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Cet article est issu du dossier «Gabon : enfin la relance ?»

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Politique

Gabon – Guy Nzouba-Ndama : « Soit on continue de pleurnicher, soit on avance ! »

Guy Nzouba Ndama (Gabon), élu à la présidence de l’Assemblée nationale le 27 janvier 1997, il en démissionne le 31 mars 2016 en se déclarant opposé à la réélection d’Omar Ali Bongo à la tête de l’Etat. Le 5 avril, il annonce sa candidature à l’élection présidentielle d’août 2016.

Guy Nzouba Ndama (Gabon), élu à la présidence de l’Assemblée nationale le 27 janvier 1997, il en démissionne le 31 mars 2016 en se déclarant opposé à la réélection d’Omar Ali Bongo à la tête de l’Etat. Le 5 avril, il annonce sa candidature à l’élection présidentielle d’août 2016. © Vincent Fournier/JA

Santé du président Ali Bongo Ondimba, échecs de l’union de l’opposition, alliances politiques, ambitions présidentielles… Le président du parti Les Démocrates (LD) répond aux questions de Jeune Afrique.

Drôle d’étiquette que celle de « première force d’opposition » pour un parti qui ne compte que 10 députés sur 143. Au lendemain de la gifle reçue par l’opposition aux législatives d’octobre 2018, Les Démocrates – qui ont fêté leur deuxième anniversaire en mars 2019 – sont apparus comme les rares rescapés du naufrage dans une Assemblée nationale encore largement acquise au Parti démocratique gabonais (PDG) et à ses alliés.

Mais qu’importe, Nzouba-Ndama, lui-même défait lors du scrutin législatif, voit plus loin. Discret pendant la convalescence du président Ali Bongo Ondimba, son cheminement en cavalier seul lui vaut l’animosité d’une partie de ses partenaires de l’opposition, qui lui reprochent de ne pas avoir rompu avec ses anciens camarades du PDG. Santé du chef de l’État, échecs de l’union de l’opposition, ambitions présidentielles… Guy Nzouba-Ndama a reçu Jeune Afrique dans son QG du Bas-de-Gué-Gué, à Libreville.

Jeune Afrique : Pourquoi êtes-vous resté si discret pendant la convalescence du chef de l’État ?

Guy Nzouba-Ndama : Ma discrétion tient à deux raisons. C’est la maladie d’un homme, elle est suffisamment grave pour qu’on laisse à ce dernier le temps de se soigner. Et tout homme est un malade qui s’ignore, cela peut arriver à n’importe qui.

Ce n’est justement pas « n’importe qui »…

D’autant plus parce que c’est le président de la République, il y a un minimum d’égards à avoir. Nous avons donc pensé qu’il fallait laisser le temps au chef de l’État de se soigner et de passer sa période de convalescence avant d’aviser.

Le combat réclamant un examen médical vous semblait-il perdu d’avance ?

Ce combat est perdu d’avance parce que notre Constitution ne reconnaît qu’à deux organes la possibilité d’engager la procédure de vacance : le gouvernement et les deux chambres du Parlement, qui sont majoritairement composés du PDG et de ses soutiens. Vous ne pouvez donc pas compter sur eux pour mener ce combat.

Ensuite il y avait l’option judiciaire. Avec MM. Myboto et Barro-Chambrier, nous avons cosigné une lettre adressée à la présidente de la Cour constitutionnelle pour qu’une commission médicale puisse se pencher sur la condition physique du président. Cela n’a pas abouti.

Croyez-vous encore en une union de l’opposition ?

Pourquoi voudrait-on que ce qui ne se fait pas ailleurs se fasse au Gabon ? Ici aussi, nous avons des sensibilités différentes. S’il y a une élection à l’horizon, alors nous pouvons envisager une union pour combattre un adversaire commun. Sinon, c’est difficile de se prononcer en faveur d’une telle option ; dans ce cas, nous n’avons qu’à faire un seul parti d’opposition…

Aux législatives, l’UN et le RHM ont accepté de ne pas opposer leurs candidats dans certaines circonscriptions. Vous n’avez pas souhaité le faire. Pourquoi ?

