Tourisme

Comment le Maroc fait de Marrakech la destination incontournable des célébrités

Réservé aux abonnés | | Par - à Rabat et Marrakech
Mis à jour le 15 janvier 2020 à 18h15
Vue de la place Jemaa el-Fna de Marrakech, au Maroc.

Vue de la place Jemaa el-Fna de Marrakech, au Maroc. © Luc Viatour/Wikimedia Commons

Le point commun entre Lætitia Hallyday, Julien Clerc, Meryl Streep et Jessica Alba ? Ces stars ont toutes passé les fêtes de fin d’année dans la cité ocre. Et pour cause : le Maroc ne lésine pas sur les moyens pour assurer le confort et la sécurité des célébrités, qui deviennent ensuite ses influents ambassadeurs de charme.

L’année 2019 est celle d’un record pour l’aéroport de Marrakech-Ménara : durant la deuxième quinzaine de décembre, avant les fêtes de fin d’année, plus de 200 jets privés s’y sont posés, chargés de convoyer une clientèle privilégiée venue prendre du repos dans la Ville ocre.

Beaucoup de Français, dont la veuve de Johnny Hallyday, Lætitia, ou le chanteur Julien Clerc. Des Américains, aussi, comme l’actrice Meryl Streep – 21 fois nommée aux Oscars et trois fois lauréate. La comédienne, qui avait déjà séjourné à Marrakech à l’occasion du Festival international du film, a choisi d’y revenir pour célébrer le passage à l’année 2020. Elle a visité le Musée des confluences-Dar El Bacha en compagnie de Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées, qui a partagé un cliché de l’instant sur le réseau social Instagram.

Une clientèle huppée

L’Office national marocain du tourisme (ONMT), avec son modique budget de 750 millions de dirhams (77 millions d’euros), n’aurait pu s’offrir meilleure pub. Marrakech mise d’ailleurs pleinement sur ce marketing viral pour attirer une clientèle huppée. Depuis le mitan des années 2000, la ville a opéré une montée en gamme pour répondre notamment aux exigences des VIP américains. Lesquels raffolent des attentions dont ils sont l’objet.

« La beauté, les couleurs, l’encens, la fleur d’oranger, les épices, et surtout les Marocains – c’est presque trop beau pour être absorbé –, tout ce que nous avons expérimenté à Marrakech a été incroyable. » Le message, posté sur Instagram en avril, est signé Jessica Alba. Il a été lu par les 17 millions de fans de l’actrice américaine, venue fêter son 38e anniversaire dans le royaume.

En août 2018, c’est une autre star mondiale, Madonna, qui avait posé ses valises dans la médina pour fêter son soixantième anniversaire. La visite de la reine de la pop avait donné lieu à une série d’aménagements. « Elle a séjourné les premiers jours au riad El Fenn, avant de faire la fête à la célébrissime Kasbah Tamadot », nous raconte un initié des séjours de stars à Marrakech. Ces deux résidences, appartenant respectivement à Vanessa Branson et à Richard Branson, sont devenues, au fil des ans, le repaire des célébrités mondiales.

« Quelques jours avant l’arrivée de Madonna, les murailles du riad El Fenn avaient été rehaussées de 50 cm pour la protéger des objectifs indiscrets des paparazzis », nous confie une source locale.

Image de tolérance

Et la chanteuse a pris soin de documenter son voyage sur les réseaux sociaux. Ses 14,7 millions de followers sur Instagram n’ont rien raté de sa visite. Travelling dans un dédale de ruelles sombres, panneau en hauteur à la recherche d’un minaret d’où jaillit un strident « Allahou Akbar »… Madonna, reine de la provoc, se promenant en toute quiétude à Marrakech, à l’heure où des musulmans se dirigent vers la mosquée… Quoi de mieux pour conforter l’image de tolérance et de sécurité qu’entretient le royaume ?

« Toutes les grandes stars qui sont passées par Marrakech ont pu se rendre sur la place Jemaa El Fna ou à la médina sans jamais se faire harceler ni par des fans surexcités ni par des photographes trop envahissants », nous explique notre source. La Ville ocre offre aux célébrités une liberté de mouvement qu’elles trouvent rarement ailleurs.

Et pour cause : les services de sécurité du royaume veillent au grain. Hors champ dans la vidéo de Madonna, deux hommes sont chargés d’assurer sa sécurité. « Ce sont nos éléments, nous confirme une source au ministère de l’Intérieur. Nous ne pouvons pas non plus lâcher une telle personnalité dans un endroit public sans protection. »

certains VIP ne se rendent même pas compte que nous étions tout près d’eux

Toute une unité de la police est spécialisée dans la protection des VIP : chefs d’État, PDG ou figures du showbiz. « Ils disposent généralement de leurs propres services, avec lesquels nous nous coordonnons, nous explique notre source. Avec les stars, qui aiment aller dans des endroits publics très exposés, nous restons très discrets, au point que certains ne se rendent même pas compte que nous étions tout près d’eux. »

Les officiers supérieurs chargés de la protection de hautes personnalités maîtrisent l’anglais – c’est d’ailleurs l’un des critères de recrutement. Les éléments sur le terrain doivent quant à eux maîtriser les formules de base.

