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Jean Kacou Diagou : « Les pays africains ne pourront se développer qu’avec des capitaux africains »

Kacou Diagou

Kacou Diagou © NSIA

Avec sa double offre de banque et d’assurance, le groupe ivoirien NSIA, qui fête en 2020 son vingt-cinquième anniversaire, vise le top 5 dans ses douze pays d’implantation. Pour Jeune Afrique, son fondateur détaille sa stratégie, ainsi que les grands enjeux auxquels fait face le continent.

« Si je rends témoignage de moi-même, mon témoignage n’est pas digne de foi », est-il écrit dans l’Évangile selon Jean. Lorsqu’il accueille Jeune Afrique dans son élégant bureau couleur acajou, décoré de photos de famille, d’images pieuses et de portraits officiels, il semble que Jean Kacou Diagou a longtemps médité sur ces propos rapportés par le seul des douze apôtres à avoir réchappé du martyre.

Pendant près de deux ans, le tycoon ivoirien a peu réagi aux attaques et aux polémiques qui ont touché NSIA Participations. Ni à la surprenante chute du négociant Saf Cacao, dont son groupe était le premier bailleur, ni aux polémiques sur la fraude aux cartes bancaires impliquant sa principale filiale en Côte d’Ivoire. Ni même et encore moins aux spéculations – confirmées pourtant par Jeune Afrique Business+ – concernant les procédures arbitrales engagées contre son groupe par ses partenaires et investisseurs institutionnels étrangers.

Regard acéré

À savoir le capital-investisseur français Amethis et Banque nationale du Canada – qui veut revendre les actions de NSIA Participations acquises en 2015 – ou encore par le colosse zurichois Swiss Re, actionnaire du holding familial Manzi Finances, tous contestant à un degré ou à un autre les évolutions et les évaluations capitalistiques de leurs investissements dans le groupe ivoirien.

Des accusations que ce dernier n’a pas voulu commenter. Alors que la place financière d’Abidjan bourdonnait d’échos quant à la possible perte de contrôle sur le groupe qu’il a fondé en 1995, sous le radar et en silence, le septuagénaire est parvenu à mobiliser les plus de 30 milliards de F CFA (46 millions d’euros) nécessaires pour renforcer le capital de ses filiales.

Comment et auprès de qui ? Mystère. Mais, aujourd’hui, NSIA l’affirme : la tempête est passée. Fermement actionnaire majoritaire du groupe NSIA et plus que jamais maître de son empire familial, c’est un Jean Kacou Diagou résolu qui nous a reçus, portant un regard acéré tant sur ses concurrents que sur les échéances électorales ivoiriennes de cette année, le futur de la Cedeao et la réforme du franc CFA, les limites de la libéralisation commerciale et son souhait d’un capitalisme africain, par les Africains et pour l’Afrique.

Je ne crains pas la concurrence, mais à condition qu’on obéisse tous aux mêmes règles

Jeune Afrique : NSIA Participations a finalisé le renforcement du capital d’une douzaine de filiales d’assurance. Quel investissement cela représente-t-il ?

Jean Kacou Diagou : Une enveloppe de 30 milliards de F CFA a été mise en place par NSIA Participations – et ses partenaires – pour cette opération induite par le changement de la réglementation au sein de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (Cima). Une partie a servi à porter le capital social des sociétés d’assurances au niveau minimal de 3 milliards de F CFA, une deuxième partie, en cours, doit leur permettre d’atteindre au moins 2,4 milliards de F CFA de fonds propres.

NSIA affiche l’ambition de devenir « le premier groupe africain de bancassurance ». Sur quel critère jugerez-vous y être parvenu ?

NSIA est atypique. Certains groupes bancaires sont plus importants que nous, tandis que des groupes d’assurances ont une envergure proche de la nôtre, mais il n’y a aucun groupe de bancassurance de notre taille dans notre paysage.

Le groupe d’assurance Sunu a pourtant racheté une banque au Togo. D’autres opérations similaires sont également évoquées par des acteurs internationaux…

Certains assureurs s’engagent sur nos traces, mais ils n’en sont qu’à leurs débuts, et l’on peut considérer que nous sommes les premiers dans notre catégorie. Par ailleurs, je ne crains pas la concurrence, mais à condition qu’on obéisse tous aux mêmes règles ! Parfois, le sentiment des investisseurs locaux est qu’une part plus belle est faite aux investisseurs étrangers. Cela a par exemple amené le gouvernement ivoirien à changer son code d’investissement, qui autrefois contenait toutes sortes d’exonérations pour les investissements étrangers. Aujourd’hui, tout le monde est traité à égalité.

NSIA célèbre cette année ses 25 ans. Quelles leçons tirez-vous de cette expérience ?

