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Cet article est issu du dossier «Royaume-Uni - Afrique : vers un New Deal»

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Diplomatie

Brexit : comment l’Afrique peut tirer son épingle du jeu

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Le Premier ministre britannique Boris Johnson, au centre, accueille le Sommet sur l'investissement en Afrique du Royaume-Uni à Londres, le 20 janvier 2020.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson, au centre, accueille le Sommet sur l'investissement en Afrique du Royaume-Uni à Londres, le 20 janvier 2020. © Ben Stansall/AP/SIPA

Par sa sortie effective de l’UE, le 31 janvier, le Royaume-Uni change d’horizon économique et diplomatique. L’occasion pour le continent de redéfinir ses relations avec Londres, et sa place dans le jeu international.

Le 9 janvier, la Chambre des communes a ratifié le Withdrawal Agreement Bill, qui entérine, trois ans et sept mois après la victoire du oui au référendum de 2016, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE). Désormais transposé dans le droit britannique, le Brexit deviendra donc réalité le 31 janvier, pour le Royaume-Uni et pour l’Europe, ainsi que pour le reste du monde, dont l’Afrique.

Du prix bord champ de la fève de cacao à l’introduction boursière des entreprises du continent, en passant par la redéfinition de l’aide publique au développement britannique destinée à l’Afrique ou la nécessaire renégociation des accords de partenariat économique (APE) avec une UE désormais à 27, les répercussions du divorce entre Londres et Bruxelles s’annoncent multiples pour l’ensemble du continent.

Le 24 juin 2016, quelques heures seulement après l’annonce des résultats du référendum, le rand sud-africain voyait sa valeur chuter de 8 %, confirmant que l’Afrique ne serait pas épargnée très longtemps par les effets du Brexit. Mais si la période d’incertitude qui s’ouvrait alors promettait d’être douloureuse pour ses économies les plus défaillantes, elle peut dans le même temps inaugurer des relations – notamment commerciales – plus bénéfiques et équitables pour le continent dans son ensemble.

Faste impérial

Fidèle à la déclaration faite par Winston Churchill en 1944, le Royaume-Uni a donc « choisi le grand large » plutôt que l’Europe. Au point de se sentir peut-être un peu seul aux commandes de son propre navire. Ces dernières années, les « brexiters » ont prôné le retour au faste impérial d’antan, assurant que le Commonwealth pouvait remplacer avantageusement l’Union européenne.

En Afrique, Theresa May et son successeur, Boris Johnson, ont donc multiplié les visites auprès des principaux pays membres du continent – Afrique du Sud, Nigeria, Kenya, Ghana… – pour renforcer les liens économiques et commerciaux du Royaume-Uni avec ses anciennes dépendances. « Il est urgent de signer dès que possible de nouveaux accords de libre-échange », a déclaré l’actuel Premier ministre britannique dès sa victoire acquise aux législatives anticipées du 12 décembre 2019, comme pour bien rappeler au gouvernement ses priorités du moment.

La rencontre, au début de janvier, entre Andrew Stephenson, ministre d’État aux Affaires étrangères et du Commonwealth, chargé également du développement international, et les dirigeants de cinq pays anglophones d’Afrique australe (Afrique du Sud, Botswana, Namibie, Eswatini et Lesotho), confirme la volonté affichée par Londres de jouer la carte du bilatéralisme pour stimuler ses relations post-Brexit avec les 19 membres africains du Commonwealth. Mais le commerce réalisé avec l’ensemble de la communauté anglophone, estimé annuellement à 9 % du total des échanges britanniques, ne suffira pas à compenser les 50 % réalisés chaque année avec l’UE depuis 2010.

Ouverture d’ambassades

Le Royaume-Uni a certes annoncé sa volonté d’ouvrir davantage – au moins pour les dix-huit prochains mois – son marché intérieur à l’ensemble des pays les moins développés de la planète, mais il n’a pas d’autre choix que de sortir de sa zone de confort, à la recherche de nouveaux partenaires économiques. Un accord commercial a été signé dès le mois de septembre avec le Mozambique, alors que les discussions se multiplient avec l’Angola, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire et que le Foreign Office a confirmé l’ouverture prochaine d’ambassades au Niger et au Tchad.

Pour relever le défi, Londres va devoir développer une politique africaine digne de ce nom

Le sommet Royaume-Uni - Afrique, premier du nom et organisé dans la capitale anglaise le 20 janvier, en présence des représentants d’une vingtaine de pays, s’inscrit dans la même logique. Pour relever le défi, Londres va en effet devoir développer une politique africaine digne de ce nom. Surtout dans un contexte des plus concurrentiels où le continent peut compter sur l’intérêt grandissant de partenaires devenus aujourd’hui incontournables, tels que la Chine, ou appelés à le devenir, comme l’Inde et le Brésil.

Cette redistribution des cartes va donc permettre à l’Afrique de redynamiser ses échanges avec le Royaume-Uni, d’ouvrir la partie à de nouveaux challengers, mais elle lui donne aussi l’occasion de tirer son épingle du jeu. Certains pays mis au ban de l’UE, comme la Libye ou le Zimbabwe, peuvent en profiter pour contourner l’embargo européen. « Mais c’est tout le continent qui doit réfléchir, dès maintenant, aux avantages qu’il peut attendre de cette situation, estime Christian Liongo, économiste spécialisé dans les relations Afrique-UE.

En échappant aux contraintes de la politique agricole commune européenne, en négociant des accords commerciaux qui lui sont moins défavorables, en faisant jouer la concurrence… » En plus de redéfinir la place du Royaume-Uni dans le grand jeu international, le Brexit pourrait donc faire évoluer celle de l’Afrique dans son ensemble. Un continent qui, en ouvrant la Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca), vient de se lancer dans son propre processus d’intégration économique, au moment même ou celui de l’Europe est battu en brèche par le départ du Royaume-Uni.

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