Vedettes de Hollywood

À la garantie de sécurité et de discrétion s’ajoutent d’impeccables prestations touristiques. À la fin de décembre, Meryl Streep a séjourné dans l’un des riads du Royal Mansour – la nuit y coûte entre 17 000 et 70 000 dirhams (entre environ 1 600 et 6 500 euros). Un lieu incontournable pour le New York Times, qui recommande, dans un dossier sur Marrakech publié au début de janvier, de goûter aux mets du restaurant de l’hôtel, La Grande table marocaine, dirigé par le chef étoilé Yannick Alléno.

Plus « abordable », l’Amanjena, autre adresse prisée des stars, propose des maisons privatives facturées entre 6 000 et 28 000 dirhams la nuit. Nombre de people défilent aussi dans les luxueuses propriétés de la Palmeraie ou dans les contreforts de l’Atlas.

Des pointures du hit-parade, comme Rihanna et, avant elle, David Bowie et Prince ; des stars du football, si nombreuses que le Portugais Cristiano Ronaldo a décidé d’investir ; des personnalités politiques de tous bords… et beaucoup, beaucoup de têtes d’affiche de Hollywood, comme Brad Pitt, Will Smith, Owen Wilson ou Salma Hayek.

Le Royal Mansour, où l’actrice oscarisée Meryl Streep a séjourné pendant les fêtes de fin d’année.

Le Royal Mansour, où l’actrice oscarisée Meryl Streep a séjourné pendant les fêtes de fin d’année. © ELLIOTT VERDIER/NYT-REDUX-REA

Le septième art ? Un bon filon. Dès 2001, Marrakech a lancé son Festival international du film, à l’initiative du roi Mohammed VI. La présidence de l’événement est confiée à son frère, Moulay Rachid. Pari gagnant. En 2018, une foule s’agglutinait aux abords du Palais des congrès pour apercevoir de près le réalisateur Martin Scorsese, ainsi que son acteur fétiche, le légendaire Robert De Niro. Après avoir foulé le tapis rouge, les deux monstres sacrés de Hollywood n’ont pas tari d’éloges sur la ville et le pays.

« Capitale de la culture africaine »

Le millésime 2020 devrait être aussi de haut vol. Deux fois inscrite au patrimoine universel grâce à sa médina et à la place Jemaa El Fna, Marrakech a été élue « Capitale de la culture africaine. » « La réussite de cette ville, c’est d’être devenue une marque à part entière. Dans les milieux huppés, on ne dit plus “Marrakech”, mais “Kech” », s’amuse un investisseur français.

Bien avant de devenir la destination phare des VIP américains, la cité a été massivement investie par l’intelligentsia française. Dans les années 1920 déjà, le peintre Jacques Majorelle trouvait dans les souks de la Ville ocre et les kasbahs de la région matière à création. Sa villa d’artiste – qu’il avait peinte lui-même – est aujourd’hui l’une des principales attractions touristiques du centre. Son rachat par Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, en 1980, a contribué à faire de Marrakech un nouveau Paris, une capitale des arts et du luxe. Imparable auprès des publics américains friands du « french art de vivre ».

Plus proche de nous, le créateur Jacquemus a séjourné plusieurs fois dans la Ville ocre pour créer la collection « Le Souk », qui a fait sensation lors de la Fashion Week parisienne de 2018. Et quand ce n’est pas Marrakech qui est sur les podiums de la haute couture, ce sont les catwalks qui se délocalisent.

La maison Dior a organisé son défilé « Croisières 2020 » au palais El Badi, un joyau de l’architecture islamique, illuminé pour l’occasion par plus de 3 000 flammes. La diva américaine Diana Ross – l’une des artistes féminines les plus titrées de l’histoire, d’après le Guinness Book des records – avait fait le déplacement le temps d’un concert privé.


Ronaldo à domicile

Un nouvel hôtel de luxe, construit par le footballeur Cristiano Ronaldo, viendra bientôt s’ajouter à la longue liste des palaces de Marrakech. Le Pestana CR7, adjacent au Four Seasons Resort, aura coûté quelque 200 millions d’euros à la star portugaise.

« Son ouverture en 2020 sera une nouvelle occasion de voir les caméras du monde braquées sur la ville, explique un opérateur touristique. Il n’est pas exclu que le joueur mythique débarque avec tous ses amis pour célébrer cet événement. »

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