Diplomatie

[Tribune] Iran : « L’enfer, c’est les autres »

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Mis à jour le 23 janvier 2020 à 15h32

Par  Gérard Haddad

Écrivain et psychanalyste

Des manifestants à Téhéran le 17 janvier 2020, après le raid américain qui a tué Qassem Soleimani.

Des manifestants à Téhéran le 17 janvier 2020, après le raid américain qui a tué Qassem Soleimani. © AP/SIPA

Dire que le général iranien Qassem Soleimani, tué dans un raid américain en Irak début janvier, était un terroriste permet de lui retirer l’attribut d’humain et de légitimer le fait de le tuer.

Cette célèbre réplique de Sartre, dans sa pièce Huis Clos, n’a sans doute pas grande profondeur. Je lui préfère la notion freudienne de projection qui consiste à attribuer à un autre les idées coupables qui vous obsèdent. Elle a néanmoins l’avantage, dans sa simplicité, de pouvoir se décliner. On peut ainsi dire : « Le terroriste, c’est l’autre. » Par exemple, dire que le général iranien Qassem Soleimani était un terroriste.

Profil particulier

Accoler l’attribut terroriste à un individu, comme le faisaient les nazis à propos des résistants ou des Juifs, c’est lui retirer cet autre attribut qu’il ne mérite pas, celui d’humain. Ou, selon l’adage, quand vous voulez tuer votre chien, vous dites qu’il a la rage. Dès lors, il devient légitime de le tuer. Reconnaissons l’honnêteté de la mise en garde.

L’individu marqué légitimement du sceau de cette infamie peut dès lors se méfier des drones, des avions qui survolent sa demeure, des missiles de croisière ou d’une innocente seringue contenant quelque produit purificateur. Il lui est aussi conseillé de changer souvent de domicile et d’éviter de trop se montrer en public ou de voyager.

Gantz ou Netanyahou, Pompeo ou Trump n’ont ainsi pas de sang sur les mains. Ils nettoient

Un terroriste présente un profil particulier. Prenons toujours l’exemple du général Soleimani. Un général terroriste complote. Un général non terroriste, lui, fait des plans de combat. Un général terroriste a toujours du sang sur les mains. Un général non terroriste opère chirurgicalement, donc avec des gants. Gantz ou Netanyahou, Pompeo ou Trump n’ont ainsi pas de sang sur les mains. Ils nettoient. Un terroriste envoie une roquette en l’air. Une armée non terroriste peut légitimement détruire tout un pays, comme l’Irak.

Justifier la force

Comment se fait le diagnostic de terrorisme ? Par des personnes compétentes, évidemment, qui ont cette particularité d’être les plus fortes et d’avoir les armes les plus sophistiquées. Le grand Pascal l’avait dit : ne pouvant faire que la justice soit forte, on a justifié la force. Trump a certainement lu Pascal. Ces personnes compétentes parce que fortes, ont de surcroît des amis dévoués et compétents eux aussi. Ainsi, toujours dans notre exemple pris au hasard, une fois l’assassinat opéré, les dirigeants européens ont eu la bonne idée de demander à l’Iran de se calmer. On a eu peur de les voir condamner cet acte. Où allait-on ?

Depuis le Moyen Âge, en cette heureuse période des croisades, on avait appris à distinguer le langage des terroristes qui employaient déjà cette affreuse formule : « Allah akbar ! » quand les gentils croisés, eux, se contentaient d’un doux « Dieu le veut ! » avant d’exterminer toute la population de Jérusalem. D’ailleurs, il vaut mieux se taire quand on massacre ou quand l’injustice vous révolte…

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