Banque

Oliver Alawuba en mission commando pour développer United Bank for Africa sur le continent

Tour de l'UBA, United Bank for Africa, la plus grande banque d'Afrique.

Tour de l'UBA, United Bank for Africa, la plus grande banque d'Afrique. © Jacob SILBERBERG/PANOS-REA

Le groupe bancaire UBA, qui réalise un tiers de son activité en dehors du Nigeria, vise un objectif de 50 %. C’est la mission confiée à son nouveau patron Afrique, Oliver Alawuba.

Au début de janvier, Oliver Alawuba (53 ans) a rejoint l’un des cercles les plus sélects de la finance africaine. Le nouveau DG Afrique de United Bank for Africa (UBA) a la responsabilité de vingt pays africains (hors Nigeria), soit un réseau comparable – par son étendue – seulement à ceux pilotés par son compatriote Ade Ayeyemi (Ecobank), par le Sud-Africain Sim Tshabalala (Standard Bank) et par les Marocains Mohamed El Kettani (Attijariwafa), Kamal Mokdad (BCP) et Brahim Benjelloun-Touimi (Bank of Africa).

Sa mission est simple : porter la contribution des filiales africaines à 50 % des revenus et du bénéfice de la quatrième banque du Nigeria, fondée et présidée par Tony Elumelu. En 2018, les revenus d’UBA ont atteint 308 milliards de nairas (736 millions d’euros), pour un bénéfice de 78,6 milliards de nairas et un total de bilan de 4 870 milliards.

La contribution du Nigeria au total de bilan d’UBA a été réduite à 71 % à la fin de septembre 2019

Titulaire d’un MBA en banque et finance de l’université Olabisi Onabanjo, Oliver Alawuba avait rejoint en 1997 Standard Trust Bank, absorbé ensuite par UBA. Il a pris en janvier la succession du jeune retraité Victor Osadolor, qu’il avait secondé au milieu de la dernière décennie. Placé sous la supervision du DG du groupe, Kennedy Uzoka, le nouveau patron Afrique d’UBA ne démarre pas sa mission avec une feuille blanche. « UBA est la banque nigériane avec les plus forts revenus en pourcentage, réalisés hors du pays (plus de 30 %), contre 80 % à 100 % pour les concurrents », remarque Jean-Marc Velasque, responsable conseil des marchés émergents chez Sopra Banking Software.

Des filiales déjà de plus en plus importantes

Ces filiales représentent même 40 % du bénéfice (76 millions d’euros sur un total de 188 millions d’euros). Selon Janine Dow, directrice senior de l’agence de notation Fitch Rating, en 2015, cette proportion n’était que de 22 %. « La contribution du Nigeria au total de bilan d’UBA a été réduite à 71 % à la fin de septembre 2019, contre environ 76 % en 2015 et environ 78 % en 2012 », complètent les analystes Peter Mushangwe et Akin Majekodunmi, spécialistes du secteur bancaire nigérian chez Moody’s.

Pour réussir sa mission, Oliver Alawuba dispose de plusieurs atouts. Familier depuis deux décennies du Nigeria, il a aussi dirigé les filiales ghanéenne et Afrique anglophone, et siégé au conseil d’administration d’UBA Sénégal. Oliver Alawuba hérite aussi d’une division africaine unifiée. Elle a longtemps été séparée entre zones anglophone et francophone.

UBA a commencé à se développer très tôt en Afrique. C’est un facteur assez important pour le groupe

Par ailleurs, il pourra s’appuyer sur un comité de direction revigoré et plus fluide. Enfin, Oliver Alawuba a décroché sa promotion après avoir fait de la division Est d’UBA Nigeria « la banque régionale du groupe avec la plus forte croissance », selon un communiqué de la banque. Pourra-t-il réitérer cette performance à son nouveau poste ? Les avis sont partagés.

