur Telegram ! Développée par des Russes, aujourd’hui basés à Berlin, l’application a fondé sa réputation sur un strict chiffrement des données. Résultat, nombre de personnalités la préfèrent à WhatsApp. « Poudre aux yeux, s’amuse notre spécialiste. Les fameuses portes dérobées existent autant chez l’une que chez l’autre. »

L’alternative Signal

Reste que les spécialistes les plus pointus, familiers des milieux de la sécurité et des « barbouzeries » en tout genre, ont de plus en plus tendance à utiliser Signal. Popularisée par Edward Snowden, le célèbre lanceur d’alerte américain, cette appli est développée par Open Whisper Systems, une entreprise de San Francisco financée uniquement par des dons et soutenue par la Signal Foundation, un organisme à but non lucratif. Notre spécialiste l’explique de manière imagée : « WhatsApp et Telegram sont comme des voitures fermées au bord d’une autoroute, alors que Signal est un fourgon blindé, dans un tunnel. Pourtant, il y a toujours moyen de la hacker. À condition d’y mettre le prix ! »

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