Politique

Tunisie : hommage à Hédi Baccouche, le dernier des Mohicans

Réservé aux abonnés | | Par - à Tunis
Mis à jour le 29 janvier 2020 à 11h27
À Tunis, le 18 novembre 2018.

À Tunis, le 18 novembre 2018. © ONS ABID pour JA

Natif du Sahel, où il se plaisait à revenir régulièrement, l’ancien Premier ministre Hédi Baccouche, décédé le 21 janvier, repose désormais dans son fief de Hammam Sousse. Le 15 janvier, il avait fêté ses 90 ans. C’est l’un des derniers acteurs et témoins de la lutte nationale, de l’avènement de la République et de l’édification de la Tunisie moderne qui a tiré sa révérence.

Pour beaucoup, il était le cerveau du coup d’État médical qui avait permis de destituer Habib Bourguiba et d’installer au pouvoir Zine el-Abidine Ben Ali. C’est lui qui rédigea la déclaration du 7 novembre 1987. « Quand certains précisaient le déroulé des opérations, je rédigeais dans un coin le discours prononcé quelques heures plus tard », se plaisait à raconter il y a peu celui qui sera par la suite Premier ministre pendant deux ans.

Compagnon de Bourguiba

Il évoquait aussi ses craintes et se rappelait en riant combien ses intimes étaient perplexes face aux messages d’adieu sibyllins qu’il leur avait adressés le 6 novembre. Cette année-là marque un tournant : Baccouche fait passer le pays avant sa fidélité à Bourguiba, dont il avait partagé la cellule en 1952 – il avait alors 18 ans – et qu’il avait accompagné lors de son triomphal retour d’exil le 1er juin 1955, à la veille de la signature des accords d’autonomie interne.

Cette période marque le jeune Hédi Baccouche, inscrit au Néo-Destour et engagé dans la lutte nationale dès l’âge de 13 ans. Parallèlement à ses études d’histoire à La Sorbonne et à Sciences-Po Paris, il milite à l’Union générale des étudiants de Tunisie (Uget) et mène la Fédération de France du Néo-Destour. Arrêté pour activisme, il est surpris de voir Bourguiba l’accueillir à sa libération. Hédi Baccouche trouve naturellement sa place dans l’édification de la Tunisie moderne.

Il a dédié sa vie à la Tunisie

Maire, gouverneur, patron de l’Office national des pêches… Il connaît ensuite les déboires de l’ère collectiviste. Il est rappelé aux affaires au début des années 1980 par le Premier ministre Hédi Nouira. Le voilà diplomate à Lyon, à Berne, au Vatican, puis à Alger, où il est traité comme un parent pour son soutien au FLN.

Il y retrouve des amis, dont le futur président Mohamed Boudiaf. Directeur du Parti socialiste destourien (PSD, ex-Néo Destour), devenu ministre des Affaires sociales, il ne perd pas de vue son camarade de lycée Ben Ali, qui lui doit son intégration aux forces de l’ordre.

Passionné

Il sera, avec une poignée de fidèles, son mentor et son complice pour écarter Bourguiba. Premier ministre, il croit en une transition démocratique, mais déchante face à un sérail influent qui mine ses rapports avec le président. En 1989, il est limogé.

Membre de la Chambre des conseillers et du comité central du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), parti de Ben Ali dissous en 2011, il livre un témoignage de cette période dans ses Mémoires, parus en 2018, intitulés En toute franchise.

Toujours affable, ce passionné de politique prêtait l’oreille aux nouveaux acteurs politiques qui sollicitaient son avis. Mais il réservait ses analyses à ses intimes, notamment son ami de longue date Béchir Ben Yahmed, fondateur de Jeune Afrique.

Discret, Hédi Baccouche affectionnait les escapades en Méditerranée et les retrouvailles en famille à Hammam Sousse. L’amitié toujours avant les honneurs. « Il a dédié sa vie à la Tunisie », résume son compagnon de route Fraj Chaïeb.

Sa longue silhouette manquera aux rencontres académiques de la fondation Temimi ou de Beit El Hikma. « Les hommes de cette tessiture n’existent plus », dit de lui en manière d’épitaphe l’avocat Iyadh Ammar.

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