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« Les Filles de Romorantin », le reportage intime de Nassira El Moaddem avec les gilets jaunes

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Mis à jour le 31 janvier 2020 à 16h59
La journaliste franco-marocaine Nassira El Moaddem.

La journaliste franco-marocaine Nassira El Moaddem. © El Alcock / MYOP / édition L'Iconoclaste.

Journaliste et écrivaine, la Franco-Marocaine Nassira El Moaddem est allée à la rencontre des habitants de Romorantin (France) et de sa propre histoire.

S’il fallait citer des exemples de réussite du Bondy Blog, média en ligne créé lors des émeutes de 2005 dans les banlieues françaises, Nassira El Moaddem figurerait assurément en haut de la liste. Sa trajectoire l’a conduite entre autres à iTélé, à France 2, et elle a même été un temps directrice du Bondy Blog.

Une boucle qui s’est bouclée et un parcours qui prend un nouvel essor avec la publication de son premier livre, Les Filles de Romorantin. Désormais journaliste indépendante, l’autrice française d’origine marocaine a décidé de vivre pendant trois mois chez sa mère, de janvier à mars 2019.

Longue agonie

Ce ne sont pas pour des raisons strictement familiales que l’écrivaine de 35 ans s’est rendue trois jours par mois à « Romo », comme on surnomme affectueusement la capitale de la Sologne. Elle l’a choisie pour étudier le mouvement des « gilets jaunes » alors qu’il battait son plein. C’est un symbole de la France qui souffre.

Jamais remise du départ des usines Matra-Renault, dont la longue agonie a étranglé la vie économique et sociale, la ville s’est désertifiée à petit feu. Les petits commerces fuient le centre, il en reste quelques vestiges, dont un café au nom ironique : la Belle Époque.

La belle époque, Nassira El Moaddem l’a connue quand son père et son oncle travaillaient comme ouvriers chez Renault. Elle était alors à l’école avec une ancienne camarade désormais engagée au sein des « gilets jaunes ». Elle s’appelle Caroline, et c’est l’autre fille de Romorantin qui justifie le titre du livre. La recherche, les hésitations, les évitements, la rencontre puis les échanges avec elle sont le fil rouge du livre.

Autour de cette relation qui balbutie puis qui s’épanouit, on découvre une galerie de portraits, dont certains sont liés au passé de l’autrice, d’autres non. Karine, son oncle Hamid, Najat, Karima, Daniel, Sedat, Lucia, Otmane… sont autant de noms (de visages même, tant la plume d’El Moaddem les fait vivre) qui incarnent le sentiment d’abandon qui s’est peu à peu amplifié dans la ville – avec un maire qui s’échine, depuis trente-cinq ans, à en nier la réalité. Mais ce sont aussi des personnes attachantes, porteuses de projets personnels, professionnels, sociaux, dont le regard lucide n’exclut pas l’espoir.

Invisibles et délaissés

Les Filles de Romorantin, c’est un reportage qui s’enrichit d’une dimension personnelle et même intime, lorsqu’il ouvre une brèche sur l’univers familial d’El Moaddem. Le portrait en filigrane d’une femme partie à Paris pour réussir mais qui n’a pas oublié d’où elle vient. Les dernières lignes du livre racontent son ambition : « Si je suis devenue journaliste, et qu’aujourd’hui j’écris ce livre, c’est surtout pour raconter ceux dont on parle peu, ou mal. Cette France des invisibles et des bouseux. Des délaissés. Les miens. » On se permettra d’ajouter que c’est aussi une écrivaine, qui porte sa voix et ces voix.

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