Politique

Israël-Palestine – Saeb Erekat (OLP) : « La solution à deux États n’est pas morte »

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Dans son bureau, 
à Ramallah, 
le 26 décembre 2019.

Dans son bureau, à Ramallah, le 26 décembre 2019. © Hovsep NALBANDIAN pour JA

Malgré le soutien inconditionnel de Donald Trump à la politique expansionniste de Benyamin Netanyahou, le négociateur en chef de l’Autorité palestinienne veut continuer de croire au rêve d’une paix durable avec Tel-Aviv.

À 64 ans, il demeure l’un des diplomates palestiniens les plus en vue à l’étranger. Saeb Erekat est un vétéran du dialogue de sourds avec Israël. Depuis 1991, ce natif de Jéricho est de toutes les équipes de négociation palestiniennes, à l’exception notable de celle qui mena secrètement aux accords d’Oslo, en 1993.

À la faveur d’un anglais quasi parfait, il s’est imposé comme l’interlocuteur privilégié des diplomates américains, et plus généralement des chancelleries occidentales, même si Donald Trump et ses émissaires ont, eux, fait le choix de l’ignorer.

En dépit d’un caractère exécrable et de ses nombreux rendez-vous manqués avec Israël, Saeb Erekat a su rester l’homme de confiance des Palestiniens et du président Mahmoud Abbas. Ces dernières années, le secrétaire général du comité exécutif de l’OLP a été affaibli par une douloureuse fibrose pulmonaire qui lui a valu une transplantation. Moins fougueux mais toujours en première ligne, il reste un partisan invétéré d’une « solution à deux États ».

Jeune Afrique : Quand la perspective de paix paraît si compromise, que reste-t-il de votre mission ?

Saeb Erekat : Je m’efforce en permanence de raviver le dialogue, de faire en sorte que mon peuple garde espoir, de trouver des ressorts pour que la paix reste à l’esprit des Palestiniens et des Israéliens, surtout pour les générations futures. Je me refuse d’enterrer la solution à deux États, même si beaucoup l’estiment aujourd’hui caduque du fait de la réalité sur le terrain.

Regrettez-vous la signature des accords d’Oslo avec Israël, qui n’ont pas permis l’avènement d’un État palestinien ?

Oslo n’a pas été une erreur. Qu’y a-t-il de mauvais à s’asseoir autour d’une table pour résoudre un conflit et enrayer la violence ? Le problème, c’est que le président américain Donald Trump tente, avec la bénédiction des messianiques de tous bords, d’imposer le « deal du siècle » qui consacre Jérusalem comme la capitale d’Israël, légalise les colonies et permet de facto à la Cisjordanie de devenir la Judée-Samarie. Son plan méprise les aspirations nationales palestiniennes.

Précisément, où en sont vos relations avec l’Administration américaine ?

Le dialogue est rompu. En 2017, j’ai rencontré trente-sept fois les émissaires Jared Kushner et Jason Greenblatt. Nous leur avons consacré du temps et n’avons pas ménagé nos efforts pour leur montrer notre bonne volonté.

Le problème avec l’actuelle Administration américaine, c’est qu’elle ne se contente pas de soutenir Israël. Elle soutient aussi l’occupation !

Mais, jusqu’ici, ils ne m’ont rien communiqué de leurs intentions. Rien ! Que du vent ! [il brandit une feuille blanche, NDLR]. Le problème avec l’actuelle Administration américaine, c’est qu’elle ne se contente pas de soutenir Israël. Elle soutient aussi l’occupation ! Il n’y a plus rien à négocier, Dieu a tranché.

Donald Trump annonçant reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël le 6 décembre 2017.

Donald Trump annonçant reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël le 6 décembre 2017. © Evan Vucci/AP/SIPA

Pourtant, Netanyahou est menacé par un procès, et Trump pourrait être prochainement destitué…

En effet, la situation peut vite évoluer. En attendant, les Américains se sont disqualifiés à nos yeux, et j’espère que les Israéliens éliront un Premier ministre qui soit pour nous un partenaire. Nous n’accepterons aucun diktat !

Quelle peut être l’issue pour les Palestiniens ?

Nous sommes aujourd’hui majoritaires de la Méditerranée à la rive du Jourdain, et il est grand temps que les États-Unis deviennent les garants du droit international.