En tant que Démocrates, nous avons pensé que, dans une élection à deux tours, il était difficile de réaliser une union dès le premier tour et que chacun devait avoir la liberté d’y présenter des candidats s’il souhaitait le faire. Mais il fallait pour cela signer un code de bonne conduite afin de ne pas nous attaquer au cours de la campagne et de privilégier des alliances au second tour. Nos amis ont fait un autre choix. Et combien d’élus ont-ils eus ?…

Le résultat de l’opposition n’est-il pas venu sanctionner son manque de cohésion à l’approche du scrutin ?

C’est possible que la campagne menée par l’équipe de Ping appelant à boycotter les élections et considérant ceux qui y allaient comme des traîtres ait pu jouer. On ne peut pas le nier. C’est aussi possible que la multiplicité des candidatures ait compliqué les choses, puisque aucun d’entre nous n’est parvenu à conquérir un siège. Il aurait fallu qu’à un moment nous nous surpassions et que nous nous entendions sur des critères objectifs d’union. Je maintiens que tout ce qui se fait dans la précipitation ne peut pas marcher. Et qu’une candidature unique de l’opposition aux législatives est un non-sens.

La création de la Coalition démocratique de l’opposition (CDO), en mars, était-elle un moyen de tourner la page des précédentes alliances ?

Nous l’avons créée pour fédérer des forces qui avaient la même analyse que la nôtre, afin de voir comment travailler à la conquête du pouvoir. Nous ne pouvons pas rester statiques.

Je persiste à croire que nous avons gagné la présidentielle de 2016

En 2019, on ne doit pas toujours être ramené trois ans en arrière, il faut nous laisser avancer. Je persiste à croire que nous avons gagné la présidentielle de 2016, mais nous n’avons pas pu exercer le pouvoir parce que l’adversaire l’a usurpé. Reste que cet adversaire s’est installé et qu’il a été reconnu par la communauté internationale. À partir de là, soit on continue de pleurnicher, soit on avance !

Serez-vous candidat en 2023 ?

À quoi servirait d’avoir un parti si on ne participe pas aux compétitions ? 2023 est un objectif pour notre parti.

Si l’occasion se présentait, Les Démocrates pourraient-ils prendre part au gouvernement ?

Il y a un pouvoir qui est là et que nous combattons de la manière le plus démocratique possible. Mais la situation économique du pays nécessite l’apport de tout le monde si l’on veut la redresser. Le PDG aurait tort de penser qu’il peut à lui seul apporter les remèdes à notre pays. Et s’il y a alternance, on aura tout de même besoin de toutes les forces de ce pays. Nous ne sommes pas demandeurs de postes. Si un membre LD veut aller à titre personnel au gouvernement, alors il est exclu. Si c’est le parti qui est sollicité et que cela se fait sur la base d’un programme négocié, alors LD pourrait être partie prenante.

Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de ne pas avoir pleinement rompu avec vos anciens camarades du PDG ?

Si j’ai des parents au PDG, ils veulent que je rompe avec eux ? Avec mes amis aussi ? Les gens qui disent ça ne sont pas sérieux. Nous avons tous des amis au PDG. Je suis opposé à la gouvernance du président et au PDG, mais pas aux individus qui en sont membres. Cela ne veut pas pour autant dire que je suis un courtisan.

Et que dites-vous à ceux qui appellent à l’émergence d’une nouvelle génération, qui n’ait aucun lien passé avec le PDG ?

Poser le problème en ces termes est une erreur. Une société aussi jeune que la nôtre a besoin de toutes les compétences. Regarder ce qu’est devenu le Gabon quand on a voulu le confier aux jeunes, en 2009. Aujourd’hui, le Gabon est à terre. C’est un faux débat, l’expérience des anciens peut tempérer les ardeurs de la jeunesse.

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