Musique

Rap : le duo MC Waraba et Mélèké Tchatcho veut promouvoir la culture malienne

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Mis à jour le 31 janvier 2020 à 18h15
Les deux chanteurs se veulent ambassadeurs de leur culture.

Les deux chanteurs se veulent ambassadeurs de leur culture. © Sebastien Rieussec

Originaires de Bamako, les rappeurs MC Waraba et Mélèké Tchatcho mélangent instruments traditionnels mandingues (balafon, tama, kora…) et musique électronique. Leur objectif : faire redécouvrir la musique traditionnelle malienne.

Quand MC Waraba et Mélèké Tchatcho débarquent, au début de décembre 2019, sur la scène de la Maison des réfugiés, un centre d’hébergement pour les migrants créé dans le sud de Paris, on se dit que la partie est loin d’être gagnée. La tribune aménagée pour le public est seulement squattée par une poignée de gosses en pyjama qui se chamaillent.

Les MCs, capuche rabattue sur casquette des Chicago Bulls vissée sur la tête, jettent un coup d’œil au DJ, installé derrière eux, pour commencer le concert. Magie. Un petit quart d’heure plus tard, une centaine de convertis, toutes origines confondues, se trémoussent sourire aux lèvres au son du « Balani Show » des artistes maliens.

La fièvre qui s’est répandue ce soir-là, les Bamakois la connaissent bien. C’est celle qui agite les corps depuis la fin des années 1990, lors des « balani » justement, des bals poussière réinventés aux coins des rues de la capitale malienne, l’équivalent des « block parties » américaines, qui font oublier pour quelques heures un quotidien crispant.

Ces moments de liesse spontanés accompagnent généralement un anniversaire, un mariage… Ils peuvent aussi être à l’initiative de personnages influents ou riches d’un quartier. Des chaises et une sono sont disposées en pleine rue, un DJ et des MCs se mettent en place : la fête peut commencer et durer jusque tard dans la nuit, sauf intervention intempestive de la police !

Flow en bambara

MC Waraba et Mélèké Tchatcho s’illustrent depuis plus de cinq ans dans les balani du quartier de Bagadadji, au cœur de Bamako (où le photographe Malick Sidibé avait installé son minuscule studio, en 1962). Mais ces métisseurs de sons ont une recette bien à eux : ils mélangent instruments traditionnels mandingues (balafon, tama, kora…) et musique électronique. Nappes de synthé, tambours, boucles hypnotiques digitales se mêlent au flow des deux chanteurs, qui rappent en bambara.

Notre objectif avec notre projet, c’est de promouvoir la culture malienne dans le monde entier

Tradi et moderne, à la fois totalement malienne et à cheval sur les frontières, la formule est redoutable. Leurs textes, quant à eux, sont fidèles à l’esprit balani : durant ces fêtes à ciel ouvert, n’importe qui dans l’assistance peut se saisir du micro pour dire ce qu’il a sur le cœur ou parler de soucis très concrets.

Leur chanson Faso Ko rappelle au président et au gouvernement que le peuple souffre, que beaucoup de citoyens s’enlisent dans la misère ; Yobale évoque la dépigmentation et s’adresse aux filles qui refusent de se marier jeunes, en leur rappelant que si elles attendent trop longtemps, plus personne ne voudra d’elles… MC Waraba et Mélèké Tchatcho sont des griots 2.0.

« Quand on était au lycée, on écoutait Nelly, 50 Cent, R Kelly, DMX… mais on a lâché, explique Mélèké Tchatcho. Aujourd’hui on s’intéresse plutôt aux grands du Mali : Salif Keïta, Oumou Sangaré, Mory Kanté, Toumani Diabaté… Mais aussi Néba Solo, un virtuose du balafon qui vient de la région de Sikasso. »

« Notre objectif avec notre projet, c’est de promouvoir la culture malienne dans le monde entier, complète MC Waraba. En dehors des griots, il n’y a plus grand monde qui utilise les instruments traditionnels. Nous tentons de moderniser leurs sonorités en les fusionnant avec l’électro. Ce n’est pas une “astuce marketing”, c’est de l’amour pour notre culture ! »

Tournée en Europe

S’il n’est pas aussi populaire que d’autres rappeurs maliens (comme King KJ, par exemple), le tandem séduit pour sa part à l’étranger. C’est d’ailleurs une jeune structure française, Blanc Manioc, qui leur a permis de sortir leur premier album. Le patron du label, Dominique Peter, qui les a d’abord contactés par le biais des réseaux sociaux (« on croyait à un canular », rigole MC Waraba), est devenu leur manager et a organisé une tournée européenne (lire encadré). Mais à Bamako, les temps sont durs pour les jeunes artistes maliens.

« On est beaucoup piratés, nos titres sont vendus sans notre accord sur les téléphones, précise Mélèké Tchatcho. S’il n’y avait pas les concerts, la musique ne nous rapporterait rien. Nous organisons nos propres événements au pays, pour ramadan, pour la fête de la Tabaski. On participe à des prestations organisées par des amis et on joue parfois dans des boîtes, mais ça ne suffit pas. » Lui travaille dans une boutique de vêtements lorsqu’il ne rappe pas, tandis que MC Waraba officie dans une agence de communication.

« Il y a aussi une concurrence rude à Bamako… Même nos fans veulent devenir artistes ! tonne MC Waraba. Et c’est possible, car beaucoup de studios se sont montés ces dernières années, pas forcément de très bonne qualité, ça ne coûte pas très cher d’enregistrer un titre. »

Inarrêtables

Malgré les obstacles, le duo continue de tracer sa route. De tournée en tournée, les rappeurs font des rencontres décisives. Il y a eu Madou « Sidiki » Diabaté, le jeune frère de Toumani Diabaté, qui a produit un de leurs titres les plus connus, Tassaba. Il y a aujourd’hui MO DJ, ancien vendeur de cassettes à la gare routière de Bamako, DJ la nuit, devenu l’un des talents les plus prometteurs de l’électro (qui a notamment remixé Amadou et Mariam). Avec lui aux platines, le duo semble inarrêtable. Tant mieux, car les deux MCs ont un programme ambitieux : « Notre objectif, c’est que le monde entier apprenne à nous connaître, nous et la culture malienne ! »


Une aventure afro-occidentale

MC Waraba et Mélèké Tchatcho se sont pour la première fois illustrés en Europe au festival des Eurockéennes de Belfort, dans l’est de la France, en 2016… Le duo a été repéré grâce à une compilation imaginée par l’Américain Christopher Kirkley, baptisée Balani Show Super Hits. C’est ensuite un Français, Dominique Peter, membre du groupe de dub français High Tone, qui découvre sur la compil leur titre « Tassaba ».

Lorsqu’il crée son label afro-électro Blanc Manioc, il fait signer le tandem pour un premier album. Ce sera Supreme Talent Show, paru à la fin de 2019 et pour lequel une grande tournée européenne a été prévue dans la foulée (Lyon, Paris, Hambourg, Berlin, Genève…).

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