L’actuel gouvernement Netanyahou ne nous reconnaît pas comme Palestiniens et ne veut pas que nous devenions Israéliens

Si leur ambition est d’anéantir la solution à deux États, il n’y a que deux conséquences possibles : un État binational, qui fut la position initiale de l’OLP, ou l’apartheid, tel que nous l’endurons aujourd’hui en Cisjordanie. L’actuel gouvernement Netanyahou ne nous reconnaît pas comme Palestiniens et ne veut pas que nous devenions Israéliens. Alors peuvent-ils définir ce que nous sommes ? [Rires]

Que diriez-vous donc aux Israéliens ?

Que nous, Palestiniens, avons tout à gagner à signer la paix et qu’en son absence nous sommes les grands perdants de l’histoire. Je ne fais aucune faveur aux Israéliens lorsque je milite pour la reprise du dialogue et je leur rappelle que la solution à deux États est pour nous une concession.

Depuis deux ans, l’attention est portée sur la bande de Gaza, où Israël semble enclin à négocier une trêve avec le Hamas. Qu’en pensez-vous ?

Toute aide destinée à ce territoire est la bienvenue. Mais, disons-le clairement, aucun État Palestinien ne verra le jour indépendamment de la bande de Gaza, et vice versa. L’Autorité palestinienne, reconnue par la communauté internationale, doit rester l’unique intermédiaire pour décider du sort de Gaza. C’est aussi pour cette raison que nous appelons le Hamas à des élections générales.

Et si vous perdez le pouvoir en Cisjordanie ?

Qui peut prédire que nous le perdrons ? Nous souhaitons des élections libres et démocratiques dans lesquelles chaque faction de l’OLP pourra présenter un candidat ou, au contraire, décider, comme le Front populaire de libération de la Palestine [FPLP], de rester à l’écart du scrutin.

Drapeau palestinien

Drapeau palestinien © Global Panorama/Flickr (CC)

En novembre, vous avez condamné l’assassinat par Israël d’un commandant du Jihad islamique. S’agit-il de montrer aux groupes armés palestiniens que vous n’êtes pas leur ennemi ?

Au fond, ils le savent très bien. Mais il ne peut y avoir d’unité palestinienne ni même un État où chaque organisation disposerait de sa petite armée. Nous reconnaissons le Hamas comme force politique. Cependant, il n’est pas le représentant légitime des Palestiniens et ne peut prétendre servir notre cause en laissant certains pays de la région nous instrumentaliser.

À qui faites-vous encore confiance ? À l’Europe ?

Nous apprécions les Européens. Ils restent fidèles au principe d’un État palestinien sur les frontières de 1967, condamnent la colonisation et rejettent l’unilatéralisme de Trump.

Qu’attendent certains dirigeants européens pour appliquer la décision prise par leur Parlement et reconnaître haut et fort un État palestinien ?

Aucun pays de l’UE n’a déplacé son ambassade à Jérusalem, et la décision d’étiqueter les produits à la consommation issus des colonies israéliennes constitue une étape importante. Mais qu’attendent certains dirigeants pour appliquer la décision prise par leur Parlement et reconnaître haut et fort un État palestinien ?

Netanyahou a beaucoup de soutiens dans les pays de l’Est et opère un rapprochement avec les États du Golfe… Sa stratégie n’a-t-elle pas fonctionné ?

Nous ne permettrons pas de normalisation entre Israël et les pays arabes sans contrepartie. Netanyahou peut s’appuyer autant qu’il le souhaite sur la peur d’un Iran nucléaire, il ne parviendra pas à faire oublier la Palestine. Il suffit d’écouter les nouveaux présidents tunisien et algérien. L’initiative arabe est toujours d’actualité. Si Israël veut la paix avec le monde arabe, son gouvernement doit mettre fin à l’occupation de nos territoires.

Et en Afrique subsaharienne ?

La logique est la même, et la dernière déclaration de l’Union africaine [le 10 décembre 2019, à Addis-Abeba, NDLR] prouve que nous sommes toujours soutenus. Israël doit comprendre qu’aucune normalisation avec le monde ne sera possible dans l’état actuel des choses. Sa politique coloniale est la seule véritable menace contre son existence.

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