Agroalimentaire

Sénégal : la relance de l’huilier Sonacos menacée par la pénurie

Collecte d'arachides à Ndande, au Sénégal.

Collecte d'arachides à Ndande, au Sénégal. © Vincent Fournier/J.A.

La compagnie publique sénégalaise Sonacos peine à s’approvisionner en graines d’arachide face à une forte concurrence chinoise. De quoi remettre en question son plan stratégique 2020-2024 ?

Après sept mois aux commandes de la Sonacos, Mamadou Diagne Fada a convaincu, à la fin de décembre, son conseil d’administration d’approuver plusieurs décisions importantes pour l’ex-Suneor.

L’ancien fleuron de l’agriculture sénégalaise a été renationalisé en 2016, après des années difficiles sous l’égide du groupe Advens, de l’entrepreneur franco-sénégalais Abbas Jaber. Les administrateurs ont ainsi approuvé la recapitalisation de l’entreprise à hauteur de 20 milliards de F CFA (30,5 millions d’euros), l’apurement intégral d’environ 100 milliards de F CFA de dette auprès d’institutions financières et de la sécurité sociale, ainsi que la réévaluation de ses actifs, notamment fonciers.

Foire d’empoigne

De plus, un plan d’urgence d’investissement de 16 milliards de F CFA a été lancé, dans le cadre d’un nouveau programme quinquennal (2020-2024). Ce dernier table entre autres sur « un résultat net cumulé de 14,9 milliards de F CFA et des cash-flows cumulés de 23,3 milliards de F CFA » sur la période, indique Youssou Diallo, président du conseil d’administration de la Sonacos. Il est à noter que la Sonacos ne publie pas ses résultats financiers.

En 2013, Suneor affichait une perte de 13,45 milliards de F CFA, pour 26,7 milliards de F CFA de revenus (en recul de 74 % sur deux ans). Selon une étude de la Banque mondiale, la profitabilité de l’entreprise n’avait cessé de chuter entre 2011 et 2016, comme le montre le graphique ci-dessous. Or, le retour dans le vert de l’entreprise est crucial avant sa reprivatisation, promise par le gouvernement et réclamée par le FMI.

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À peine adopté, le nouveau plan stratégique de l’entreprise est déjà menacé. Bien avant son démarrage officiel, le 3 décembre, la campagne de commercialisation arachidière de 2019-2020 s’est transformée en foire d’empoigne. Depuis plusieurs mois, paysans et grands producteurs sont assaillis par des opérateurs privés travaillant à leur propre compte ou à celui de négociants, surtout chinois.

De quoi réveiller les échos des difficiles campagnes de 2013, 2014 et 2015, qui avaient particulièrement affecté la santé financière de Suneor, souvent incapable d’approvisionner ses unités de raffinage. Cette pénurie pourrait également toucher d’autres transformateurs privés locaux (Copeol, Wao, Cait…).

Prêt de 30 milliards de F CFA

En réponse, le conseil d’administration a finalement autorisé la Sonacos à s’approvisionner aux prix du marché (250-300 F CFA le kg, contre un prix officiel de 210 F CFA fixé par le Comité national interprofessionnel de l’arachide). Si la campagne officieuse a démarré bien avant ce coup de pouce, l’entreprise, qui cible une collecte de 150 000 t de graines (85 000 t, en 2019) n’est pas complètement démunie.

Contrairement aux campagnes précédentes, elle a pu obtenir, pour 2019-2020, un prêt de 30 milliards de F CFA auprès de la Société internationale islamique pour le financement du commerce (ITFC), filiale de la Banque islamique de développement, avec la possibilité d’une rallonge d’une dizaine de milliards.

S’ils admettent que l’approvisionnement « sera difficile », deux dirigeants de l’entreprise interrogés par JA notent qu’elle s’est déjà adjugé un peu plus de 4 000 t sur les 6 000 t collectées par les transformateurs industriels, même si la Sonacos a dû fermer temporairement son unité implantée dans la région arachidière de Diourbel, à la suite d’un mouvement d’humeur des travailleurs saisonniers. Pour ses cadres, l’entreprise, désormais autorisée à se démarquer du cours officiel, pourra mieux lutter contre la concurrence des négociants chinois.

Renouvellement de l’outil industriel

Quelle que soit l’issue de la campagne actuelle, le groupe public entend accélérer le renouvellement de son outil industriel, essentiel pour sa stratégie de relance. Il compte accroître ses capacités de raffinage et de commercialisation d’huile d’arachide afin de satisfaire la demande domestique annuelle, évaluée à 200 000 t.

L’entreprise veut, par ailleurs, diversifier sa production. Elle cible désormais l’importation et le raffinage d’huiles brutes de palme et de soja destinées au marché intérieur, face à une concurrence pourtant rude, malgré les promesses de régulation des importations faites par le gouvernement. Pour Mamadou Diagne Fada, la bataille est loin d’être terminée.


Qui est Mamadou Diagne Fada ?

Mamadou Diagne Fada, directeur général de Sonacos.

Mamadou Diagne Fada, directeur général de Sonacos. © Facebook

1969 :  Naissance à Darou Mousty (nord-ouest du Sénégal)

1995 : Intègre le cabinet d’Abdoulaye Wade, alors ministre d’État

2000 : Ministre de la Jeunesse du président Wade

2002 : Ministre de l’Environnement

2007 :  En froid avec le Parti démocratique sénégalais (PDS), il crée son propre mouvement politique, Waar-Wi

Octobre 2015 :  Exclusion du PDS

Mai 2019 : Directeur général de la Sonacos

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