Nous sommes partis d’une société ivoirienne de dix employés, avec un capital de 300 millions de F CFA. Aujourd’hui, le groupe compte 2 800 employés dans douze pays. C’est un miracle ! Repensez à l’origine de notre nom : « Nouvelle Société interafricaine d’assurance », [renommé Groupe NSIA en 2002]. Le rêve était de bâtir un groupe panafricain d’assurance, c’est chemin faisant que nous avons compris la nécessité de construire un groupe de bancassurance.

Quand cette idée a-t-elle germé et comment l’avez-vous mise en œuvre ?

Au début des années 2000. Nous avons conclu qu’il fallait une offre allant au-delà de l’assurance des grandes entreprises, secteur très concurrentiel et aux marges amoindries par la forte présence d’intermédiaires, pour viser les particuliers et les PME, une cible sous-exploitée. Nous avons aussi progressivement augmenté le nombre d’implantations avant d’évoluer dans le secteur bancaire, en rachetant [en 2006] la Banque internationale de l’Afrique de l’Ouest en Côte d’Ivoire (BIAO-CI), puis les filiales francophones du nigérian Diamond Bank [en 2017].

Nous nous étendons en Afrique francophone et anglophone, dans l’ouest comme dans le centre du continent

La Côte d’Ivoire reste pourtant le principal port d’attache de NSIA. N’y a-t-il pas un risque de surexposition ?

Nous avons commencé en Côte d’Ivoire et sommes très exposés sur le pays. Mais nous nous étendons en Afrique francophone et anglophone, dans l’ouest comme dans le centre du continent, c’est notre périmètre d’intervention. Le poids de la Côte d’Ivoire va forcément baisser : nous voulons développer une double offre de banque et d’assurance dans tous les pays où nous sommes présents !

À quel horizon ?

Le secteur bancaire est très capitalistique. On ne peut pas aller aussi vite que dans les assurances. Il faut une dizaine d’années pour arriver à une certaine taille du pôle bancaire. Ce qui est sûr, c’est que nous ciblons le top 5 à la fois dans la banque et dans l’assurance au sein de nos douze pays d’implantation !

NSIA a été l’un des premiers acteurs ivoiriens à ouvrir son capital à des investisseurs institutionnels étrangers (Emerging Capital Partners – ECP –, puis Amethis, Banque nationale du Canada et enfin Swiss Re). Pourquoi ce choix ?

À l’origine, il s’agissait de renforcer nos fonds propres pour financer notre croissance sans recourir à la dette. Le premier partenariat avec ECP s’est très bien passé et nous a permis de faire un bond, grâce aux ressources apportées mais aussi au partage de vision qui nous a conduits à aller dans des zones où nous hésitions à nous installer, au Nigeria et au Ghana, par exemple.

Enseigne de la compagnie d'assurances NSIA, dans le centre de Dakar, le 3 février 2014.

Enseigne de la compagnie d'assurances NSIA, dans le centre de Dakar, le 3 février 2014. © Sylvain Cherkaoui/JA

De façon générale, quel bilan tirez-vous de ces expériences ?

Cela peut être une bonne opportunité, et c’est un passage obligé pour un groupe comme le nôtre qui veut se développer et réaliser ce bond qualitatif. Ces investisseurs ont tous des capitaux, certains d’entre eux ont du savoir-faire et apportent une plus-­value intéressante en matière de gouvernance, de technique, de formation des équipes, d’ouverture vers des marchés nouveaux. C’est un risque à courir, mais en mettant des garde-fous.

Il faudrait donc se protéger de ces investisseurs ?

Disons, sans entrer dans trop de détails, que cela dépend des entreprises. En ce qui concerne NSIA, notre projet d’entreprise est de rester africain et que le capital soit détenu en majorité par des investisseurs africains. Par conséquent, au moment où des investisseurs extérieurs entrent au capital de la société, ce point doit être clairement défini et encadré.

Un pays ne peut pas compter seulement des étrangers comme acteurs économiques, et je pense que nos gouvernements en ont pris conscience

La « nationalité » du capital est-elle vraiment si importante ?

À chacun sa philosophie. Pour moi, il est important d’avoir un groupe au capital ouest-africain. Plus généralement, je pense que les pays africains ne pourront véritablement se développer qu’avec des capitaux essentiellement africains. Il est important d’avoir des partenaires, mais il faut garder cette essence africaine. Les Asiatiques se sont développés à l’international avec des partenaires étrangers, mais en restant des groupes asiatiques. Pourquoi nous, les Africains, ne le ferions-nous pas ?

