Politique économique

Alain Siri : « Le plan national de développement a un véritable impact au Burkina Faso »

Réservé aux abonnés | | Par - à Ouagadougou
Alain Siri, secrétaire permanent du PNDES, dans son bureau à Ouagadougou, le 13 janvier 2020.
© Olympia de Maismont pour JA

Alain Siri, secrétaire permanent du PNDES, dans son bureau à Ouagadougou, le 13 janvier 2020. © Olympia de Maismont pour JA © Olympia de Maismont pour JA

Dans moins d’un an se tiendra la prochaine élection présidentielle burkinabè. Roch Marc Christian Kaboré n’a pas encore officialisé ses intentions, mais il ne fait guère de doute qu’il va de nouveau briguer la magistrature suprême. Nul doute non plus qu’il tentera de mettre en avant les résultats obtenus par son ambitieux Plan national de développement économique et social (PNDES).

Lancé en 2016, pour un coût estimé à 15 400 milliards de F CFA (23,5 milliards d’euros), le PNDES est une sorte de plan Marshall à la sauce burkinabè qui, selon les membres du gouvernement, est « la boussole » de leur action. Si la croissance économique du pays s’est maintenue en dépit d’un contexte sécuritaire difficile, c’est grâce au PNDES, affirme Alain Siri, secrétaire permanent du PNDES.

Jeune Afrique : Trois ans après la conférence de Paris, lors de laquelle les bailleurs de fonds ont apporté leur soutien au PNDES, où en est sa mise en œuvre ?

Alain Siri : Le contexte sécuritaire est difficile, et la grogne des agents de l’État a entraîné de nombreux réaménagements budgétaires. Mais nous avons obtenu des résultats appréciables. La mise en œuvre du plan a ainsi permis de porter la croissance du PIB à 6,3 % par an entre 2016 et 2018, contre 4 % en 2014 et en 2015. Cela fait du Burkina Faso le deuxième pays le plus performant à cet égard au sein de l’Uemoa. Ce bon résultat a été en partie porté par l’investissement public dans les infrastructures routières conçues pour désenclaver le pays, mais aussi dans celles permettant de produire de l’électricité par exemple.

Plus de 26 000 hectares hydroagricoles ont été aménagés, neuf nouveaux barrages ont été construits, et vingt-deux ont été réhabilités

Concrètement, fin octobre 2019, 615 km de routes avaient été bitumées, et autant étaient en passe de l’être. Pour l’électricité, l’exécution du premier projet d’interconnexion avec le Ghana et le développement de celle existant avec la Côte d’Ivoire, couplés au renforcement du parc thermique et à la mise en service de la première centrale solaire du pays, ont permis de porter la puissance disponible à plus de 0,5 GW, contre 0,325 GW en 2015. En outre, plus de 26 000 hectares hydroagricoles ont été aménagés, neuf nouveaux barrages ont été construits, et vingt-deux ont été réhabilités.

Et sur le plan social ?

L’accès à l’éducation s’est nettement élargi, et des progrès considérables ont été réalisés en matière de scolarisation des filles. L’une des choses dont nous sommes le plus fiers, c’est que nous sommes parvenus à faire davantage de place à l’enseignement technique et professionnel. Nous avons décidé de doter chacune des treize régions du Burkina Faso d’un lycée scientifique, d’un lycée technique et d’un lycée professionnel. Nous avons également ouvert, au sein de l’université de Ouagadougou I, la première École polytechnique du pays.

Diriez-vous que le PNDES est en train de transformer le Burkina ?

Son ambition est clairement de réaliser les investissements critiques nécessaires à la transformation de l’économie. Celle-ci se mesure par l’accroissement des industries ou par des activités à forte valeur ajoutée. Citons par exemple la prochaine mise en service de l’unité de transformation du coton bio, la rénovation de l’usine de textile Fasofani, dans le Centre-Ouest, ou encore l’accroissement de la capacité de la Filature du Sahel [Filsah]… Tout cela va permettre au pays de mieux valoriser son coton.

Fin 2019, nous avons signé 361 conventions avec nos partenaires

Dans le secteur minier, trois nouvelles mines d’or exploitées par des sociétés telles que Rox Gold, Riverstone Karma et Houndé Gold vont entrer en production. Enfin, la mise en œuvre du PNDES a aussi permis de réaliser des progrès indéniables dans le secteur financier, qui s’est étoffé avec la création de la Caisse des dépôts et consignations du Burkina Faso et de la Banque agricole du Faso, lancées par l’État, ainsi que de nouveaux établissements portés par le privé : International Business Bank [IB Bank] et Wendkuni Bank International [WBI].

Qu’en est-il de la mobilisation des ressources nécessaires au financement du plan ?

Son niveau est satisfaisant. Nous avions estimé avoir besoin de 5 570,2 milliards de F CFA. Et, fin 2019, nous avons signé 361 conventions avec nos partenaires, pour un montant équivalant à 71,2 % de la somme totale requise. Nous pouvons donc espérer mobiliser dans les temps des fonds proches du besoin exprimé.

Quel effet tout cela a-t-il sur la pauvreté ?

C’est trop tôt pour le dire. Les résultats de l’enquête sur les conditions de vie des ménages réalisée en 2018 et en 2019 n’ont pas encore été publiés. Cela étant, avec 284 811 emplois créés au cours des trois dernières années et près de 2 millions de personnes vulnérables assistées, j’ai la conviction que le PNDES a un véritable impact.

Quels projets prioritaires seront mis en chantier en 2020 ?

Le désenclavement routier dans l’est du pays grâce aux axes Manga-Zabré, Kantchari-Diapaga-frontière du Bénin, et Tougan-Ouahigouya, par exemple. Sans oublier la voie de contournement de la capitale et la réhabilitation du tronçon reliant Ouagadougou à Koudougou. Par ailleurs, nous allons accélérer la construction du Centre hospitalier régional de Manga, mais aussi celle des lycées scientifiques, techniques et professionnels, et achever le siège de l’Université virtuelle du Burkina Faso (UV-BF).

Nus sommes parvenus à accroître de manière significative l’offre d’électricité

En matière d’énergie, nous poursuivons l’édification de centrales solaires photovoltaïques et le renforcement du parc électrique thermique. Dans les secteurs de l’agriculture et de l’élevage, il y a enfin la construction de l’abattoir frigorifique de Ouahigouya, de la Centrale d’achat des intrants et matériels agricoles ainsi que de l’unité de production d’engrais phosphatés.

Certains observateurs estiment que le PNDES n’a pas suffisamment pris en charge les contraintes structurelles de l’économie burkinabè, comme le déficit énergétique. Comprenez-vous ces critiques ?

Le plan avait l’ambition d’accroître l’offre d’électricité et de réduire le coût d’accès du kilowattheure pour le ramener à 50 F CFA, contre 75 initialement. Et nous sommes parvenus à accroître l’offre de manière significative. Nous avons aussi mis l’accent sur les énergies renouvelables, dont la part dans la production nationale est passée de 1 % en 2015 à 12,6 % en 2018.

Le PNDES est censé prendre fin cette année. Comment préparez-vous la suite?

La loi sur la planification et la gestion du développement du Burkina Faso nous oblige à élaborer une politique nationale de développement pour couvrir la période 2021-2025. Celle-ci s’alignera sur les priorités du mandat du président élu tout en faisant la synthèse des politiques en cours et des engagements internationaux du pays.

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