Agroalimentaire

Huile de palme : Golden Africa voit grand en Afrique de l’Est

Réservé aux abonnés | | Par - envoyé spécial à Djibouti
Mis à jour le 15 janvier 2020 à 11h35
L'huile de palme malaisienne raffinée à Djibouti vise le marché éthiopien.

L'huile de palme malaisienne raffinée à Djibouti vise le marché éthiopien. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Pionnière dans l’activité industrielle à Djibouti, Golden Africa, la société du Yéménite Fouad Hayel Saeed nourrit des ambitions dans la Corne du continent, notamment en Éthiopie.

Les camions en partance pour l’Éthiopie défilent, prêts à charger. Un an après son inauguration, en décembre 2018, en surplomb du port multimodal de Doraleh, l’usine de raffinage et de conditionnement d’huile de palme de Golden Africa a déjà accéléré la cadence.

Pour sa première phase, 30 millions de dollars avaient été investis afin que cette unité, la plus importante de Djibouti, forte de 500 employés, puisse traiter chaque mois entre 8 000 et 9 000 t de cette huile végétale utilisée dans la moitié des produits alimentaires. L’entreprise dirigée par le Yéménite Fouad Hayel Saeed, consul honoraire de Djibouti en Malaisie, dispose d’un oléoduc de 3,4 km jusqu’à son propre terminal, où accostent les navires en provenance de Malaisie et d’Indonésie (85 % de l’huile de palme mondiale).

Puissant conglomérat

Alors qu’en un an elle a déjà conquis près d’un cinquième des parts du marché de l’huile de palme en Éthiopie et envisage de construire une savonnerie, cette filiale du négociant malaisien Pacific Inter-Link investit 5 millions de dollars dans de nouvelles machines pour produire mensuellement 13 500 t d’huile. Les liens du consul avec l’influente communauté yéménite ont certainement facilité l’installation de Golden Africa à Djibouti. Un pays qui entend devenir un hub de production et de transformation à destination de la Corne de l’Afrique.

« Notre usine est la plus grande du pays, mais elle est petite au regard du potentiel de la région », confie néanmoins Adnan Hantosh, directeur général adjoint de ce qui est aussi la branche djiboutienne d’un très puissant conglomérat familial rayonnant sur toute l’Asie du Sud-Est : Hayel Saeed Aman (HSA). Avec 35 000 employés et plusieurs milliards de dollars de CA, le groupe est l’un des premiers producteurs et raffineurs mondiaux d’huile de palme, présent également dans les minoteries, le ciment, le sucre…

L’objectif mensuel de 21 000 t d’huile à terme constitue un volume encore insuffisant pour répondre à la demande éthiopienne, qui s’établit chaque mois à 50 000 t, et entre 6 000 et 8 000 t en Somalie et en Érythrée. Mais suffisant pour prendre pied dans un marché de 109 millions d’habitants qui ne consomment que 5,46 kg d’huile de palme par personne, contre une moyenne mondiale de 25 kg, et où les importations depuis la Malaisie ont grimpé, entre 2014 et 2017, de 76 000 t à 149 000 t.

De quoi faire de l’Éthiopie une cible privilégiée pour l’huile de palme malaisienne, en quête de nouveaux marchés. L’Inde, un important client, a suspendu ses importations après des déclarations de Kuala Lumpur au sujet du Cachemire. De plus, les campagnes anti-huile de palme s’intensifient dans le monde.

La seule usine de raffinage de la région suscite déjà des vocations

Mais alors que 90 % de l’huile de palme vendue en Éthiopie est importée, la seule usine de raffinage de la région offre un avantage important. Car Addis-Abeba dépense chaque année 0,5 milliard de dollars en importations, dans un contexte de pénurie de devises.

« En important de Djibouti, il n’y a pas de problème de devises. Comme HSA maîtrise toute la chaîne, il contrôle les prix et peut être plus compétitif », indique un analyste. Les autorités éthiopiennes, qui veulent stimuler la production locale, estiment qu’un raffinage sur place pourrait faire économiser 80 millions de dollars par an.

Déjà actif au Kenya, Golden Africa envisage aussi une installation en éthiopie. Ce qui suscite des vocations. Le 28 décembre, le milliardaire saoudo-éthiopien Mohamed Al Amoudi y posait la première pierre d’une usine de transformation d’autres huiles alimentaires (soja, tournesol, arachide…)


Golden Africa en chiffres

  • En 2019

500 employés

8 000 – 9 000 t/mois

Objectif : 21 000 t/mois


Un gendre nommé Dangote…

En décembre 2018, la presse malaisienne dévoilait les photos du « somptueux mariage » de Sara Fouad Saeed, fille du consul de Djibouti, avec Mohammed Dangote, fils de Sani Dangote et neveu du milliardaire nigérian, présent pour l’occasion. Du sucre au ciment en passant par les minoteries, les deux groupes sont présents dans les mêmes secteurs.

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