Technologie

Vincent Rouaix (GFI Informatique) : « Le Cameroun va devenir un élément central de notre dispositif »

Vincent Rouaix, PDG de Gfi Informatique.

Vincent Rouaix, PDG de Gfi Informatique. © GFI

Avec le rachat de Bridgeo, spécialiste reconnu des logiciels de gestion d’entreprise, le groupe français de solutions numériques GFI Informatique renforce son arsenal alors qu’il veut doubler ses revenus en Afrique.

Partenaire historique en Afrique centrale de Sage, le colosse britannique des logiciels de gestion, le camerounais Bridgeo a été repris en décembre 2019 par GFI Informatique (1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2018), pour un montant confidentiel. Le spécialiste des services numériques compte désormais des filiales dans cinq pays du continent (Maroc, Tunisie, Côte d’Ivoire, Angola et Cameroun) ainsi qu’un bureau au Sénégal.

Le groupe, qui avait racheté le marocain Capital Consulting en mars 2019, n’exclut pas des acquisitions au Sénégal et en Algérie. Il entend doubler son portefeuille pour passer le cap des 100 millions d’euros de revenus sur le continent, face aux équipes de CFAO Technology et Energy (95 millions d’euros en 2016). Interrogé par JA, Vincent Rouaix dévoile sa stratégie.

Jeune Afrique : Pourquoi avez-vous racheté Bridgeo ?

Vincent Rouaix : Nous collaborions déjà avec Bridgeo sur l’intégration des systèmes Sage et avions déjà failli racheter l’entreprise il y a deux ans, pour porter notre projet de développement en Afrique centrale. L’ambition est de nous appuyer sur ce qu’est Bridgeo aujourd’hui pour le promouvoir sur le territoire et accompagner l’équipe actuelle pour doubler, tripler, voire quadrupler le chiffre d’affaires dans la région.

Comment comptez-vous y parvenir ?

Comme dans toute intégration : en partageant les valeurs et les métiers. Nous partageons déjà l’intégration de Sage. Nous allons investir [RH, formations et accompagnement] pour aider Bridgeo à se développer sur de plus grosses opérations et intégrer notre offre globale pour accompagner nos grands clients. Des investissements secondaires permettront d’ouvrir des bureaux et de développer de nouvelles offres depuis la France, la Tunisie, le Maroc…

Nous voulons aussi développer localement du SAP [progiciel de gestion], des offres dans la santé, du service et du conseil autour de la gestion des documents et la transformation digitale. On discutait à Yaoundé, par exemple, avec un grand donneur d’ordres de l’impact de la reconnaissance faciale dans la sécurisation des pensions. C’est phénoménal !

Qu’en est-il des autres marchés que Bridgeo couvrait (Cemac, RD Congo, Rwanda, Éthiopie, Madagascar) ?

Nous avons cinq implantations africaines pour des projets dans 22 pays du continent et prospectons dans plusieurs pays. Nous ciblons 7 implantations africaines, pour irriguer les territoires qui leur sont intégrés, sous la responsabilité d’Hugues Ruffat [directeur Europe de l’Est, Moyen-Orient et Afrique de GFI]. La filiale au Cameroun devient un élément central de notre dispositif, avec des ingénieurs locaux de bon niveau, et prendra la responsabilité de la direction commerciale de Sage pour le groupe en Afrique.

Quelles autres implantations ciblez-vous ?

Des discussions pour une acquisition sont en cours pour une présence plus agressive au Sénégal, où nous avons un représentant. Nous regardons l’Algérie depuis longtemps, où nous avons mené de grosses opérations, comme l’informatisation de la facturation de l’eau d’Alger, avec Suez. Une acquisition était bien avancée en 2019, mais la conjoncture nous a forcés à la suspendre. Nous continuons de servir ce marché depuis la France, la Tunisie et parfois le Maroc avec Sage. En attendant, nous ciblons une croissance organique de Capital Consulting, acquis l’an dernier au Maroc, même si la reprise de petits acteurs ayant une compétence précise n’est pas exclue, comme nous l’avons déjà fait dans le royaume.

GFI semble souffrir d’un net tropisme francophone sur le continent. Est-ce le cas ?

Nous servons le marché égyptien depuis notre implantation à Dubaï. Nous avons déjà accompagné des acteurs de télécoms au Nigeria et dans d’autres pays anglophones. Nous avions exploré une acquisition significative sur le marché anglophone, mais étions trop faibles sur le marché francophone. C’est cette taille critique que nous voulons justement atteindre dans l’Afrique francophone, où nous avons le même ADN que nos partenaires et développons les mêmes produits.

GFI Technology vs. CFAO Technology et Energy © CFAO et JA

Nous verrons après s’il faut s’implanter sur le marché anglophone, où la compétition n’est pas comparable, notamment avec des acteurs indiens présents en Afrique du Sud. Mais nous n’avons pas l’intention de faire de pause dans notre dynamique africaine. Il y a sept ans, nous faisions 5 millions d’euros de chiffre d’affaires sur le continent. En 2015, nous nous étions fixé un objectif de 50 millions d’euros en 2020. Nous y sommes. La prochaine barre est de 100 millions d’euros entre 2023 et 2024, comme le fait CFAO Technology actuellement. L’Afrique représente 5 % à 6 % de notre activité, notre objectif est de l’emmener à 12 %-15 % dans cinq ans !

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