Cinéma

« Système K », quand l’art descend dans les rues de Kinshasa

Le créateur Kongo Astronaut dans un quartier de Kin.

Le créateur Kongo Astronaut dans un quartier de Kin. © Renaud Barret/le pacte

Dans « Système K », son nouveau film, le réalisateur français Renaud Barret s’intéresse aux plasticiens performeurs de Kinshasa.

Vous avez aimé Benda Bilili !, sorti en 2010, qui racontait l’extraordinaire aventure d’un groupe de musiciens handicapés se produisant dans des lieux improbables de Kinshasa (300 000 spectateurs en France) ? Alors vous adorerez Système K, du même cinéaste, Renaud Barret.

K pour Kinshasa, bien sûr. Mais le titre de ce film, tourné « à l’arrache », est aussi un jeu de mots sur « système D », car s’il est à nouveau consacré à la vie artistique dans les faubourgs de la capitale congolaise, ce documentaire évoque le travail et la vie de peintres, de sculpteurs et, surtout, d’auteurs de performances qui, tous, utilisent leur corps et des pièces détachées d’appareils hors d’usage ou des objets détournés de leur fonction pour créer des œuvres aussi inventives qu’étonnantes.

Œuvres qui, toutes, sont destinées à être montrées en extérieur aux passants des quartiers populaires. Lesquels, éberlués, réagissent bien – souvent – ou mal – quelquefois – à ces « gestes artistiques » qui les interpellent plus qu’une exposition muséale.

Un boom culturel

Système K est donc un film sur la vitalité de l’art contemporain « de rue » à Kinshasa. Mais il est aussi beaucoup plus que cela. Il suffit de décrire ce que font quelques-uns des artistes qu’a suivis caméra au poing, pendant quatre ans, le réalisateur pour le comprendre.

Ainsi, Kongo Astronaut déambule la nuit dans la ville vêtu d’une combinaison spatiale constituée de composants électroniques afin de dénoncer le pillage des matières premières de son pays – comme le coltan, si utile pour fabriquer des téléphones portables.

Je préfère être artiste que pleurer sur mon sort

Ou bien encore l’orphelin Beni Baras, qui, en attendant d’obtenir un passeport belge qu’on lui refuse, faute de preuve de sa double nationalité (père belge, mère congolaise), assemble et transforme en œuvres des déchets urbains et déclare : « Je préfère être artiste que pleurer sur mon sort. » Ou encore le célèbre Freddy Tsimba, qui crée des sculptures monumentales, comme cette maison composée de machettes ou ces sculptures constituées de douilles qui lui valent régulièrement des ennuis avec la police.

Pas besoin d’en dire plus pour comprendre que ces artistes, bien que travaillant presque toujours gratuitement, entendent rendre compte de façon extraordinaire de la réalité politique, sociale, urbanistique et historique non moins extraordinaire de Kinshasa. « Nos œuvres se nourrissent du chaos, dit Tsimba. Notre nécessité d’inventer est la même que celle de la population, qui doit inventer en permanence les conditions de sa survie. »

En outre, la musique du groupe Kokoko, qui accompagne les images de Renaud Barret, qui vit à Kin depuis plus de quinze ans et sent si bien l’énergie que diffuse cette ville, ajoute à la magie de ce long-métrage peu banal, qui peut réconcilier le public avec l’art contemporain.

Abonné(e) au magazine papier ? Activez gratuitement votre compte Jeune Afrique Digital pour accéder aux contenus réservés aux abonnés.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte