Politique

[Tribune] Éthiopie : un espoir nommé Abiy Ahmed

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 16 décembre 2019 à 14h42
Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed à Bruxelles, le 24 janvier 2019.

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed à Bruxelles, le 24 janvier 2019. © Francisco Seco/AP/SIPA

Le Premier ministre éthiopien a proposé un programme réaliste et tourné vers l’avenir. L’ancienne présidente du Liberia, prix Nobel de la paix en 2011, appelle l’Afrique et la communauté internationale à le soutenir.

Il y a huit ans, comme Abiy Ahmed il y a quelques jours, je recevais le prix Nobel de la paix. J’avais alors dit, et c’est encore vrai aujourd’hui, que l’Histoire nous jugerait non pas sur ce que nous disons en ces circonstances, mais sur ce que nous ferons par la suite.

Le Premier ministre éthiopien, qui est en fonction depuis vingt mois et sera confronté à ses premières élections nationales l’année prochaine, est l’incarnation d’une Afrique porteuse d’espoir. À 43 ans, il est le plus jeune dirigeant du continent. Il a fait la paix avec l’Érythrée, mettant ainsi fin à un conflit vieux de vingt ans qui a causé la mort de 70 000 personnes. Il a libéré plusieurs prisonniers politiques et appuyé la création d’une commission pour la réconciliation. La moitié des portefeuilles ministériels de l’Éthiopie ont été confiés à des femmes, tout comme le poste de présidente de la République, qui a échu à Sahle-Work Zewde, et celui de président de la commission électorale, qui est allé à Birkutan Mideksa.

Triple transition

Près de soixante ans après l’indépendance, les 54 États postcoloniaux d’Afrique connaissent une triple transition. Ils doivent tout à la fois construire leur identité nationale, bâtir leur démocratie et se doter d’une économie de marché, et Abiy Ahmed est en train de faire de son pays l’un des moteurs de cette dynamique continentale.

En Éthiopie toutefois, la tâche s’annonce difficile, et est rendue compliquée par l’inégalité économique et l’inégalité d’accès aux opportunités. J’ai été confrontée aux mêmes problèmes quand je suis devenue présidente du Liberia, en 2006. Notre pays, déchiré par des années de guerre, était menacé d’effondrement. Ses infrastructures avaient été détruites, ses institutions étaient dysfonctionnelles, la dette extérieure avait atteint un niveau alarmant, les effectifs de la fonction publique étaient pléthoriques. Nous avions été marqués par des décennies de désespoir, de violence et de dépendance. Nous avions compris à quel point la paix était fragile et combien elle était étroitement liée à une croissance inclusive, à la tolérance et à la liberté.

SG Meeting: Secretary-General Ban Ki-Moon meets with H.E. Mrs. Ellen Johnson-Sirleaf, President of Liberia.

L’ancien secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon et l’ex-présidente du Liberia Ellen Johnson-Sirleaf. © UN Photo/John McIlwaine

« Séparer la politique ethnique de la politique électorale »

Lorsque le Liberia a réussi sa transition démocratique, avec l’élection de mon successeur, en 2018, nous étions fiers d’avoir progressé dans toutes les catégories de l’indice Mo Ibrahim de la gouvernance africaine. Une grande partie de notre succès résulte des changements que nous avons opérés dès notre arrivée au pouvoir. Le gouvernement Abiy s’est, de manière similaire, engagé dans des réformes de grande envergure visant à accélérer une croissance économique inclusive. La réforme des télécommunications et l’innovation numérique contribueront à renforcer le débat public, la liberté de la presse, et permettront d’engager un débat ardu sur le statut et le bien-être des réfugiés.

Seulement 30 % de la population disposent de l’électricité, et 18 % ont accès à Internet, ce qui est nettement inférieur à la moyenne continentale

L’Éthiopie a connu une croissance économique impressionnante au cours des dix dernières années, mais qui ne s’est pas traduite par une amélioration notable des conditions de vie. Seulement 30 % de la population disposent de l’électricité, et 18 % ont accès à Internet, ce qui est nettement inférieur à la moyenne continentale. Il faut faire plus et plus rapidement. Lorsque les retombées économiques des réformes tardent à se concrétiser, les citoyens se replient souvent sur leurs appartenances religieuses, ethniques et politiques. Je le sais d’expérience. L’un des plus grands défis d’Abiy Ahmed est de parvenir à gérer cette pression à l’approche des élections. Il lui faut réussir à séparer la politique ethnique de la politique électorale, et cela exige un engagement fort en faveur de la transparence et de la démocratie.

Le cas de l’Éthiopie est un test pour les pays africains qui, comme elle, sont à la recherche d’une croissance durable et inclusive, qui englobe les origines culturelles et ethniques individuelles. Abiy Ahmed a proposé un programme réaliste et tourné vers l’avenir. J’appelle l’Afrique et la communauté internationale à le soutenir.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte