Société

[Tribune] Cardi B, Samuel L. Jackson… La naturalisation des VIP afrodescendants ne doit pas créer une catégorie d’Africains hors sol

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Par  Jeune Afrique

La rappeuse Cardi B dans son clip "I like it".

La rappeuse Cardi B dans son clip "I like it". © Cardi B/YouTube

Si le mouvement de retour aux origines des VIP afrodescendants est globalement positif, celui-ci doit s’inscrire dans une démarche réellement citoyenne.

Quelques semaines après un voyage au Nigeria, la rappeuse américaine Cardi B a déclaré vouloir demander la nationalité du pays. Celle qui s’est récemment illustrée par sa critique virulente de la politique étrangère de Trump s’est déjà choisi un prénom local, Chioma, et publie des photos d’elle en tenue traditionnelle sur les réseaux sociaux. Sa requête a ravi les autorités nigérianes, qui y voient une belle publicité.

D’autres célébrités africaines-américaines ont déjà obtenu la nationalité de pays du continent, comme l’acteur Samuel L. Jackson, qui, après avoir fait un test ADN lui attribuant des origines au Gabon, s’en est vu octroyer la nationalité. Le rappeur Ludacris est aussi devenu citoyen de ce pays, d’où vient son épouse, la mannequin Eudoxie Mbouguiengue.

Donner un sens à ces démarches

Un « retour aux origines » encouragé par certains États africains, qui y voient une opportunité d’améliorer leur image et d’attirer les investisseurs. Mais si la quête d’identité est légitime et si la facilitation du retour d’afrodescendants à leurs racines apparaît louable, cela doit-il nécessairement passer par un processus de naturalisation ?

Pour acquérir une nationalité étrangère, le requérant doit remplir des conditions de résidence et/ou d’intégration. Or force est de constater que les célébrités africaines-américaines ne satisfont pas à ces critères. Il faut encadrer ces nouvelles citoyennetés par des programmes mêlant histoire, culture et langues ainsi que des périodes de résidence, afin d’éviter de créer une catégorie de citoyens hors-sol. En créant du lien entre Africains et Africains-Américains, on donnerait un sens à cette démarche.

Légitimité douteuse

Ces vedettes mesurent-elles leur responsabilité ? Régis Debray a écrit : « Le citoyen est celui qui participe […] à la vie de la cité, partage avec ses concitoyens le pouvoir de faire la loi, le pouvoir d’élire, et, le cas échéant, d’être élu. »

Plus que la preuve d’une appartenance ethnique ou culturelle, la citoyenneté est un engagement public. Mais plus intéressés par leur africanité retrouvée que par le sort de leurs concitoyens, ces VIP restent en retrait des questions cruciales pour le continent. Leurs naturalisations peuvent même bénéficier à des dirigeants à la légitimité douteuse : le régime érythréen a ainsi reçu le soutien de l’actrice Tiffany Haddish après lui avoir accordé la citoyenneté en mai 2019.

Si ce mouvement de retour aux origines des afrodescendants est globalement positif, celui-ci doit s’inscrire dans une démarche réellement citoyenne.

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