15 % de croissance en cinq ans dans les implantations subsahariennes

La percée d’UBA Group au sud du Sahara, comparée à Diamond Bank, Access Bank, First Bank of Nigeria et Guarantee Trust Bank (GTB), est remarquable. Entre 2008 et 2011, son réseau a crû de huit à dix-neuf filiales africaines, suivi par une phase de consolidation et de croissance organique, avec une seule nouvelle implantation, au Mali, en 2019.

« UBA a commencé à se développer très tôt en Afrique. C’est un facteur assez important pour le groupe, car il faut du temps pour développer des relations avec les clients. GTB et Access Bank sont actuellement en expansion, mais arrivent un peu plus tard », explique Peter Mushangwe. Autre élément clé : la centralité de l’Afrique depuis dix ans dans le business model d’UBA. « D’autres banques nigérianes ont vendu leurs filiales africaines, à la suite de la baisse des prix du pétrole en 2015 ; UBA a été plus patient », rappelle l’analyste.

Une persistance qui a amorti l’impact de la dépréciation du naira et l’atonie du marché nigérian. En euros, les revenus d’UBA ont stagné (+1,45 %) entre 2014 et 2018, selon Sopra Banking Software, soit une baisse de 3,6 % au Nigeria mais une hausse de 15 % dans ses filiales africaines. Par comparaison, « Diamond Bank a vu ses revenus divisés par deux, tandis que ceux de Fidelity Bank ont baissé de 20 % », rappelle Jean‑Marc Velasque.

L’objectif nécessiterait au moins 5 ans

Pour Akin Majekodunmi, « si UBA a réussi son expansion au sud du Sahara, il lui faudra du temps pour générer 50 % de ses revenus en dehors du Nigeria ». Ses principales filiales sont au Ghana (40,3 milliards de nairas de revenus en 2018), au Cameroun (21,4), au Burkina Faso (13,8), au Sénégal (11,4) et en Côte d’Ivoire (10,7). « Certaines des économies où UBA est implanté sont de petite taille. En outre, en Afrique de l’Est, par exemple, la concurrence des opérateurs historiques est rude. Il faudra peut-être plus de cinq ans pour atteindre l’objectif de 50 % », avertit Akin Majekodunmi. Pour Janine Dow, au contraire, cette cible est réalisable : « UBA a montré qu’il a une capacité d’exécution en ligne avec sa communication publique. Plusieurs de ses filiales sont très rentables et font remonter des dividendes au groupe. »

La position de challenger d’UBA pourrait, paradoxalement, constituer une incitation à croître. « UBA fait partie des banques systémiques de l’Afrique. Ses règles de gouvernance s’imposent aux filiales, avec un coût d’implémentation élevé. Or, dans la banque universelle, il faut au moins 5 % de part de marché pour exister », avertit Jean-Marc Velasque. Banquier depuis vingt-cinq ans, Oliver Alawuba le sait aussi bien que quiconque.


Un état-major remis à plat

Outre la promotion d’Oliver Alawuba, début janvier, le Nigérian Chiugo Ndubisi a été nommé directeur des opérations ; il était directeur financier de Diamond Bank, racheté par United Bank for Africa (UBA). Le Sénégalais Abdoul-Aziz Dia (ancien de la BAD, de Citi et de Standard Chartered), a été nommé directeur exécutif pour la trésorerie et la banque internationale.

C’est le premier non-Nigérian à ce niveau de responsabilité. Chukwuma Nweke, ancien de Mainstreet Bank et de Citibank, prend la responsabilité de la banque de détail et de paiement. Au niveau opérationnel, Oliver Alawuba pourra s’appuyer sur la Sénégalaise Amie Sow, qui supervisait le Sénégal, la Guinée et le Mali, promue directrice de la banque commerciale pour l’Afrique, et remplacée par la Ghanéenne Abiola Bawuah, qui hérite d’une région Afrique de l’Ouest unifiée, tandis que le Camerounais Martin Ché, ex-DG en zone Cemac, devient responsable de la région Afrique centrale, orientale et australe.

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