Diplomatie

Djibouti-Kenya : la bataille entre Ismaïl Omar Guelleh et Uhuru Kenyatta pour un siège au Conseil de sécurité de l’ONU

Le match de la semaine entre Ismaïl Omar Guelleh et Uhura Kenyatta

Le match de la semaine entre Ismaïl Omar Guelleh et Uhura Kenyatta ©

Depuis deux ans, le torchon brûle entre Djibouti et Nairobi au sujet de ce fauteuil réservé à l’Afrique qui sera réattribué pour les années 2021-2022 à l’occasion d’un vote, en juin 2020, à l’Assemblée générale de l’ONU.

Les dés sont jetés. Le 6 décembre, dans un grand hôtel new-yorkais, Djibouti a lancé sa campagne pour l’obtention d’un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Le 7 novembre, le Kenya en avait fait de même, dans un autre établissement non moins huppé de Big Apple. Le tout sous le regard « assez consterné », pour reprendre la formule d’un diplomate onusien, des 52 autres pays africains.

Depuis deux ans, le torchon brûle entre Djibouti et Nairobi au sujet de ce fauteuil réservé à l’Afrique qui sera réattribué pour les années 2021-2022 à l’occasion d’un vote, en juin 2020, à l’Assemblée générale de l’ONU. Et les multiples rencontres entre les responsables politiques des deux pays ces derniers mois n’ont rien changé. Pas plus que les entretiens entre les deux chefs d’État, Ismaïl Omar Guelleh et Uhuru Kenyatta, le premier organisé par l’Égyptien Abdel Fattah al-Sissi, président en exercice de l’UA, en septembre, à New York, en marge de la dernière Assemblée générale de l’ONU ; le second à Sotchi, lors du sommet Russie-Afrique, quelques semaines plus tard. « Le dialogue se poursuit », affirme laconiquement un membre de la délégation permanente de Djibouti auprès des Nations unies. Il n’empêche : personne ne connaît les bases d’un éventuel compromis qui pourrait éviter cette bataille fratricide et inédite entre États africains.

« Question de principe »

Chacun, en tant que membre de l’UA, a pourtant participé, à la fin d’août, à la désignation du futur représentant. Apparemment, le choix était clair, puisque le Kenya a remporté le scrutin avec 37 voix, contre 13 pour Djibouti. Mais, ulcérée depuis des mois par le lobbying des Kényans et plus encore par les nombreuses entorses aux procédures de désignation appliquées jusqu’ici, la petite République s’estime « victime d’une injustice », dixit Mahmoud Ali Youssouf, son ministre des Affaires étrangères, le 3 octobre dans nos colonnes.

L’affaire ne date pas d’hier. Dès la fin de 2016, les autorités djiboutiennes, qui n’ont pas siégé au Conseil de sécurité depuis 1994, s’appuient sur le principe de rotation et font connaître leur volonté d’obtenir ce fauteuil. L’accueil est plutôt favorable, notamment auprès des quinze pays membres de la zone orientale du continent, appelée à occuper ledit siège en 2021-2022. Jusqu’à ce que le Kenya, qui l’avait déjà occupé en 1977-1978 puis en 1997-1998, dévoile ses intentions quelques mois plus tard, usant de tout son poids afin de s’attirer les faveurs des autres pays anglophones.

En juillet dernier, à Niamey, le comité ministériel des candidatures des quinze refuse de se prononcer et remet le dossier au Conseil consultatif de l’UA, qui botte en touche en laissant les États membres choisir eux-mêmes. « En plein été, au moment où la mobilisation et la vigilance ne sont pas des plus élevées », regrette un diplomate africain.

Djibouti ne décolère pas et, sûr de son bon droit, n’envisage à aucun moment de retirer sa candidature. « Le Kenya reste bien sûr un ami, mais c’est une question de principe », confirme, depuis New York, le membre de la délégation djiboutienne précité. Mais l’éventualité d’un partage de poste – qu’avaient envisagé les Pays-Bas et l’Italie en 2016 –, parfois avancé dans les milieux feutrés onusiens, semble s’éloigner au fil des jours.

Les marchandages ont commencé au sein des différentes instances internationales. Chacun fait jouer ses réseaux et valoir ses soutiens : la Ligue arabe et l’Organisation internationale de la francophonie pour Djibouti, le Commonwealth pour le Kenya. Une course contre la montre est engagée. Objectif : séduire les deux tiers des 193 États votants.

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