Par ailleurs, quand on a créé une entreprise et affronté les difficultés du début, je ne vois pas pour quelle raison celle-ci devrait changer de mains au moment même où elle commence à devenir un acteur majeur ! Je ne suis pas contre les partenariats, mais il y a des moments où nous avons besoin de champions nationaux et régionaux dans nos économies.

Le rôle – comme l’efficacité d’ailleurs – des gouvernements dans l’émergence de ces « champions » ne fait pourtant pas l’unanimité…

Cela dépend des secteurs. Le problème s’était déjà posé du temps du président Félix Houphouët-Boigny [chef de l’État ivoirien entre 1960 et 1993], et des entreprises d’État ont été créées avec l’idée de les céder ensuite à des investisseurs nationaux. Malheureusement, cela n’a pas toujours été le cas, et elles ont été plutôt cédées à des entreprises étrangères. Mais cette idée peut être reprise. Un pays ne peut pas compter seulement des étrangers comme acteurs économiques, et je pense que nos gouvernements en ont pris conscience !

Restons sur le rôle des États. La réforme du franc CFA et sa transformation en « eco » sont engagées. Est-ce une bonne décision ?

D’abord, je précise que je ne suis pas monétariste, donc je vais parler en profane, en tant qu’entrepreneur. Le nom de la monnaie m’importe peu, mais je comprends qu’il faille tenir compte de l’émotion de nos populations.

 

Cependant, au-delà de la passion et du sentiment de dépossession que les Africains ont de leur monnaie, j’espère que nos chefs d’État garderont la tête froide. Il faut une réforme qui ne sacrifie pas la stabilité monétaire et économique, la maîtrise de l’inflation et la solidité de la monnaie. Elles sont nécessaires pour que les entrepreneurs aient une visibilité à moyen et à long terme sur leurs activités. NSIA est présent dans certains pays où les monnaies ne sont pas aussi stables que le CFA, et je peux vous dire que cela nous pose d’énormes problèmes. Par ailleurs, il faut se souvenir que cette monnaie est un instrument qui favorise l’intégration.

Sur ce sujet, le Maroc veut rejoindre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Ce choix a-t-il un sens à vos yeux ?

Je ne peux pas me prononcer, car les Marocains sont déjà acteurs dans notre environnement économique. Mais les patronats ouest-africains ont eu des inquiétudes très fortes vis-à-vis de cette adhésion. Le Maroc ouvrira-t-il son marché de la même manière que les pays ouest-africains l’ont fait en faveur des acteurs économiques du royaume ? Il ne faut pas tomber dans le piège d’une ouverture des marchés réciproque en théorie, mais où nombre de règles non écrites empêchent des acteurs de notre sous-région d’investir au Maroc. Il faut que cette ouverture soit appliquée de la même manière partout. C’est tout. Quoi qu’il en soit, nous avons pour nous la connaissance de nos marchés, un savoir-faire et une présence historique qui font que nous n’avons pas peur.

Je ne suis pas contre l’ouverture souhaitée avec la Zleca, à condition qu’elle ne devienne pas un cheval de Troie pour certains capitalistes étrangers

Des entrepreneurs au Nigeria ont exprimé de semblables réticences vis-à-vis de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca). Les partagez-vous ?

Je suis pour l’intégration, mais je la préfère par cercles concentriques, de façon maîtrisée et progressive. L’ouverture tous azimuts peut être déstabilisante. Même l’UE s’est construite par étapes. Je ne suis pas contre l’ouverture souhaitée avec la Zleca, à condition qu’elle ne devienne pas un cheval de Troie pour certains capitalistes étrangers. Il faut des garde-fous, que les entreprises aient un minimum de participation africaine dans leur capital pour bénéficier des exonérations qui viennent avec la Zleca.

L’Algérie s’apprête précisément à lever ses restrictions sur la part du capital détenue par des acteurs étrangers, la règle du 51 %-49 %. N’est-ce pas la preuve qu’elles ne sont pas efficaces ?

Il ne faut pas être rigide, mais il y a des secteurs névralgiques où des nationaux doivent être présents. Je vois mal les États-Unis permettre aux Chinois ou aux Européens de racheter Boeing ! D’une façon générale, une participation africaine pas forcément majoritaire [10 %, 20 %, 30 %…] est nécessaire pour que nos entrepreneurs africains puissent au moins apprendre au contact des autres et créer leurs propres structures !

Vous avez été à la tête du patronat ivoirien pendant onze ans, notamment durant la crise des années 2000 et le conflit postélectoral de 2010-2011. Tout le monde observe la Côte d’Ivoire en 2020. Êtes-vous inquiet ?

D’une façon générale, nous jouons à nous faire peur et à faire peur à la communauté internationale.

