Diplomatie

La Libye, terrain d’affrontement pour Abdel Fattah al-Sissi et Recep Tayyip Erdogan

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Mis à jour le 15 janvier 2020 à 16h56
L’antagonisme entre Recep Tayyip Erdogan et Abdel Fattah al-Sissi n’est pas nouveau. Ces deux chefs d’État ne s’embarrassent même pas de préserver les apparences

L’antagonisme entre Recep Tayyip Erdogan et Abdel Fattah al-Sissi n’est pas nouveau. Ces deux chefs d’État ne s’embarrassent même pas de préserver les apparences © JA

L’antagonisme entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi n’est pas nouveau. Ces deux chefs d’État ne s’embarrassent même pas de préserver les apparences.

Ainsi en septembre dernier, lorsque le président américain Donald Trump a convié ses homologues turc et égyptien à dîner, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, Erdogan a tout bonnement décliné.

Son service de presse a aussitôt précisé que ce n’était pas en raison d’un problème entre Washington et Ankara, mais bien à cause de la présence d’al-Sissi. « J’ai clairement indiqué aux autorités américaines que je ne voulais pas être pris en photo avec lui », a par la suite commenté le leader turc.

Donald Trump n’ignore pas que leurs relations sont glaciales depuis longtemps. Cela remonte à juillet 2013 et à la destitution par l’armée de l’ancien président égyptien Mohamed Morsi. Membre des Frères musulmans, ce dernier était l’allié d’Ankara et, à sa mort, en juin dernier, Erdogan n’a pas hésité à le qualifier de « martyr » en pointant un doigt accusateur sur Sissi. Aujourd’hui, c’est sur le terrain libyen qu’ils s’affrontent de nouveau.

Ingérence étrangère

Fin novembre 2019, Ankara a conclu un accord de coopération militaire et sécuritaire avec le gouvernement de Fayez al-Sarraj, assiégé par l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar.

Or ce dernier est soutenu par Sissi – les deux hommes partagent une même conception du pouvoir militaire, une même opposition farouche aux Frères musulmans et, surtout, près de 1 000 km de frontière. « Le Caire soutient Haftar parce qu’il remet de l’ordre et a une armée », résume Mustapha el-Gendy, député égyptien au Parlement panafricain.

Le président turc a proposé sa coopération au nouveau président tunisien, Kaïs Saïed, « pour aider au règlement de la crise libyenne », le 25 décembre.

Le président turc a proposé sa coopération au nouveau président tunisien, Kaïs Saïed, « pour aider au règlement de la crise libyenne », le 25 décembre. © Slim Abid/AP/SIPA

Cet accord entre Sarraj et la Turquie a ulcéré les Égyptiens. Le 31 décembre, la Ligue arabe s’est réunie, au Caire, à la demande de Sissi. L’organisation a dit refuser toute ingérence « qui puisse contribuer à faciliter la venue en Libye de combattants étrangers ». Sissi s’est ensuite entretenu avec les présidents Trump, Macron et Poutine, ainsi qu’avec la chancelière allemande, Angela Merkel.

« Nous appelons à la plus grande retenue [face aux] dangers découlant d’une ingérence étrangère », a-t-il répété. Cela n’a pas empêché Erdogan de faire approuver par son Parlement, le 2 janvier, l’envoi de militaires en Libye.

Guerre d’intérêts

Bien sûr, Sissi a beau jeu de dénoncer une ingérence. L’avancée de Khalifa Haftar, qui s’est emparé de la ville de Syrte le 7 janvier, n’aurait pas été possible sans le soutien de ses alliés étrangers. Son armée a bénéficié de l’aide logistique et militaire des Émiratis et des Russes, mais aussi des Égyptiens. Sissi a également ordonné, à plusieurs reprises, des frappes aériennes chez son voisin libyen.

Face à lui, Erdogan use des mêmes arguments (légalité, lutte contre le terrorisme) pour justifier son appui au camp opposé. « Haftar est un dirigeant illégitime », a-t-il expliqué, se disant prêt à intervenir « au sol, sur mer et dans les airs si nécessaire », pour « empêcher les terroristes de proliférer ».

Mais le gouvernement de Sarraj utilise déjà des drones turcs et des armes qataries. Autrement dit, une fois encore, les uns et les autres ne font que défendre leurs intérêts. L’accord conclu fin novembre prévoit en effet que la Turquie pourra faire valoir ses droits sur de vastes zones maritimes situées au large de la Libye, potentiellement riches en hydrocarbures. Au grand dam de l’Égypte…

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