Ce que l’on peut souhaiter, en tout cas, c’est que les joutes politiques ne débordent pas au point de revenir à la situation antérieure. Je pense et j’espère que la raison l’emportera. Pour cela, il faut des élections transparentes et apaisées. Je pense que les Ivoiriens sont assez mûrs pour ne pas tenter le diable. Je ne suis pas devin, mais NSIA reste présent dans le pays, et nous continuons d’investir. Toute crise ne peut être que passagère. Comme acteur économique, NSIA est évidemment intéressé par les projets qui seront présentés par les différents courants lors des prochaines élections.

Vous apparaissez sur des photos aux côtés du chef de l’État ivoirien et de son Premier ministre. Quel regard portez-vous sur le bilan de ces dernières années ?

Il faut être aveugle pour ne pas voir qu’il y a eu une croissance économique de l’ordre de 7 % à 8 % pendant huit ans ! On espère qu’elle continuera de progresser. L’environnement économique s’est amélioré, il y a eu du travail réalisé, mais il reste encore beaucoup à faire, d’où l’attention que nous apporterons aux programmes des candidats.

Certains s’alarment plutôt de la persistance de la pauvreté…

L’homme n’est jamais satisfait, quelles que soient les améliorations apportées. Selon les statistiques officielles, le taux de pauvreté a chuté de 51 % à 46 %. La baisse aurait pu être plus forte, mais si on commence avec des « si »… Ce qui est sûr, c’est que les attentes sont fortes…

Nous avons besoin de champions régionaux, et NSIA veut être l’un d’entre eux, durablement !

La question de votre succession se pose de plus en plus. Allez-vous profiter d’une retraite bien méritée ?

S’ils me chassent, oui ! [en riant, il désigne sa fille Dominique, chargée du pôle assurances, et Léonce Yacé, DG de NSIA Banque CI]. Je pense que je deviendrai de plus en plus un guide, disons moral, participant aux relations publiques, plutôt qu’un technicien. Les jeunes autour de moi ont cette maîtrise sur les points techniques, parfois plus que moi. Et je n’ai pas d’inquiétudes pour la suite. Cela fait plusieurs années que je prépare cette relève, et je crois qu’elle est presque prête à assumer ses responsabilités. Petit à petit, je pourrai lâcher du lest, sans inquiétudes pour l’avenir.

Toujours en assurant que le capital restera ivoirien ou ouest-africain ?

Ouest-africain, oui. C’est le projet d’entreprise que j’ai et que partagent les équipes autour de moi. Je suis un intégrateur. La Côte d’Ivoire seule ne pourra pas se développer si elle ne tend pas la main aux autres pays de la région. Certaines industries créées ici le sont pour la région. La Zleca a un commencement chez nous, en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Mais, pour cela, il faut des champions régionaux, et NSIA veut être l’un d’entre eux, durablement !


Le dilemme CGRAE

La Caisse de retraite des fonctionnaires ivoiriens (CGRAE), qui détient 5 % de NSIA Banque Côte d’Ivoire, a racheté en septembre 2019 Oragroup, son concurrent direct dans cinq pays… Si NSIA n’a pas souhaité commenter cette acquisition – renvoyée aux « orientations stratégiques » d’Abidjan –, ses équipes rappellent que la CNPS, caisse de retraite du secteur privé ivoirien, détient, elle, près de 20 % du cinquième établissement de la place d’Abidjan, et ce depuis la reprise de l’ex-BIAO au milieu des années 2000.

« Il y a une place pour les fonds de retraite dans le développement du secteur financier, à condition de trouver des managers et des structures efficaces et compétentes… », avertit Jean Kacou Diagou.

 


Branle-bas de combat pour Libreville

NSIA a déjà lancé la campagne de promotion de son candidat, le Gabonais César Ekomie-Afene, ex-directeur régional de ses filiales d’assurances en Afrique centrale, pour la présidence de la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (Fanaf), qui tient sa 44e AG à Libreville (17-20 février). Aucun autre candidat n’a déclaré officiellement sa candidature (même si celle du Camerounais Théophile Gérard Moulong, patron de Saham Cameroun et de l’Association nationale des sociétés d’assurance, est évoquée) à la succession du Sénégalais Adama Ndiaye, installé en 2014 à la tête de l’institution, qui regroupe plus de 200 membres dans douze pays (Cameroun, Gabon, Côte d’Ivoire…), représentant environ 1 177 milliards de F CFA (1,8 milliard d’euros) de primes émises en 2018.

La rencontre de Libreville est le fruit d’un compromis entre le Gabonais Andrew Crépin Gwodog, patron de la SCG-Ré, et le Camerounais Richard Lowe, fondateur d’Activa, alors que les deux pays s’en disputaient l’organisation.

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